Après 4 années d’interventions dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, le projet Innovacc a officiellement clôturé ses activités le 4 juin 2026 à Garoua.
Dans les régions septentrionales du Cameroun, les effets des changements climatiques se font ressentir avec une intensité croissante. Les précipitations deviennent irrégulières, les périodes de sécheresse s’allongent et les rendements agricoles connaissent une baisse préoccupante. Pour des populations dont plus de 80 % dépendent directement de l’agriculture et de l’élevage, cette situation constitue une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. C’est dans ce contexte qu’est né le projet Innovacc, qu’il faut entendre comme « innovation pour l’adaptation aux changements climatiques ». Lancé en 2022 et clôturé officiellement le 4 juin 2026 à Garoua, ce projet aura marqué de son empreinte les régions du Nord et de l’Extrême-Nord à travers une série d’actions innovantes visant à renforcer durablement la résilience climatique des populations.
Financé par l’Union européenne à hauteur de 4,5 millions d’euros, le projet a été mis en œuvre par un consortium regroupant le CIFOR-ICRAF, le CIRAD, l’IRAD et FONDEM. L’ambition poursuivie était celle de transformer les modes de production agricole, d’améliorer l’accès à l’information climatique, de promouvoir les énergies renouvelables et de favoriser une meilleure organisation des communautés rurales.
Durant quatre années, Innovacc s’est attaché à faire de chaque producteur un véritable observateur et interprète du climat de son exploitation. Grâce aux outils, aux formations et aux innovations introduits sur le terrain, les agro-éleveurs ont progressivement acquis des capacités leur permettant d’anticiper les aléas climatiques et d’adapter leurs pratiques de production.
Six villages climato-intelligents au cœur de l’expérimentation
Pour atteindre ses objectifs, le projet Innovacc a concentré ses interventions dans six villages pilotes identifiés comme « villages climato-intelligents ». Il s’agit de Douroum et Gambour dans la région de l’Extrême-Nord, ainsi que Pintchoumba, Bang, Bamé et Tolloré dans la région du Nord. Ces localités ont servi de laboratoires grandeur nature pour tester et diffuser des solutions adaptées aux réalités des producteurs. Les populations ont bénéficié de formations articulées autour de cinq composantes majeures.
La première concernait l’adaptation des systèmes de production agricoles et pastoraux afin de les rendre plus résilients face aux perturbations climatiques. La deuxième portait sur la mise en place de services agro-climatiques communautaires permettant aux producteurs d’accéder à des informations météorologiques fiables et utiles à la planification de leurs activités. Le projet a également développé l’accès aux énergies renouvelables, notamment à travers l’utilisation de l’énergie solaire pour les activités de transformation et de production. Une attention particulière a été accordée à l’autonomisation économique des femmes ainsi qu’à la promotion des emplois verts destinés aux jeunes. Enfin, Innovacc a contribué à l’amélioration du cadre institutionnel afin de favoriser une meilleure prise en compte des enjeux climatiques dans les politiques et stratégies locales de développement. Au fil des années, ces différentes composantes ont permis aux bénéficiaires de mieux comprendre les phénomènes climatiques et d’adopter des pratiques innovantes adaptées à leur environnement.
Des résultats qui témoignent de l’impact du projet
Après quatre années d’activités, le bilan présenté lors de la cérémonie de clôture témoigne de l’ampleur des réalisations enregistrées sur le terrain. Parmi les résultats les plus marquants figure la création et l’accompagnement de six villages climato-intelligents qui constituent aujourd’hui des références en matière d’adaptation aux changements climatiques dans le Septentrion. Le projet a également permis la distribution de 1 949 foyers améliorés aux ménages. Ces équipements contribuent à réduire la consommation de bois de chauffe, à limiter la déforestation et à améliorer les conditions de vie des familles bénéficiaires. Dans le domaine de la restauration de l’environnement, 95 000 plants ont été mis en terre dans le cadre des opérations de reboisement. Cette initiative participe à la lutte contre la désertification qui menace de nombreuses localités du Nord et de l’Extrême-Nord. L’accès à l’énergie propre a également connu une avancée grâce à l’équipement de neuf entreprises climato-intelligentes en systèmes solaires. Ces installations favorisent le développement des activités économiques tout en réduisant la dépendance aux sources d’énergie traditionnelles.
Pour améliorer l’accès à l’information climatique, 19 stations météorologiques et pluviomètres ont été installés dans les zones d’intervention. Ces infrastructures permettent la collecte et la diffusion de données essentielles à la prise de décision des producteurs. Le volet renforcement des capacités a enregistré des performances tout aussi remarquables. Au total, plus de 2 500 personnes ont été formées et sensibilisées aux enjeux climatiques et aux techniques d’adaptation. Par ailleurs, 75 jeunes ont été impliqués dans les chaînes de valeur vertes, favorisant ainsi l’émergence d’activités génératrices de revenus respectueuses de l’environnement. Au total, 1 311 ménages et structures ont directement bénéficié des différentes actions mises en œuvre par le projet. Ces chiffres montrent l’importance de l’investissement réalisé et illustrent les changements positifs observés dans les communautés bénéficiaires.
Bamé, vitrine du savoir-faire acquis par les producteurs
Avant la cérémonie officielle de clôture dans la ville de Garoua, les responsables du projet ont organisé une visite de terrain dans le village de Bamé, situé dans l’arrondissement de Lagdo, à une soixantaine de kilomètres de la capitale régionale du Nord. Cette étape a permis aux autorités administratives, aux partenaires techniques et aux différents acteurs sectoriels de découvrir concrètement les réalisations du projet ainsi que les innovations adoptées par les populations.
À Bamé, les visiteurs ont pu apprécier les performances des exploitations agricoles, les équipements fonctionnant grâce à l’énergie solaire, les infrastructures construites dans le cadre du projet ainsi que les résultats obtenus grâce à l’utilisation d’intrants améliorés. La visite a également été marquée par la remise de récompenses à plusieurs producteurs ayant particulièrement brillé par leur engagement et les résultats obtenus dans le cadre du projet. Ces distinctions visaient à valoriser les efforts des bénéficiaires et à encourager la poursuite des bonnes pratiques au-delà de la durée du projet. Les réalisations observées sur le terrain ont suscité l’admiration des participants, notamment celle de Bakary Dandi, représentant du sous-préfet de Lagdo, qui n’a pas caché sa satisfaction. « C’est pour nous une satisfaction générale car le projet a permis aux populations locales de s’approprier de multiples connaissances et techniques », a-t-il déclaré au terme de la visite.
Une clôture sous le signe des perspectives
Après l’étape de Bamé, les différents acteurs se sont retrouvés à Garoua pour la cérémonie officielle marquant la fin des activités du projet Innovacc dans le Septentrion. Cette rencontre a réuni les représentants des administrations sectorielles, les partenaires techniques et financiers, les responsables du projet ainsi que les bénéficiaires venus partager leurs expériences. Au cours des échanges, les participants ont souligné l’importance de pérenniser les acquis obtenus durant les quatre années d’intervention. Si le projet s’achève administrativement, les résultats obtenus constituent une base solide pour poursuivre les efforts en faveur de l’adaptation aux changements climatiques. Les responsables du consortium ont insisté sur la nécessité de maintenir les dynamiques engagées dans les villages climato-intelligents, de renforcer les services agro-climatiques communautaires et de poursuivre les initiatives liées aux énergies renouvelables et à la restauration des écosystèmes.
Réaction
« Nous disons que, pour un monde intelligent face au climat, c’est un monde où l’on peut

Dr Ann Degrande, Coordinatrice pays CIFOR-ICRAF
Je pense que nous tous qui travaillons dans le Grand Nord, nous sommes conscients des grands défis. Il y a tout d’abord un problème d’insécurité alimentaire et de pauvreté généralisée. Les derniers chiffres sur l’insécurité alimentaire prévoient ou estiment que 2,9 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire à l’échelle nationale, mais nous savons que le Nord et surtout l’Extrême-Nord sont les régions les plus touchées. Le taux de pauvreté aussi dans le Nord est plus élevé que la moyenne nationale. On est à 61 %, ce qui est quand même beaucoup. Nous avons aussi, et c’est au cœur de ce projet, le changement climatique. Cette insécurité alimentaire amène également une recrudescence des conflits entre populations, car quand les ressources deviennent rares, les conflits augmentent. Par rapport au changement climatique, l’incertitude sur les saisons agricoles augmente. Il y a la multiplication des événements climatiques extrêmes. Nous disons que, pour un monde intelligent face au climat, c’est un monde où l’on peut augmenter durablement la productivité agricole, tout en renforçant la résilience face aux sécheresses, aux inondations, aux vagues de chaleur, et aussi en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.
Je suis très heureuse de trouver sous la table d’honneur des acteurs qui jouent vraiment un rôle très important dans ce sens, et j’espère qu’ils vont nous aider à pérenniser les acquis de ce projet. Sur le terrain, parce que ce n’était pas un projet de bureau ou un projet de recherche : on était sur
le terrain. Et le modèle que nous avons utilisé, c’est le modèle des villages climato-intelligents. Un village climato-intelligent, c’est un village où l’on trouve tout ce volet combiné. On a l’ensemble des pratiques climato-intelligentes, on a la gestion des ressources naturelles, on travaille sur les services climatiques, on essaie de diversifier les sources d’énergie, et le développement des chaînes de valeur climato-intelligentes est un volet très important.













