Depuis plus d’une décennie, le Cameroun a fait de l’approche “Une seule santé” (One Health) le pilier de sa stratégie de lutte contre les maladies qui menacent la santé humaine, la santé animale et l’équilibre de l’environnement. Si le chemin est encore long, les succès déjà engrangés prouvent la pertinence de cette approche intégrée.
Le “One Health” repose sur la conviction que les santés humaine, animale et environnementale sont indissociables. Bien que ce concept existe depuis plus d’un siècle, le Cameroun ne l’a officiellement adopté qu’en 2012 avec la mise en place de sa Stratégie nationale Une santé (SNUS). Cette décision a été une réponse directe à une série d’épizooties et d’épidémies survenues entre 2004 et 2012, qui ont eu des répercussions désastreuses sur le bien-être des populations et l’économie nationale. Parmi ces menaces, on compte la grippe aviaire hautement pathogène, l’anthrax et la tuberculose bovine. La prise de conscience s’est faite dès 2005. Suite à une épidémie d’anthrax qui a décimé des grands singes autour de la réserve du Dja, une conférence internationale a été organisée à Limbé. Cette rencontre a jeté les bases d’un programme de prévention et de lutte contre les zoonoses (maladies transmises des animaux aux humains). L’année suivante, la grippe aviaire hautement pathogène a frappé le nord du pays, poussant le gouvernement à réagir en créant un comité ad hoc.
Le point de basculement est survenu en 2008, avec la création d’un comité interministériel ad hoc chargé d’élaborer un programme multisectoriel de lutte contre les zoonoses. C’est la matérialisation de l’engagement du pays à faire de la prévention de ces maladies une priorité absolue. Cette détermination a abouti en avril 2014 à la création du Programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses émergentes et Ré-émergentes (PNPLZER). Ce programme est l’outil opérationnel de la SNUS et sert de Plateforme Une Seule Santé. Son rôle est triple : assurer la veille sanitaire, mener les investigations et la riposte face aux zoonoses, et promouvoir le concept “One Health” à travers une approche multidisciplinaire.
Des succès concrets face aux défis sanitaires
L’efficacité de cette approche coordonnée a été démontrée à plusieurs reprises. L’une des plus belles réussites est la gestion de l’épizootie de grippe aviaire H5N1 de 2016, qui a généré des bénéfices de plus de 2,8 milliards de FCFA pour le pays, preuve que la prévention est non seulement une question de santé publique, mais aussi un investissement économique. Cette même collaboration décloisonnée a été observée lors de la riposte contre la pandémie de COVID-19, de l’épizootie de grippe aviaire de 2022 et plus récemment, dans le cadre des efforts de prévention contre la maladie à virus Marburg. Ces actions concertées illustrent la force d’une approche qui dépasse les frontières traditionnelles des ministères et des professions.
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Malgré ces avancées, des défis subsistent, et le travail ne fait que commencer. Les cinq prochaines années s’annoncent cruciales pour consolider les acquis et élargir le champ d’action du “One Health” au Cameroun. Les perspectives incluent la révision de la SNUS pour y intégrer toutes les parties prenantes, publiques et privées, et la restructuration du Programme zoonoses pour s’aligner sur le plan d’action conjoint de la quadripartite (OMS, OMSA, FAO, PNUE).
Il est également essentiel d’augmenter la participation des secteurs de la santé environnementale, des sols et des plantes, afin d’assurer une approche véritablement holistique. Enfin, la maturation d’un système de gestion des connaissances intégrant la co-construction des savoirs est un objectif majeur pour garantir l’efficacité et la pérennité des actions sur le long terme. Le “One Health” au Cameroun n’est pas qu’un concept : c’est une feuille de route pour un avenir plus sain et plus sûr, où la santé de tous les êtres vivants est intimement liée.
Marcus DARE/haurizonnews.com















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