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Santé et action humanitaire : Quand les premiers secours deviennent un rempart vital au Cameroun

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Face aux crises et migrations, la Croix-Rouge intensifie son action. Dans le monde, la FICR forme plus de 22 millions de personnes par an. Au Cameroun, le programme « Gestes qui sauvent » a permis d’instruire 309 formateurs, 1 479 bénévoles et de sensibiliser plus d’un million de personnes.

Dans un monde confronté à la recrudescence des crises climatiques, sécuritaires et migratoires, la maîtrise des gestes qui sauvent n’est plus une simple compétence annexe : elle est devenue un véritable enjeu de santé publique et de résilience communautaire. À l’échelle internationale comme sur le territoire camerounais, les équipes de la Croix-Rouge se mobilisent quotidiennement pour former les citoyens et apporter une assistance vitale là où l’accès aux soins de santé demeure restreint ou complexe. La célébration de la journée mondiale des premiers secours le 12 septembre dernier a permis de faire une introspection dans le système mis en place par les équipes de la Croix-Rouge camerounaise conduites par la présidente nationale, Cécile Akame Mfoumou. « Nous avons des enfants que nous formons. Nous avons des adultes que nous formons. Nous avons même des analphabètes que nous formons. Nous adaptons toutes nos formations en fonction de la cible qui est en face de nous. Car lorsque l’accident arrive, il faut intervenir de façon efficace en fonction de l’ampleur », déclare Françoise Ngo Lappe, chef du service de la protection à la Croix-Rouge camerounaise.  

Un réseau mondial d’une ampleur inédite

Avec un réseau universel fort de 191 sociétés nationales et près de 16 millions de volontaires, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) s’impose comme le plus grand réseau humanitaire au monde. Au cœur de son mandat historique, la préparation aux urgences et la formation aux premiers secours occupent une place centrale. À l’échelle globale, plus de 22 millions de personnes sont formées chaque année aux gestes de premiers secours par l’ensemble des Sociétés nationales. Guidée par sa vision stratégique à l’horizon 2030, la FICR ambitionne de franchir un cap décisif : garantir la présence d’au moins une personne formée aux gestes qui sauvent dans

chaque foyer, chaque école et chaque lieu de travail à travers la planète.

L’engagement de la Croix-Rouge camerounaise : plus d’un million de personnes touchées

Au Cameroun, cet engagement global se traduit par un déploiement massif du programme « Gestes Qui Sauvent » (GQS) sur le terrain. Entre 2020 et 2026, la Croix-Rouge camerounaise (CRC) a mené une offensive humanitaire majeure pour renforcer les capacités de réponse d’urgence des populations locales. Les chiffres tirés du bilan national de la CRC témoignent de l’ampleur du travail accompli : au total, 309 formateurs GQS et 1 479 bénévoles GQS ont été formés et mobilisés sur le territoire national. Grâce à leur action continue, 1 078 733 personnes au sein des communautés ont été sensibilisées aux gestes d’urgence, permettant d’assurer la couverture directe de 370 villages répartis dans plusieurs comités départementaux. L’analyse géographique des interventions révèle un ancrage prioritaire dans les zones exposées aux vulnérabilités extrêmes. La région de l’Extrême-Nord constitue le cœur opérationnel du dispositif, avec à elle seule 196 formateurs, 899 bénévoles et plus de 1 065 250 personnes sensibilisées à travers 285 villages.

Ce déploiement massif répond aux besoins urgents générés par les crises sécuritaires, les déplacements forcés de populations et les aléas climatiques fréquents dans la zone du bassin du lac Tchad. D’autres régions stratégiques enregistrent également des avancées significatives : la région du Centre compte 5 933 personnes sensibilisées dans 23 villages ; le Nord-Ouest rassemble 3 702 personnes sensibilisées à travers 27 villages ; l’Ouest affiche 2 454 personnes touchées dans 27 villages ; et le Sud-Ouest totalise 3 992 personnes sensibilisées réparties dans 9 villages.

 Une approche inclusive et adaptée aux contextes migratoires

Au-delà des compétences techniques, la stratégie de la Croix-Rouge camerounaise intègre les recommandations internationales, notamment en matière d’assistance dans les contextes migratoires et d’urgence humanitaire. Les parcours de déplacement exposent en effet les individus à de multiples risques : déshydratation, traumatismes physiques, détresse psychologique et violences basées sur le genre. Sur le terrain, les volontaires formés agissent non seulement pour prodiguer les soins de première urgence, mais également pour offrir une écoute active, un soutien psychosocial et une orientation sécurisée vers les structures médicales adaptées. En ciblant les enfants, les femmes, les adultes et les personnes âgées, la Croix-Rouge réaffirme sa mission essentielle : transformer chaque citoyen en un maillon fort de la chaîne de secours pour bâtir une société plus sûre et plus solidaire.

Interview : « Il faut commencer à apprendre les gestes de premiers secours dès le bas âge »

Bernard Ayissi Nouma

Dans un entretien, le directeur national de la gestion des catastrophes à la Croix-Rouge Camerounaise présente les dispositions d’assistance en matière de premiers secours de cette organisation.

Quel rôle joue la Croix-Rouge camerounaise dans le dispositif d’assistance ?

Reconnue d’utilité publique par décret présidentiel en 1963 et renouvelé en mars 2020, la Croix-Rouge camerounaise a pour mission régalienne de venir en aide aux populations vulnérables. Pour ce faire, elle intervient à travers plusieurs étapes clés, notamment la prévention. Avec ses milliers de volontaires et de bénévoles, l’association descend sur le terrain pour sensibiliser la communauté sur diverses thématiques, comme la réduction des risques de catastrophe en période d’inondations et de glissements de terrain, ou encore la gestion d’épidémies telles que le choléra.

Dans quel cadre entrent les formations au sein de la Croix-Rouge camerounaise ?

Les formations s’inscrivent dans la phase de préparation aux situations d’urgence.

L’association propose une multitude de modules adaptés à différents publics, couvrant les premiers secours standard, les premiers secours psychologiques, le WASH (eau, hygiène et assainissement), le transfert monétaire (cash transfer) et la gestion des abris.

Pour les populations sans niveau d’instruction particulier, la Croix-Rouge a mis en place l’approche communautaire « les gestes qui sauvent ». Des formateurs locaux sont instruits, parfois en langues nationales, à l’aide de matériel communautaire. Ainsi, en cas d’accident, les premiers témoins sur place peuvent prodiguer les gestes indispensables pour maintenir la victime en vie en attendant son évacuation vers un centre de santé.

Comment sont organisées les formations, notamment pour le secourisme et les premiers secours ?

Les activités de formation sont largement décentralisées à travers le pays. Le Cameroun comptant 58 départements, la Croix-Rouge y dispose d’autant de comités départementaux et d’arrondissements. En outre, l’organisation s’appuie sur des brigades dans les écoles primaires et des clubs dans les grandes écoles universitaires.

Bien que certaines formations exigent des diplômes, l’association adapte ses programmes à chaque cible pour former le plus grand nombre. Des démonstrations visuelles et pratiques, comme la technique pour arrêter une hémorragie, permettent d’inclure les personnes n’ayant pas fait d’études.

En termes d’équipements, comment se passe la distribution au sein des communautés ?

Grâce aux efforts de la présidente nationale et au soutien de partenaires tels que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le matériel reçu n’est pas stocké uniquement à Yaoundé, mais dispatché dans les comités et les clubs locaux. Cela permet aux localités d’intervenir immédiatement avec des trousses de secours et des brancards en cas d’accident. Par ailleurs, des entrepôts régionaux, comme celui de Maroua dans l’Extrême-Nord, abritent du matériel d’envergure pour accompagner l’État lors de crises humanitaires majeures.

Est-ce que la sensibilisation est seulement focalisée sur certaines cibles ?

La sensibilisation s’adresse à un public large et diversifié. À chaque rentrée scolaire, les bénévoles encadrent les élèves aux abords des routes et sensibilisent les mototaxistes, les transporteurs et les usagers aux règles de sécurité routière. De surcroît, les secouristes mènent des actions de sensibilisation et des investissements humains dans les marchés les dimanches.

La politique de la présidente nationale met un accent particulier sur la jeunesse en initiant les enfants dès le plus jeune âge, notamment à travers des programmes comme « Vacances et secours » ou « Vacances et loisirs » ouverts aux enfants dès 5 ans.

Sur le terrain, les équipes de la Croix-Rouge collaborent étroitement avec le personnel médical, les sapeurs-pompiers et d’autres corps constitués, en se plaçant sous l’autorité du chef des opérations désignées.

La Croix-Rouge camerounaise compte combien de personnes formées en secourisme au Cameroun à ce jour ?

Depuis sa création, l’association a formé environ 105 000 personnes à travers le pays, contribuant ainsi à dissiper l’idée reçue qui réduisait le rôle de la Croix-Rouge à la seule prise en charge des victimes dans les stades, etc.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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