Lors du lancement du Plan continental 2026-2030 visant à intégrer 2 millions d’agents de santé d’ici 2030, 51 pays africains se sont mobilisés. Le Cameroun y a joué un rôle moteur en exigeant des salaires dignes pour le personnel et une réponse ciblée face à l’essor du diabète et de l’hypertension.
Du 28 au 30 octobre 2026, la capitale fédérale du Nigeria, Abuja, a abrité un événement historique pour le système sanitaire du continent : le lancement officiel du Plan continental d’accélération de la santé communautaire 2026-2030. Co-organisée par le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (Africa CDC) et le gouvernement du Nigeria, cette rencontre de haut niveau a réuni les délégations de 51 pays africains ainsi que plus de 30 partenaires internationaux.
Présenté par le vice-président nigérian Kashim Shettima, au nom du président Bola Ahmed Tinubu Champion de l’Union africaine pour les ressources humaines en santé, ce plan ambitieux vise le recrutement et l’intégration formelle de 2 millions d’agents de santé communautaires (ASC) à l’échelle du continent d’ici 2030. Avec une enveloppe annuelle nécessaire estimée à 4,3 milliards de dollars, le projet promet un impact socio-économique majeur, générant un retour sur investissement estimé à 19 dollars pour chaque dollar engagé.

Dans ce concert des nations africaines, le Cameroun a fait entendre sa voix de manière forte et structurante. Représentant le ministre de la Santé publique, le Pr Eugène Sobngwi a porté une vision exigeante, plaidant avec véhémence pour que l’accroissement quantitatif des effectifs ne se fasse pas au détriment de la qualité de la prise en charge.
Élément moteur des discussions, la délégation camerounaise a insisté sur l’urgence de garantir des conditions de travail dignes aux acteurs de terrain. « Nos agents sont déjà motivés. Ils ont besoin d’un salaire, d’une protection sociale et d’un avenir », a martelé le Pr Sobngwi, appelant l’ensemble des États membres à inscrire impérativement les rémunérations des ASC dans leurs budgets nationaux pour pérenniser l’offre de soin.
Au-delà de la question du statut socio-professionnel, l’apport du Cameroun a permis de moderniser le concept même de santé communautaire. Alors que les programmes traditionnels ont été conçus pour des zones rurales axées sur la lutte contre les maladies infectieuses, la position camerounaise a mis en lumière les nouvelles réalités démographiques et épidémiologiques du continent. Urbanisation galopante, émergence de communautés numériques et vieillissement de la population imposent une mutation profonde du modèle.

Face à la montée dramatique des maladies non transmissibles, le Cameroun a souligné le rôle clé que doivent désormais jouer des ASC formés et équipés d’outils numériques. L’hypertension artérielle et le diabète demeurent aujourd’hui les principaux facteurs de risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et d’insuffisance rénale chronique menant à la dialyse. Une détection précoce, assurée directement au sein des communautés, permettrait d’alléger considérablement la charge qui pèse sur les structures hospitalières.
Actuellement, l’Afrique compte environ 1,04 million d’ASC déployés (soit 7,5 pour 10 000 habitants), un chiffre bien en deçà du seuil critique de 25 fixé par Africa CDC. Par son plaidoyer stratégique à Abuja, le Cameroun démontre son leadership et réaffirme son engagement à bâtir un système de santé résilient, moderne et équitable pour toutes les populations.











































































































































































































































































