Par Mireille Siapje | 15 mai 2025 | Yaoundé. Face à une flambée de Mpox et de choléra, l’Africa CDC appelle à une riposte urgente. La RDC, la Sierra Leone et l’Angola sont parmi les pays les plus touchés. Les financements et les vaccins font défaut. A indiqué ce jeudi 15 mai, le Directeur général, Dr Jean Kaseya.
Choléra : flambée accélérée, enfants en première ligne
L’épidémie de choléra frappe de plein fouet une vingtaine de pays africains, avec une virulence sans précédent. Au 5 mai 2025, plus de 110 089 cas et 2 307 décès ont été recensés, dépassant déjà le total cumulé des années 2023 et 2024. Le Soudan du Sud, le Soudan, la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Angola concentrent à eux seuls 82 % des décès liés à la maladie.
En Angola, par exemple, 19 605 cas ont été enregistrés, causant la mort de 609 personnes, avec un taux de létalité de 3,1 %. Les enfants de moins de 15 ans constituent la majorité des victimes, soulignant la vulnérabilité des populations les plus jeunes. En RDC, les foyers épidémiques s’étendent de l’Est – notamment dans la région des Grands Lacs – à l’Ouest, le long du fleuve Congo, rendant la riposte particulièrement complexe.
Le Soudan du Sud est quant à lui l’un des pays les plus touchés, avec 55 688 cas et 1 076 décès depuis septembre 2024. Les infrastructures sanitaires affaiblies, les conflits prolongés et les déplacements massifs de populations compliquent les interventions humanitaires.
Mpox : la Sierra Leone et la RDC sous forte pression
La variole simienne, désormais appelée Mpox, continue de circuler activement sur le continent, bien que certains pays aient enregistré un ralentissement. En Ouganda et au Burundi, les chiffres sont en baisse, mais la vigilance reste de mise.
La situation demeure critique en République Démocratique du Congo, où 18 354 cas cumulatifs ont été enregistrés depuis 2024, principalement dans les provinces de l’Est et le long du fleuve Congo. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant que 36 % des cas concernent des enfants de moins de 15 ans. Malgré les efforts de vaccination, le taux de létalité reste élevé dans certaines régions isolées.
La Sierra Leone est également dans une situation sanitaire tendue. Selon les données de la semaine épidémiologique 18, ce pays représente à lui seul 29 % de tous les cas de Mpox enregistrés sur le continent entre 2024 et 2025, soit 1 387 cas actifs répartis dans six districts. Cette flambée épidémique met à rude épreuve un système de santé encore fragile, notamment dans les zones rurales où l’accès aux soins et aux tests diagnostiques est limité. L’Africa CDC collabore étroitement avec les autorités sanitaires du pays pour contenir la propagation et améliorer la surveillance épidémiologique.
Pr Yap Boum II : « Il faut penser la santé au-delà de l’urgence »
Présent aux côtés du DG de l’Africa CDC, le Professeur Yap Boum, épidémiologiste, a insisté sur la nécessité de dépasser la logique de réaction ponctuelle. « Nous ne pouvons plus continuer à gérer les épidémies comme des événements exceptionnels. Elles sont devenues notre quotidien. Il nous faut investir dans les systèmes de santé communautaires, dans la surveillance, dans la prévention, et pas seulement dans la réponse », a-t-il déclaré.
Selon lui, la flambée de Mpox en Sierra Leone et en RDC illustre une fois de plus l’urgence d’un système de santé robuste et intégré : « Si nous avons encore autant de cas chez les enfants, c’est que la prévention n’a pas atteint les communautés à la base. Ce n’est pas uniquement une question de vaccins, mais de communication, de confiance et de proximité. »
Vaccins : un stock insuffisant face à la demande
Actuellement, moins de 400 000 doses de vaccin contre le Mpox sont disponibles pour tout le continent. L’Angola a reçu 67 000 doses via un don espagnol, mais les besoins sont largement supérieurs : 2,5 millions de doses pour l’Ouganda, 3,5 millions pour la RDC, et des centaines de milliers pour la Sierra Leone.
« Pour la RDC seule, il faudrait 10 millions de doses d’ici août pour espérer contenir l’épidémie », a indiqué le Pr Boum II. « Et nous n’avons distribué que 380 000 doses sur tout le continent. Le calcul est vite fait : si rien ne change, nous courons vers une nouvelle catastrophe. »
Pas de licenciements, mais une restructuration ciblée
Réagissant aux rumeurs relayées par certains médias internationaux – notamment Devex – faisant état de licenciements massifs au sein de l’Africa CDC, le Directeur général a été formel : « Il n’y a aucun licenciement en cours. Nous avons reçu 87 postes de la Banque mondiale, dont 50 sont déjà pourvus. Les autres seront comblés par nos partenaires. »
Dr Kaseya a expliqué qu’il s’agissait d’une restructuration stratégique afin d’adapter les ressources humaines aux besoins spécifiques des pays membres. Par exemple, la RDC a besoin d’épidémiologistes pour renforcer sa surveillance des maladies infectieuses, tandis que l’Afrique du Sud nécessite des spécialistes en gestion financière pour consolider la gouvernance des programmes de santé.
Cette rationalisation s’inscrit également dans un contexte de réduction de l’aide internationale, incitant l’institution à optimiser ses ressources tout en renforçant son efficacité opérationnelle.
Vers la souveraineté vaccinale : défis et progrès
L’Africa CDC ambitionne de faire de la production locale de vaccins une priorité stratégique. « Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des dons ou des importations. Le marché existe, mais il était mal structuré. C’est pourquoi nous avons mis en place un mécanisme d’achats groupés pour garantir la demande », a souligné Dr Kaseya.
Des avancées significatives ont déjà été obtenues. Grâce à des partenariats avec l’Union européenne, Gavi, la Banque mondiale et Afreximbank, 4,1 milliards de dollars ont été mobilisés pour soutenir l’industrie pharmaceutique africaine. En parallèle, huit autorités nationales de réglementation sont en voie d’atteindre le niveau de maturité requis pour garantir la qualité et la sécurité des vaccins produits localement.
Un plan de riposte contre le Mpox (version 2.0) est déjà en cours, tandis qu’une plateforme intégrée de gestion des urgences sanitaires (IMST) est en préparation pour structurer la lutte contre le choléra à l’échelle continentale.
A lire aussi: Africa CDC réfute l’article de Devex sur une directive de la Banque mondiale
Transparence et intégrité : « zéro fraude, zéro corruption »
Le Dr Kaseya a également dénoncé des « informations erronées » diffusées par le média Devex, concernant la gestion du personnel. Il a salué le professionnalisme d’autres publications comme Time, qui ont reconnu et corrigé leurs erreurs. « Nous attendons la même rigueur de tous les médias. Il en va de la crédibilité de nos institutions », a-t-il dit.
Concernant la gestion des fonds liés à la COVID-19, il a affirmé que « le rapport d’audit confirme qu’il n’y a eu ni fraude ni corruption. Le CDC Afrique est un modèle en matière de transparence ».
Une Afrique unie, résiliente et proactive
Les experts ont lancé un appel à la mobilisation générale des États, partenaires, chercheurs, médias et communautés. « La santé de l’Afrique ne peut plus dépendre de la charité internationale. Elle doit être pensée comme un droit, une souveraineté, une priorité politique et économique », a martelé le Pr Yap Boum II.
Dr Kaseya a conclu sur un ton résolu : « L’Afrique n’a pas le droit d’échouer. Elle a les talents, les ressources et la volonté. Il est temps d’agir ensemble, maintenant… L’Afrique n’a d’autre choix que de se mobiliser, main dans la main, pour assurer l’avenir sanitaire de son milliard et demi de citoyens.»














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