L’accord signé ce 28 septembre 2026 introduit des cursus pratiques de trois à six jours au Cameroun. L’objectif est de préparer les communautés et le personnel soignant à sauver des vies dès les premières minutes d’un accident.
Un accident de la circulation survient sur une route. En quelques secondes, des passants se rassemblent autour de la victime. Certains cherchent à appeler les secours, d’autres tentent de la déplacer. Dans cette course contre la montre, un geste effectué sans connaissance peut parfois aggraver son état. Et même lorsqu’elle arrive dans une formation sanitaire, sa prise en charge dépend encore des compétences des professionnels présents.
C’est toute cette chaîne que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souhaite contribuer à renforcer au Cameroun. Car derrière chaque urgence se pose une question essentielle : les personnes qui interviennent, de la communauté au service hospitalier, disposent-elles des compétences nécessaires pour agir efficacement ?Les données présentées par l’OMS donnent la mesure de l’enjeu.
Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, environ 24 millions de décès surviennent du fait de maladies et de traumatismes nécessitant une prise en charge dans les services d’urgence ou en pré-hospitalier. Une partie importante de ces décès pourrait être évitée grâce à un système de soins d’urgence disponible et fonctionnel. Au Cameroun, cette problématique a également fait l’objet d’une évaluation. En 2024, le ministère de la Santé publique, avec l’appui de l’OMS et de la KOICA, a évalué le système dédié aux urgences.
Parmi les constats, certains personnels appelés à prendre en charge les patients dans les services d’urgence ne disposent pas nécessairement d’une formation spécifique aux soins d’urgence. Or, les urgences constituent souvent la porte d’entrée des victimes d’accidents, de traumatismes ou d’autres situations nécessitant une intervention rapide. Former uniquement des médecins spécialistes en médecine d’urgence ne suffit donc pas à couvrir l’ensemble des besoins.
Former ceux qui sont déjà sur le terrain et ceux qui s’y préparentAu Cameroun, la formation spécialisée des médecins urgentistes existe, mais elle s’inscrit dans un parcours de plusieurs années. Or, explique l’OMS, un infirmier qui sort de formation et est appelé à travailler aux urgences doit lui aussi disposer de compétences immédiatement mobilisables. Même exigence pour le médecin généraliste qui arrive dans une formation sanitaire. C’est dans cette logique qu’intervient le partenariat avec l’ESS-UCAC.
Il ne s’agit pas de créer une nouvelle spécialité médicale de plusieurs années, mais de développer des formations courtes, pratiques et certifiées pour renforcer les capacités des professionnels et futurs professionnels. Selon l’OMS, elles peuvent durer de trois à six jours et permettre aux participants d’acquérir des compétences adaptées à leur rôle dans la prise en charge des urgences.
L’approche comprend deux volets. La formation initiale permet aux étudiants encore à l’université d’acquérir ces compétences avant leur entrée dans la vie professionnelle. La formation continue s’adresse, elle, aux personnels déjà en exercice, notamment ceux travaillant dans les services d’urgence. L’ESS-UCAC peut ainsi former ses propres étudiants des filières médicales et paramédicales, mais également accueillir des professionnels déjà en fonction.
Une chaîne qui commence avant l’hôpitalCette dynamique n’est pas née avec la signature du mémorandum. En 2026, quatre sessions de formation au Basic Emergency Care (BEC) ont permis de former 74 enseignants et étudiants de l’ESS-UCAC, dont 25 formateurs. Deux sessions consacrées aux Gestes de premiers secours communautaires ont également touché 54 personnes, parmi lesquelles 39 formateurs.
Ces résultats constituent les premières réalisations concrètes de la collaboration entre l’OMS et l’ESS-UCAC, dans le cadre des travaux préparatoires à l’endossement des curricula de formation sur les urgences. La stratégie soutenue par l’OMS repose en effet sur plusieurs niveaux de compétences. D’abord la communauté, qui doit pouvoir reconnaître une situation d’urgence, alerter et effectuer les gestes de premiers secours appropriés.
Viennent ensuite les médecins et infirmiers, dotés de compétences plus avancées et intégrés au système de santé. La distinction avec les formations de la Croix-Rouge a également été précisée. Si celle-ci forme largement la communauté aux premiers secours, l’approche de l’OMS vise notamment à former des secouristes capables d’intervenir dans une logique articulée avec le système de santé.
Les principes restent proches, mais les publics et les finalités peuvent différer. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a par ailleurs contribué à la validation du dispositif de premiers secours communautaires de l’OMS. Cette articulation répond à une réalité simple : même le meilleur hôpital ne peut sauver une personne qui n’y arrive pas dans des conditions compatibles avec sa prise en charge. Entre le lieu de l’accident et la structure sanitaire, les premières minutes peuvent être déterminantes.
Le premier témoin devient alors un maillon de la chaîne des secours.De l’expérience à un dispositif durableLa signature du mémorandum d’entente entre l’OMS et l’ESS-UCAC, le 28 septembre, intervient donc après plusieurs échanges au sein de l’OMS et l’approbation du FENSA, le cadre d’engagement de l’Organisation avec ses partenaires. Elle doit permettre de poursuivre les activités de formation initiale et continue des personnels et étudiants en santé sur les soins d’urgence.
L’ambition dépasse ainsi une succession de sessions. Il s’agit de faire évoluer progressivement la formation aux soins d’urgence vers un dispositif institutionnalisé au sein de l’ESS-UCAC, avec la perspective d’un impact plus large sur le système camerounais. Pour l’OMS, l’enjeu est d’améliorer la qualité de la ressource humaine appelée à intervenir dans les services d’urgence. Car disposer d’infrastructures et d’équipements ne suffit pas si ceux qui les utilisent ne maîtrisent pas les gestes nécessaires à une prise en charge rapide et appropriée. La convention prévoit également une ouverture potentielle au public.
À terme, une plateforme internet pourrait permettre aux personnes volontaires de s’informer, de s’inscrire et d’accéder à des formations adaptées en soins d’urgence. Une manière d’élargir progressivement la réponse au-delà des seuls professionnels de santé. Le partenariat s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large engagée depuis janvier 2024 entre le gouvernement camerounais et la KOICA, avec l’appui de partenaires internationaux, pour renforcer le système de soins d’urgence.
Après les premières formations déjà réalisées, le défi est désormais de transformer ces expériences en dispositif durable. Car lorsqu’une urgence survient, le temps ne permet pas toujours d’attendre l’arrivée d’un spécialiste.
Du premier témoin au professionnel de santé, chaque maillon doit savoir quoi faire, quand agir et surtout, quoi éviter. C’est aussi là que commence une prise en charge efficace.
Réactions : « Il faut que cette formation soit formalisée et institutionnalisée pour disposer, au sein du système de santé, de cadres compétents capables de prendre en charge efficacement les urgences sanitaires. »

Les soins d’urgence sont aujourd’hui une problématique majeure de santé publique. Au Cameroun, nous sommes confrontés aux accidents de la voie publique, notamment les accidents de moto, mais aussi aux éboulements, aux catastrophes naturelles, aux maladies et aux traumatismes nécessitant une prise en charge rapide.
L’évaluation du système des urgences menées en 2024 par le ministère de la Santé publique, avec l’appui de l’OMS et de la KOICA, a montré que certains personnels travaillant dans les services d’urgence ne disposent pas nécessairement d’une formation spécifique.Nous avons certes des formations spécialisées pour les médecins urgentistes, mais elles durent plusieurs années.
Or, un infirmier qui sort de formation ou un médecin généraliste qui arrive dans une formation sanitaire doit également avoir des compétences immédiatement mobilisables en soins d’urgence. C’est pourquoi nous voulons développer, avec l’ESS-UCAC, des formations courtes de trois à six jours, destinées aux étudiants comme aux professionnels déjà en exercice.
L’objectif est d’améliorer durablement la qualité de la ressource humaine dans les services d’urgence. La réponse ne doit toutefois pas s’arrêter aux professionnels de santé. Pour l’OMS, la communauté constitue le premier niveau de la chaîne. Lorsqu’un accident survient, ce sont souvent les personnes présentes qui donnent l’alerte ou interviennent auprès de la victime, parfois avec des gestes qui peuvent aggraver son état.
Il faut donc également former le grand public aux premiers secours communautaires. La Croix-Rouge intervient déjà dans ce domaine, mais l’approche de l’OMS vise notamment à former des secouristes pouvant intervenir dans une logique articulée avec le système de santé. Le CICR a d’ailleurs contribué à la validation de ce dispositif.
Avec l’ESS-UCAC, nous voulons maintenant que ces formations soient formalisées et institutionnalisées, aussi bien dans la formation initiale que dans la formation continue.
La convention prévoit également une ouverture au public, notamment à travers une plateforme internet permettant aux personnes volontaires de s’inscrire à ces formations.
« Il était urgent que l’UCAC s’engage pour renforcer la prise en charge des urgences, face aux accidents et aux catastrophes que nous vivons au quotidien au Cameroun. »

La signature du mémorandum d’entente entre l’OMS et l’UCAC intervient justement à un moment particulier de notre histoire. Parce que le rôle de l’université n’est pas seulement de dispenser des savoirs, de transmettre des connaissances, mais c’est aussi de promouvoir la recherche et de s’engager dans le vécu des populations.
Et c’est à ce niveau justement que la question des urgences dans nos centres médicaux, dans la prise en charge des catastrophes, des crises, et particulièrement pour nous ici au Cameroun, les accidents des motos, de la circulation, tout ce que nous vivons au quotidien, et quelques fois nous voyons mourir des gens devant nous, presque impuissants.
Et nous avons pensé qu’il était urgent justement que l’UCAC s’engage pour la prise en charge de ces questions d’urgence. Voilà pourquoi l’apport de l’OMS avec la collaboration de la KOICA, l’agence internationale coréenne, vient booster les capacités de l’UCAC à promouvoir la médecine d’urgence et à aider encore notre personnel à être mieux formé.
Nous pensons que c’est une contribution réelle qui va aider, n’est-ce pas, les améliorations de notre plateau technique, de la santé publique au Cameroun.
Marie Chantale FAIDA








