Suite à la confirmation des cas de choléra dans la région de l’Extrême-Nord, au Tchad et en République Centrafricaine (frontalière de l’Adamaoua par le district de santé de Djohong), le dispositif d’alerte et de veille a été actionné. L’objectif est de limiter toute importation de cas.
Bien qu’aucun cas de choléra n’ait encore été enregistré dans la région de l’Adamaoua, les autorités sanitaires ont pris le devant en mettant sur pied un dispositif de veille permanente. Selon un rapport d’observation publié le 2 juillet par la Délégation Régionale de la Santé Publique, la région est sur ses gardes afin de lutter contre l’importation des cas. L’équipe du Délégué régional, Guillaume Tchedele, a mis en place un dispositif d’alerte précoce 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cette période de vacances où les mouvements sont incessants, ce dispositif d’alerte vise à orienter vers les formations sanitaires tout cas suspect pour des examens appropriés et une prise en charge immédiate. La menace s’est d’abord manifestée hors des frontières camerounaises. Le 18 juin, le Ministère de la Santé Publique du Tchad déclarait une épidémie dans le district de Karal, province du Hadjer-Lamis. Huit jours plus tard, le 26 juin, la République Centrafricaine a fait de même dans la zone frontalière entre Bangui et
Moungoumba, limitrophe de l’Adamaoua via le district de santé de Djohong.
Le virus a atteint le territoire camerounais. Entre le 23 et le 28 juin, plusieurs patients souffrant de diarrhées sévères ont été admis en urgence dans les formations sanitaires des districts de Kolofata, Fotokol, Mada et Makary, dans la région de l’Extrême-Nord. Les tests de diagnostic rapide se sont révélés positifs pour l’ensemble des cas suspects. Ce qui a mis en branle le déploiement immédiat d’équipes d’intervention rapide pour désinfecter les ménages touchés et isoler les malades. Le 29 juin, des analyses en laboratoire effectuées au laboratoire de l’Hôpital Régional de Maroua ont confirmé quatre cas, identifiant le sérotype O1 Ogawa de la bactérie Vibrio cholerae. Au 30 juin, le bilan faisait état de deux districts en épidémie confirmée (Mada et Makary) et deux autres en épidémie suspecte (Fotokol et Kolofata), pour un total de 121 cas notifiés. Parmi eux, huit personnes sont décédées, soit un taux de létalité de 6,61 %, tandis que 69 patients restaient sous traitement.
L’Adamaoua sous surveillance
Si aucun cas n’a été détecté dans l’Adamaoua à la date du rapport, la région n’est pas pour autant à l’abri. De par sa position charnière entre le septentrion et le grand sud du pays, elle partage une frontière avec la République Centrafricaine via le district de santé de Djohong, un point d’entrée potentiel pour la maladie compte tenu de l’épidémie déclarée côté centrafricain.
L’évaluation du risque menée par les autorités régionales tient compte de plusieurs facteurs. Il s’agit d’un accès à l’eau potable jugé bon, d’un assainissement acceptable, mais d’une densité de population moyenne et surtout d’un contexte particulièrement défavorable, marqué par la saison des pluies en cours et l’intense mouvement de population propre à une région de transit et favorisé par les vacances scolaires et universitaires. Cette combinaison a conduit à classer l’Adamaoua en risque élevé, avec plusieurs zones comme Djohong, Ngaoundéré urbain et Ngaoundéré rural identifiées comme particulièrement exposées. Par ailleurs, le Délégué régional rappelle aux chefs de districts le renforcement de la sensibilisation, de la surveillance épidémiologique dans les formations sanitaires et en communauté, l’identification des sites de prise en charge, tout en assurant la diffusion et l’application de la définition du choléra à tous les niveaux. Il insiste également sur l’investigation autour des cas suspects et le suivi des contacts, pour ne citer que ces prescriptions. Ces prescriptions visent à prévenir tous les risques de propagation de la maladie dans la région.
Forte mobilisation
Face à cette menace, les autorités sanitaires ne comptent pas attendre l’apparition des premiers cas pour agir. Une cellule de veille sanitaire a été activée et une réunion d’urgence tenue. Sur le terrain, la surveillance des cas de diarrhée est renforcée, avec l’implication des agents de santé communautaire et un contrôle sanitaire accru aux points d’entrée de la région. Deux équipes d’intervention rapide ont été constituées au niveau régional, tandis qu’une unité de prise en charge a été identifiée à l’Hôpital Régional de Ngaoundéré. Les protocoles de prélèvement et de transport des échantillons ont été diffusés aux équipes de laboratoire, et un inventaire des intrants disponibles a été lancé en vue d’un éventuel déploiement. Les autorités appellent également la population à la vigilance à travers des messages de prévention simples. Il s’agit du lavage des mains à l’eau propre et au savon, de la bonne cuisson des aliments, de la consommation d’eau potable, de l’utilisation correcte des latrines, et surtout de se rendre sans délai dans la formation sanitaire la plus proche en cas de symptômes.
Une maladie évitable
Le choléra demeure une infection intestinale aiguë causée par la bactérie Vibrio cholerae,
transmise par l’eau ou les aliments contaminés. Après une incubation de 12 à 72 heures, elle provoque une diarrhée sévère et une déshydratation rapide pouvant entraîner la mort en quelques heures en l’absence de traitement. Elle reste facilement évitable et guérissable lorsque la prise en charge est rapide. Un message que la Délégation régionale de la santé publique de l’Adamaoua s’emploie à faire respecter afin de ne pas laisser la maladie toucher la région.













