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Système de santé en Afrique : la SAFMU montre la voie d’une médecine d’urgence moderne

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À Yamoussoukro, la SAFMU et la SIMU ont réuni urgentistes et chercheurs francophones autour d’un thème vital : le saignement et le choc hémorragique. Une occasion de partager des protocoles modernes, avant de se retrouver à Libreville en 2027.

Du 8 au 10 juillet 2026, la capitale politique ivoirienne était l’épicentre de la médecine d’urgence. En effet, Yamoussoukro a accueilli le 6ᵉ Congrès de la Société Africaine Francophone de Médecine d’Urgence (SAFMU), conjointement organisé avec le 4ᵉ Congrès de la Société Ivoirienne de Médecine d’Urgence (SIMU). Durant trois jours, professionnels de santé, chercheurs et décideurs venus de toute l’Afrique francophone se sont réunis autour d’un fil conducteur crucial : « Le fil rouge, le saignement ».

Une thématique au cœur des urgences vitales

Les hémorragies, qu’elles soient neurovasculaires, digestives ou traumatiques, demeurent l’une des principales causes de décès évitables en situation d’urgence. Face à ce constat alarmant, ce rendez-vous scientifique majeur a permis de faire le point sur les défis liés à la prévention et à la prise en charge rapide des chocs hémorragiques. Conférences, ateliers pratiques, communications scientifiques et tables rondes ont rythmé ces journées d’échanges intenses. L’objectif : partager les protocoles modernes et harmoniser les pratiques pour gagner de précieuses minutes face à la détresse circulatoire.

Des leaders engagés face aux défis du terrain

Pour les responsables des sociétés savantes, l’événement représente un levier d’action déterminant pour faire évoluer la prise en charge des patients et moderniser les plateaux techniques. « Le but est de mettre en œuvre toutes les stratégies scientifiques à notre disposition pour assurer une prise en charge correcte de tout ce qui est saignement et choc hémorragique. « Pour nous, c’est un challenge à relever », a affirmé le Dr Ouattara Yondeboro, président de la SIMU.
Un sentiment d’urgence partagé par le Pr. Romain Tchoua, président de la SAFMU, qui pointe la réalité du terrain : « C’est une question qui taraude l’esprit des urgentistes : suis-je outillé pour régler ces problèmes hémorragiques souvent imprévisibles, où l’on court après les ressources ? »

Un tremplin pour la coopération régionale

Au-delà des aspects purement cliniques, ce congrès a scellé la force du réseau francophone africain. La synergie entre la SIMU et la SAFMU démontre qu’une réponse collective est la clé pour structurer une médecine d’urgence performante, équitable et accessible sur le continent.
L’impact de telles rencontres dépasse le cadre hospitalier : il s’agit d’un véritable outil de plaidoyer auprès des autorités. Comme l’a souligné le Dr Yannick Ivala, chef de la délégation gabonaise : « La Côte d’Ivoire travaille et avance, mais l’Afrique doit avancer au même rythme. Ces congrès scientifiques ont un impact important car on traite de sujets de santé publique, permettant d’inciter les pouvoirs publics à prendre les décisions nécessaires pour améliorer la prise en charge sanitaire ».

Cap sur Libreville en 2027

Alors que les rideaux se sont refermés sur cette édition ivoirienne réussie, les regards sont désormais tournés vers l’Afrique centrale. Le Gabon se prépare à prendre le relais pour accueillir le 7ᵉ Congrès de la SAFMU à Libreville en 2027.
En plaçant la formation, l’innovation et la coopération transfrontalière au cœur de leurs priorités, la SAFMU et la SIMU réaffirment leur mission : bâtir une médecine d’urgence moderne capable de sauver davantage de vies chaque jour.

Interview

« Considérer la SAFMU comme un partenaire stratégique des politiques sanitaires africaines »

Pr. Romain Tchoua, Président de la SAFMU.

À mi-mandat, le président de la Société Africaine Francophone de Médecine d’Urgence (SAFMU) dresse un bilan très positif à travers une visibilité accrue, des partenariats consolidés et un succès du 6ᵉ congrès de Yamoussoukro. Alors que la société s’intéresse fortement à la mise en œuvre du projet d’urgence au Cameroun, il réaffirme sa vision à savoir : faire de la médecine d’urgence africaine un pilier de la sécurité sanitaire.

Monsieur le Président, comment se porte aujourd’hui la SAFMU ?

La Société africaine francophone de médecine d’urgence se porte bien, avec une dynamique de consolidation et d’élargissement de son réseau sur l’ensemble de l’Afrique francophone. Nous sortons d’une phase de relative discrétion pour entrer dans une période de forte visibilité, où la Société s’affirme comme un acteur de référence sur tous les sujets liés à la médecine d’urgence sur le continent. Notre ambition est claire : faire passer la médecine d’urgence africaine d’une performance critique à une performance optimale, en renforçant l’organisation, les compétences et la capacité de réponse de nos équipes, du Maghreb à l’Afrique centrale et de l’Ouest. Malgré les contraintes structurelles, la SAFMU bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance accrue auprès des professionnels, des médias et de plusieurs partenaires institutionnels.

Quelles sont les avancées réalisées depuis plusieurs mois ?

Ces derniers mois, nous avons d’abord travaillé à structurer de manière plus lisible la gouvernance et les axes stratégiques de la SAFMU, avec une feuille de route centrée sur la formation, les référentiels et le plaidoyer. Plusieurs journées thématiques et congrès nationaux ont permis de mettre en lumière des enjeux majeurs comme la prise en charge des personnes âgées aux urgences, sujet encore largement sous-estimé en Afrique subsaharienne.
Nous avons également renforcé les liens avec des sociétés savantes sœurs et des partenaires académiques, afin de développer des programmes de formation, de simulation et de recherche multicentrique adaptés aux réalités africaines. Enfin, notre parole est davantage portée dans les médias et les forums internationaux, ce qui contribue à inscrire la médecine d’urgence à l’agenda des politiques de santé.

Qu’a déjà fait la SAFMU pour faire connaître l’importance de la médecine d’urgence dans les pays africains ?

La première action forte a été le plaidoyer public en faveur d’une médecine d’urgence africaine forte, solidaire et unifiée, en montrant qu’elle est un pilier de la sécurité sanitaire et non un luxe réservé aux pays à haut revenu. À travers des tribunes, des interviews et des contributions scientifiques, nous rappelons que la détection précoce des signaux faibles, la prise en charge initiale et la coordination des secours conditionnent la survie lors des pandémies et des catastrophes naturelles.
Nous accompagnons aussi les États et les acteurs de terrain en partageant des expériences de structuration de services d’urgences, de SAMU, d’équipes médicales d’urgence et de formation des personnels. Cette pédagogie par l’exemple permet de convaincre les décideurs que l’investissement dans la médecine d’urgence est un investissement à très haut rendement en termes de vies sauvées et de résilience des systèmes de santé.

Quelle est votre implication dans le projet de renforcement du système de médecine d’urgence au Cameroun ?

Le projet camerounais de renforcement du système de médecine d’urgence est une initiative que nous saluons, car elle illustre concrètement la prise de conscience des États africains sur ce sujet. En tant que président de la SAFMU, je m’implique d’abord en mettant à disposition l’expertise accumulée dans d’autres pays africains, afin que le Cameroun bénéficie des bonnes pratiques et évite certaines erreurs déjà observées. Nous pouvons accompagner ce projet sur plusieurs volets : appui à l’élaboration de référentiels et protocoles, contribution à la formation des équipes, participation à l’évaluation des dispositifs pilotes et mise en réseau du Cameroun avec d’autres services d’urgence africains. L’objectif est que ce projet devienne un modèle reproductible et adaptable pour d’autres pays de la région.

Quel bilan pouvez-vous faire après un an de mandat à la tête de la SAFMU ?

À miparcours, je retiens trois éléments essentiels : la visibilité, la structuration et l’ancrage scientifique de la SAFMU. Nous avons renforcé notre présence sur la scène africaine et internationale, avec un discours clair sur la nécessité de rendre l’Afrique plus réactive face aux pandémies et aux catastrophes naturelles. Sur le plan interne, le bureau a œuvré à clarifier les axes de travail et à relancer plusieurs projets en sommeil, tout en initiant de nouvelles journées thématiques comme celles consacrées à la prise en charge des personnes âgées aux urgences. Enfin, nous avons posé les bases de collaborations plus structurées avec des partenaires académiques et institutionnels, ce qui augure d’une montée en puissance de la recherche et de la formation en médecine d’urgence africaine. Nous venons d’organiser du 8 au 10 juillet 2026 le 6ᵉ Congrès de la SAFMU et le 5ᵉ Congrès de la SIMU à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire. C’était l’occasion de faire des recommandations. sur l’optimisation de nos pratiques en matière de prévention et la prise en charge des hémorragies.

Quelles activités ambitionnezvous d’organiser d’ici la fin de l’année ?

D’ici la fin de l’année, notre priorité est d’opérationnaliser plusieurs chantiers déjà esquissés : un calendrier régulier de formations et de journées scientifiques, une meilleure mutualisation des ressources pédagogiques et la préparation de référentiels adaptés aux contextes africains. Nous souhaitons également avancer sur la mise en place de registres et d’indicateurs de performance permettant de mesurer objectivement l’état de la médecine d’urgence dans nos différents pays. Parallèlement, nous poursuivrons le plaidoyer politique pour que la médecine d’urgence soit inscrite comme priorité dans les plans nationaux de santé, avec des financements dédiés et des carrières attractives pour les jeunes médecins. Notre ambition est que, progressivement, chaque pays membre puisse disposer d’un dispositif d’urgence structuré, connecté à un réseau régional fort et solidaire.

Quel message adressez-vous aux décideurs, aux professionnels et aux populations ?

Mon message est simple : la médecine d’urgence n’est pas un luxe, c’est un droit pour chaque citoyen africain et un devoir pour chaque système de santé. En investissant dans les services d’urgence, les SAMU, les équipes mobiles et la formation des soignants, nous investissons dans la capacité de nos sociétés à encaisser les chocs sanitaires, qu’il s’agisse d’accidents, d’épidémies ou de catastrophes naturelles.
J’invite les décideurs à considérer la SAFMU comme un partenaire stratégique pour penser et mettre en œuvre ces transformations, et j’appelle les professionnels de santé à rejoindre cette dynamique de construction d’une médecine d’urgence africaine forte, solidaire et unifiée. Quant aux populations, leur confiance et leur mobilisation sont essentielles pour soutenir ce mouvement et exiger des systèmes de soins réactifs, accessibles et de qualité.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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