Face à la persistance du paludisme, fléau aux ramifications sanitaires, économiques et sociales, un séminaire s’est tenu le 10 septembre 2025 sous l’égide du ministère des Relations extérieures et de la Fondation Recover. Plaidant pour une approche intégrée associant santé, éducation et développement local, l’événement a appelé à une mobilisation collective pour briser le cycle de la maladie et sauver des vies.
Kilian a à peine 4 ans. Ce mercredi 10 septembre 2025, il aurait dû retrouver ses camarades de classe, deux jours seulement après la rentrée. Mais la fièvre a eu raison de lui. Trempé par une averse diluvienne ce lundi, ce petit garçon, qui vit dans un quartier insalubre de la capitale économique du Cameroun, est à la merci d’un environnement hostile et dangereux. Son histoire, loin d’être un cas isolé, met en lumière le lien direct entre l’insalubrité urbaine et les ravages du paludisme, un fléau qui continue de faire des victimes au sein des communautés les plus vulnérables.
Le quartier de Kilian est une zone marécageuse. Quand la pluie tombe, les ordures ménagères, les eaux d’égout et toutes sortes de détritus sont emportés par les torrents, transformant son espace de vie en une poubelle à ciel ouvert. Une situation qui l’expose constamment aux maladies, le paludisme représentant une menace omniprésente. Ce triste tableau n’est pas propre à un seul endroit. À Yaoundé, la capitale, les dépôts sauvages d’ordures jonchent les rues, de Damas au carrefour Barrière, en passant par Obobogo, où des familles entières cohabitent avec l’insalubrité. Caniveaux bouchés, sacs plastique abandonnés et eaux usées stagnantes créent un écosystème idéal pour la prolifération des moustiques, vecteurs du paludisme.
Cette inaction, souvent due aux retards dans la collecte des déchets par les services des collectivités territoriales décentralisées, a des conséquences désastreuses sur la santé des populations, en particulier les plus fragiles comme Kilian. Le paludisme, bien qu’évitable et curable, reste l’une des principales causes de mortalité infantile au Cameroun. L’histoire de Kilian est un puissant rappel que la lutte contre cette maladie ne peut se limiter aux seuls efforts médicaux.
C’est dans ce contexte alarmant que s’est tenu, ce 10 septembre 2025, au ministère des Relations extérieures, un séminaire multisectoriel de riposte contre le paludisme. Organisé sous le haut patronage du ministère des Relations extérieures par la Fondation Recover, ce séminaire sur le thème : « Stop Palu ! Pour une approche multisectorielle de riposte contre le paludisme : santé, éducation et développement local », visait à créer un moment d’échange, de sensibilisation et d’engagement pour “sauver des vies”. Cette initiative tombe à point nommé, car nous devons adopter une approche globale pour endiguer ce fléau. Le paludisme n’est pas seulement une question de santé publique, mais aussi un problème de développement, d’environnement et de politique urbaine.
La prise de conscience doit être collective et se traduire par des actions concrètes. Assainir les villes, améliorer la gestion des déchets et éduquer les populations sont des étapes cruciales pour briser le cycle de la maladie et offrir un avenir plus sain à des enfants comme Kilian. “Le paludisme ne se limite pas à une simple question de santé ; ses répercussions s’étendent à l’économie et à l’éducation”, a déclaré Emilie Ngono, responsable du bureau de la Fondation Recover au Cameroun. Elle a souligné que “lorsqu’un enfant est malade, son absentéisme scolaire réduit ses chances de réussite, tandis que la maladie d’un adulte entraîne une baisse de la productivité en raison de son absence au travail”.
Cette vision holistique du problème met en évidence la nécessité d’une approche multisectorielle pour une lutte plus efficace. C’est pour cette raison que la fondation promeut une telle approche. Il s’agit de mobiliser tous les acteurs de la société pour soutenir les efforts du ministère de la Santé. Ainsi, l’idée est de travailler main dans la main pour “réduire l’impact du paludisme dans notre société.” Pour la Fondation Recover, les collectivités territoriales sont des partenaires clés. En d’autres termes, la Fondation Recover apporterait l’expertise en matière de santé et de sensibilisation, tandis que les collectivités locales se chargeraient de l’hygiène et de l’assainissement. Cette synergie d’action est perçue comme un moyen efficace d’amplifier l’impact des campagnes de lutte.
Elvis Serge NSAA
Réaction
« L’éradication du paludisme exige bien plus qu’une réponse médicale. »

L’objectif de ce séminaire est de rappeler l’importance de la lutte contre le paludisme, mais surtout de réduire l’impact social que cette maladie a au Cameroun et dans de nombreux pays africains. Notre région est la plus touchée au monde. L’idée centrale est que nous ne pouvons pas combattre efficacement le paludisme sans une approche multisectorielle. Cela signifie qu’il ne faut pas seulement agir sur le plan sanitaire, mais aussi dans les domaines de l’éducation, de la sensibilisation des populations et de la gestion environnementale. Il est crucial de bien gérer les déchets solides urbains pour éliminer les gîtes larvaires, sans quoi nous ne pourrons pas nous attaquer à la source du problème.
La sensibilisation de la population est également primordiale : promouvoir la vaccination, l’utilisation systématique des moustiquaires par toute la famille, et pas seulement les enfants, ainsi que l’adoption de mesures de prévention et d’hygiène au niveau domestique.
À tous les niveaux – éducatif, médiatique, public et environnemental –, nous pouvons apporter une contribution significative. Je crois fermement qu’en unissant nos forces, nous pouvons réellement changer la donne.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA














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