Le Royaume d’Arabie Saoudite a renouvelé son engagement humanitaire en faveur du Cameroun en débloquant 215 millions de dollars pour les déplacés internes de la zone du Lac-Tchad, ce 29 janvier 2025.
L’annonce a été faite par Son Excellence Ibrahim HAMID ALGHAMEDI, ambassadeur du Royaume de l’Arabie Saoudite au Cameroun, reçu en audience ce mercredi par le Dr Malachie MANAOUDA, ministre de la Santé publique.
Cette aide, qui sera mise en œuvre par le Centre Roi Salman de Secours et d’Actions Humanitaires, vise à soutenir les populations déplacées de la région, qui sont issues de plusieurs pays, notamment du Cameroun, du Nigeria, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad.
Les rives du lac Tchad, autrefois lieu de vie et de ressources, sont devenues un immense camp de réfugiés. Des tentes hétéroclites s’étendent à perte de vue, abritant des familles entières traumatisées. Fatouma, la cinquantaine, se souvient encore de la nuit où son village a été attaqué. « Ils sont arrivés en pleine nuit, tirant en l’air. Nous avons fui en emportant seulement ce que nous pouvions porter. « Nos maisons ont été brûlées, nos champs pillés ». Comme Fatouma, des milliers de personnes ont été contraintes d’abandonner leurs terres et leurs biens. Amadou Djerou, un homme d’une cinquantaine d’années, aux traits émaciés, fixe son regard lointain. Il sait exactement depuis combien de temps sa famille et lui ont trouvé refuge dans le camp de réfugiés de Ngouboua, situé à une vingtaine de kilomètres de la ville de Bol, au Tchad. « Sept ans, cinq mois », répond-il sans hésitation.
Amadou a beau s’être reconstruit une nouvelle vie, il reste profondément marqué par les événements tragiques qui l’ont contraint à quitter son village natal. Il a fui avec ses deux femmes et ses huit enfants après une attaque meurtrière perpétrée par des hommes armés contre son village. « Ils nous ont attaqués un soir, alors que nous célébrions une fête traditionnelle. Ils ont ouvert le feu sur tout le monde, sans distinction d’âge ou de sexe. Des enfants ont été enlevés, des hommes, des frères à moi sont morts. « Leurs femmes et enfants ont fui avec nous », raconte-t-il, les yeux embués de larmes. Huit de ses proches ont péri cette nuit-là, et dix de ses neveux et nièces ont été enlevés. Amadou est encore hanté par les souvenirs de cette nuit tragique, mais il tente de se reconstruire pour le bien de sa famille. « Je fais de mon mieux pour oublier le passé et me concentrer sur l’avenir, mais c’est difficile. Je veux que mes enfants aient une vie meilleure que la mienne, qu’ils puissent aller à l’école et devenir des hommes et des femmes utiles à la société », déclare-t-il, avec un mélange de détermination et de tristesse.
La zone du Lac-Tchad est confrontée à une crise sécuritaire et humanitaire qui a entraîné le déplacement de milliers de personnes. Les populations déplacées sont souvent privées d’accès aux soins de santé, à la nourriture et à l’eau potable, ce qui les rend vulnérables aux maladies et aux affections. L’aide apportée par l’Arabie Saoudite est donc vitale pour améliorer les conditions de vie de ces populations et leur offrir une chance de reconstruire leur vie. Le Centre Roi Salman de Secours et d’Actions Humanitaires travaillera en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat pour les Réfugiés pour assurer une meilleure coordination de l’aide. Un point focal du ministère de la Santé publique du Cameroun sera désigné pour travailler avec le directeur du département d’aide à la santé et à l’environnement du Centre Roi Salman. Cette collaboration permettra de garantir que l’aide soit apportée de manière efficace et efficiente aux populations déplacées.
L’Arabie Saoudite a déjà démontré son engagement en faveur de l’accès aux soins de santé dans les zones reculées du Cameroun. En octobre 2024, une caravane médicale a été organisée dans les régions de l’Extrême-nord, du Nord et de l’Adamaoua, qui a permis de réaliser 214 opérations chirurgicales et de dispenser 572 consultations médicales. Cette initiative a été saluée par les populations bénéficiaires et a témoigné de la volonté de l’Arabie Saoudite de contribuer à améliorer la santé et le bien-être des populations vulnérables.
Le Dr Malachie MANAOUDA, ministre de la Santé publique du Cameroun, a exprimé la gratitude du gouvernement camerounais envers le Royaume d’Arabie Saoudite pour l’aide humanitaire apportée aux réfugiés sur le sol camerounais. Il a souligné que le gouvernement n’a jamais lésiné sur les moyens pour assurer la sûreté et la sécurité de cette couche vulnérable et que le financement de l’Arabie Saoudite va permettre de renforcer cette prise en charge.
La rencontre entre le ministre de la Santé publique et l’ambassadeur saoudien réaffirme les liens de coopération solides entre les deux pays dans le domaine de la santé et de l’aide humanitaire. Elle ouvre également la voie à des actions futures, notamment dans l’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables au Cameroun. L’Arabie Saoudite a démontré son engagement à contribuer à la stabilité et au développement du Cameroun, et cette aide humanitaire est un exemple concret de cette volonté.
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Selon les chiffres du HCR, plus de la moitié de la population de la région, soit 450 000 personnes, sont déplacées ou réfugiées. Cette situation est le résultat de la violence et de l’instabilité qui règnent dans la région, poussant les gens à fuir leur foyer pour trouver refuge ailleurs. La majorité des personnes déplacées ou réfugiées dans la province du Lac sont des déplacés internes, qui ont fui d’autres parties de la province ou du pays pour échapper aux violences. Ils sont 400 000 à avoir trouvé refuge dans la région. En outre, 30 000 anciens réfugiés tchadiens sont revenus dans leur pays natal après avoir passé des années dans des pays voisins, où ils étaient menacés par la menace djihadiste.
La Province du Lac accueille également des réfugiés en provenance du Nigéria et du Niger. Plus de 16 000 personnes ont fui leurs pays d’origine pour échapper aux conflits et aux persécutions. Ces réfugiés ont trouvé refuge dans des camps et des sites de déplacés, où ils reçoivent une assistance humanitaire de la part des organisations internationales et des autorités locales.
Pour répondre aux besoins des déplacés et des réfugiés, le HCR a mis en place un réseau de 229 sites d’accueil dans la région. Ces sites offrent des conditions de vie dignes et des services essentiels, tels que la nourriture, l’eau, les soins de santé et l’éducation. Cependant, malgré ces efforts, les besoins humanitaires restent importants, et il est essentiel de continuer à soutenir les personnes déplacées et réfugiées dans la province du Lac.
Elvis Serge NSAA















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