À l’occasion de la 8ᵉ Journée africaine de la détention provisoire, la Commission des droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a publié, le 25 avril 2025, un rapport critique sur la surpopulation carcérale dans le pays. En cinq ans, le taux d’occupation des prisons est passé de 159 % à 177,28 %, malgré une hausse minime des capacités d’accueil. Ce déséquilibre structurel croissant met gravement en péril la santé physique et mentale des détenus.
En 2019, les établissements pénitentiaires du Cameroun comptaient 19 155 places pour 30 606 détenus. En décembre 2024, la capacité est montée à 20 955 places, mais la population carcérale a bondi à 37 150 détenus, selon les chiffres de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC). Résultat : une surpopulation de 16 195 personnes, soit une hausse de 21,5 % en cinq ans.
La surpopulation massive favorise l’insalubrité, la promiscuité et limite l’accès aux soins, créant des conditions de vie inhumaines. Les infrastructures, souvent vétustes et surchargées, exposent les détenus à des risques accrus d’épidémies, de malnutrition, de troubles mentaux et de violences. « L’entassement des prisonniers entraîne une détérioration grave des conditions de vie et de santé », avertit la CDHC.
Parmi les principales causes de cette situation : la lenteur du système judiciaire et les détentions provisoires abusives. Le cas emblématique d’Ousman Chetima DJAMALDINI, maintenu en détention près de deux ans après une décision de libération, illustre les dérives d’un système en souffrance. Selon la Commission, ce n’est qu’après son intervention amicus curiae que la libération a été effective en octobre 2024.
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Le parc pénitentiaire est passé de 80 prisons en 2019 à 76 en 2024, du fait notamment de la fermeture de certains établissements en zones de crise comme le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord. Le manque criant de personnel, avec des ratios extrêmes pouvant atteindre un gardien pour 1 000 détenus, complique davantage la gestion sanitaire et sécuritaire des prisons.
La CDHC appelle à des réformes profondes : réduction de la détention provisoire, recrutement de personnel pénitentiaire, amélioration des infrastructures et renforcement de l’accès aux soins pour les détenus. Elle insiste sur l’impératif de protéger les droits humains, notamment le droit à la santé, trop souvent bafoué dans les milieux carcéraux.
En 2025, la prison au Cameroun ne peut plus être une zone de non-droit médical. La surpopulation carcérale n’est pas seulement un défi judiciaire : c’est une urgence de santé publique.
Charonne Dongmo Stg
















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