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« Le Cameroun ouvre le 5e Forum international sur les urgences sanitaires »

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Ce Forum nous a réunis pour réfléchir à la majorité des défis de notre époque, notamment la gestion effective des urgences publiques. C’est un sujet très important, non seulement pour le Cameroun, mais aussi pour l’Afrique subsaharienne et le monde entier.

La crise sanitaire actuelle, les changements climatiques, les épidémies et les catastrophes naturelles nous ont enseigné une leçon fondamentale : aucun pays ne peut faire face seule à ces défis. C’est pourquoi nous devons nous unir, soutenir et coordonner nos efforts pour protéger la santé de notre population.

C’est dans cet esprit de solidarité et de détermination que ce Forum national s’ouvre officiellement avec l’espoir d’être un espace pour des discussions, des partages d’expériences et des actions décisives au service de la santé publique. L’Afrique subsaharienne a été confrontée à une augmentation de la fréquence des urgences de santé publique depuis plusieurs années. Notre continent a vécu de nombreuses épidémies mortelles et des crises sanitaires liées aux conflits et aux catastrophes naturelles.

Les chiffres disponibles à ce jour nous informent que plus de la moitié des événements de santé publique recensés en Afrique au cours des deux dernières décennies sont liés à des facteurs climatiques. Entre 2000 et 2021, sur 2121 urgences sanitaires enregistrées dans la région africaine de l’OMS, 56 % étaient dues au climat. Cette tendance semble s’accélérer d’autant plus que la dernière analyse disponible indique une augmentation de 25 % d’événements sanitaires d’origine climatique dans la décennie 2011-2021 par rapport à la précédente.

Plus récemment encore, Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, a tiré la sonnette d’alarme en révélant que le nombre de flambées épidémiques en Afrique est passé de 153 sur la période 2022-2023 à 242 en 2024. Cette escalade sans précédent des urgences sanitaires sur notre continent laisse craindre, même si nous n’agissons pas vite et ensemble, l’émergence d’une nouvelle pandémie en Afrique. Derrière ces statistiques que nous venons de donner, ce sont évidemment des vies humaines et des communautés entières qui sont impactées.

À chaque alerte sanitaire, nous mesurons la fragilité de nos systèmes et l’ampleur des dégâts potentiels. Nous avons donc en mémoire les tragédies causées par ces épidémies, mais aussi la charge que représentent ces crises, plus silencieuses d’ailleurs, comme la malnutrition et l’interruption de soins lors des catastrophes. L’Afrique subsaharienne en particulier cumule des facteurs de vulnérabilité en termes de densité de population élevée dans certaines zones, des structures sanitaires parfois insuffisantes, des zones enclavées difficiles d’accès, sans oublier les défis socio-économiques qui aggravent la résilience des populations.

L’Afrique, continent le plus vulnérable aux dérèglements du climat, subit de plein fouet des phénomènes météorologiques extrêmes qui mettent en péril des millions de vies. Sécheresses prolongées, inondations dévastatrices, tempêtes violentes et autres aléas climatiques n’épargnent plus aucune région.

Faut-il le rappeler, bien que l’Afrique ne soit responsable que d’environ 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, elle en paie, comme nous le constatons, le plus fort tribut. Les épisodes de sécheresse, les pluies imprévisibles perturbent gravement les moyens de subsistance de nos communautés agricoles, entraînant de faibles rendements et la perte de nos récoltes. En raison de ces changements, l’insécurité alimentaire a atteint des proportions inquiétantes.

En 2023, on estimait déjà que 67,67 millions de personnes en Afrique de l’Est souffraient de la faim et 47,2 millions en Afrique de l’Ouest et Centrale vivaient une période de disette. Les conséquences en cascade sur la santé publique sont bien visibles. La malnutrition rend nos enfants et nos populations plus vulnérables aux maladies. Les maladies hydriques explosent lorsque les inondations contaminent les sources d’eau, le peu de sources d’eau que nous avons, et l’OMS nous affirme que les maladies d’origine hydrique ont représenté 40% des urgences sanitaires liées au climat dans notre région au cours des 20 dernières années.

Par exemple, les maladies à transmission vectorielle gagnent du terrain en raison de la prolifération dans les zones les plus chaudes du pays, tout ce qui favorise la transmission du paludisme, de la fièvre dengue ou de la fièvre jaune. Ces maladies vectorielles ont compté pour 28% des urgences sanitaires climatiques sur notre continent. Si la température mondiale venait à dépasser les 2°C, des millions de personnes supplémentaires seraient exposées à ces maladies à transmission vectorielle d’ici la moitié du siècle. Il s’agit là d’un sombre scénario que nous devons absolument éviter. Face à ces constats, je tiens à rappeler que la crise climatique et la crise sanitaire sont en fait dangereusement liées.

L’urgence climatique est aussi l’urgence de santé pour tous. Chaque inondation, chaque cyclone qui frappe notre pays est capable d’entraîner son cortège de maladies et de souffrances. Nous devons donc intégrer la variable climatique dans toutes nos stratégies de santé.

Nous devons en tenir compte dans nos conclusions. Renforcer la résilience climatique de nos systèmes de santé n’est plus une option, mais c’est devenu un impératif catégorique pour l’Afrique. Face à l’augmentation et la complexification des urgences sanitaires exacerbées par le climat entre autres facteurs, il est évident que nos systèmes de santé doivent évoluer en profondeur.

Il nous faut des systèmes de santé résilients, capables d’absorber les chocs, de continuer à fonctionner en temps de crise et de s’adapter rapidement à des menaces nouvelles ou inattendues. Cela suppose que nous devons anticiper les risques en identifiant en amont les vulnérabilités de nos structures sanitaires, les zones géographiques les plus exposées, les populations les plus fragiles, afin de pouvoir prendre des mesures préventives, afin d’anticiper. La résilience, c’est aussi former et équiper nos personnels de santé, véritables soldats en première ligne lors des urgences de santé publique.

Ils doivent être bien formés aux protocoles de gestion des épidémies, entraînés à la prise en charge rapide des victimes de catastrophes et correctement protégés pour ne pas être eux-mêmes des victimes. Nous devons investir dans la formation continue, les exercices de simulation et l’amélioration des conditions de travail de ces héros du quotidien. Un système de santé n’est fort que par la force de celles et ceux qui le portent, et nous le savons tous.

Par ailleurs, renforcer nos systèmes signifie intégrer l’approche “One Health” (une seule santé), de manière systématique. Les trois dimensions : santé humaine, santé animale et santé environnementale sont interdépendantes. Les épidémies d’origine zoonotique nous le rappellent suffisamment.

La lutte contre une maladie comme la fièvre de la vallée du Rift ou la grippe aviaire, la prévention de maladies émergentes passe par une collaboration étroite entre vétérinaires, biologistes, écologistes et soignants. Au Cameroun, nous avons fait notre cette approche intégrée et le Centre de coordination des opérations d’urgence en santé publique que nous avons mis en place fédère ainsi plusieurs secteurs pour la veille et la réponse aux épidémies. Je voudrais donc mettre l’emphase sur la multisectorialité et la transversalité des actions à entreprendre dans le cadre de la gestion des urgences.

Les initiatives nationales requièrent une collaboration étroite entre toutes les parties prenantes. Mobiliser les ministères de l’environnement, de l’agriculture, de l’élevage, de l’eau et bien sûr le ministère de la santé publique de concert avec les collectivités locales et la société civile est indispensable pour prévenir efficacement les urgences de santé publique. Enfin, un système de santé résilient doit être ancré au plus près des communautés. La santé communautaire est donc un maillon essentiel car en cas de crise, ce sont souvent les communautés locales qui réagissent le plus vite.

Nous devons donc impliquer les leaders communautaires, les ONG locales, les volontaires afin de créer un véritable réseau de sentinelles et de répondeurs partout sur le territoire. Une population bien formée, bien informée, préparée aux bons réflexes en situation d’urgence, c’est-à-dire que faire en cas d’épidémie de choléra, comment évacuer en cas d’alerte d’inondation, etc., est une population plus résiliente.

Et vous aurez compris que la résilience est donc l’affaire de tout le monde, de toutes les couches, de toutes les populations. C’est une leçon que nous avons apprise et parfois durement, c’est que les urgences sanitaires ne tiennent pas compte des frontières administratives que nous avons posées. Un virus, vous le savez tous, ne présente aucun passeport lorsqu’il voyage d’un pays à l’autre.

Une catastrophe naturelle peut frapper simultanément plusieurs nations voisines. Et je pense, mon frère, le ministre d’État algérien vient de le dire tout à l’heure. Et dès lors, la coopération régionale et internationale s’impose comme la seule voie pour apporter des réponses efficaces et coordonnées à ces situations.

Cette coopération qui a déjà fait ses preuves dans notre contexte africain doit non seulement se poursuivre mais s’intensifier et se structurer davantage pour plus de résultats. Il est encourageant de noter qu’Africa CDC a lancé un ambitieux programme régional visant à renforcer la coordination de la gestion des épidémies et autres urgences sanitaires dans plus de 90% des pays africains. En d’autres termes, l’objectif est que chaque pays du continent dispose d’un plan national de réponse aligné sur un cadre régional commun afin que nos actions soient complémentaires et synchronisées.

Cela passe par le partage des ressources en cas de crise, notamment l’information et le cas échéant, pourquoi pas, les ressources humaines, parce que nous avons expérimenté ces cas-là. La coopération internationale au-delà du continent est tout aussi vitale. Les partenaires techniques et financiers ont un rôle irremplaçable de soutien à jouer.

C’est pourquoi je voudrais saisir cette occasion pour remercier nos partenaires pour l’appui multiforme qu’ils apportent au Cameroun et aux pays africains en général, aussi bien en termes de matériel, de transfert de technologies, de renforcement de capacités que de financement innovant. Cette solidarité internationale a permis d’avancer nos tâches. Toutefois, nous sommes conscients que les ressources mondiales sont en ce moment sous pression et que chaque pays doit aussi faire sa part en investissant davantage dans sa propre sécurité sanitaire.

J’en appelle donc à une responsabilité partagée. Que les pays donateurs maintiennent et si possible accroissent leur aide à la préparation et à la réponse aux urgences en Afrique et que parallèlement nos gouvernements nationaux augmentent la part de leurs budgets alloués à la santé et notamment à la santé publique et à la prévention. Évidemment, le secteur privé, je le dis très souvent, a un rôle prépondérant à jouer dans cette mobilisation des ressources domestiques pour le financement de la santé.

Permettez-moi donc de souligner que la coopération ne doit pas se limiter aux gouvernements et aux institutions. Elle passe également par le partage des connaissances scientifiques et des leçons apprises. Un forum comme celui qui nous réunit aujourd’hui est précisément l’occasion d’échanger sur les bonnes pratiques, sur ce qui a fonctionné ou non dans la gestion de telle ou telle urgence.

Et la chance est que nous sortons de l’urgence de la Covid-19. Nous devons donc partager nos meilleures expériences, nos meilleures pratiques sur la question. La recherche et l’innovation doivent être encouragées à l’échelle régionale dans nos universités, nos centres de recherche qui se doivent de collaborer entre eux ainsi qu’avec les institutions du Nord pour développer des solutions adaptées à nos réalités locales.

Enfin, la diplomatie sanitaire doit être renforcée. Il faut développer l’art de collaborer, l’art de négocier entre nations pour la santé, l’interdépendance entre nos États, car la santé plus que jamais est un bien public, pas local, pas national, mais mondial. Excellences et chers invités, mesdames, messieurs, au moment où je m’apprête à conclure mon propos, je vous ai porté un message qui se veut à la fois un message solennel, mais un message plein d’espoir.

Solennel car nous mesurons l’ampleur des enjeux. Il en va de la vie de millions, que dis-je, des milliards de personnes et de l’avenir sanitaire de notre continent, l’Afrique. Mais plein d’espoir aussi, car jamais nous n’avons été autant outillés pour relever ces défis.

Nous disposons aujourd’hui du savoir, de l’expérience des crises passées, des technologies nouvelles, et surtout d’une volonté collective sans faille pour agir. Je lance donc un appel vibrant à l’action collective. Que ce forum ne soit pas un de plus, dont les résolutions resteront lettres mortes.

Faisons-en donc au contraire un tournant décisif de notre histoire, de l’histoire de nos visions de santé publique. J’invite chaque délégation ici présente, chaque responsable, chaque partenaire à prendre des engagements concrets avant la clôture de nos travaux. Des engagements qui pourront être suivis des faits et évalués, peu importe la nature de l’engagement, pourvu qu’il soit pragmatique, qu’il soit mesurable et orienté vers l’action, oui, vers l’action.

Il faut agir pour les urgences de santé publique, il faut agir pour nos pays, il faut agir pour le continent africain. Le Cameroun, pour sa part, entend assurer un suivi rigoureux des recommandations qui sortiront de ce forum. Le ministère de la Santé publique, comme vous le savez, travaillera d’arrache-pied en collaboration avec les autres ministères et nos partenaires pour traduire en action les propositions formulées ici.

Je me ferai singulièrement le devoir de rapporter fidèlement à la plus haute autorité de notre pays, Son Excellence Paul Biya, président de la République, chef de l’État, les conclusions de nos échanges, conscient de son soutien indéfectible et de sa vision éclairée en matière de santé publique. Le chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, attache, comme vous le savez, une importance capitale à la protection de nos populations et n’a de cesse, depuis le début de son magistère, de promouvoir des initiatives en faveur d’un Cameroun en bonne santé, un Cameroun fort, un Cameroun résilient. L’histoire nous observe, les générations futures nous demanderont ce que nous avons fait en 2025 pour préparer un monde plus sûr face aux épidémies et aux catastrophes.

A lire aussi: Gestion des urgences de santé publique : Yaoundé Hôte du 5ème Forum International

Nous n’avons pas le droit de les décevoir, vous le savez tous, nous n’avons pas le droit à l’inaction. Ensemble, main dans la main, pays africains, pays amis, institutions internationales, communautés locales, nous devons conjurer les menaces qui pèsent sur la santé de nos populations, de nos personnes, de notre santé. Ensemble, nous bâtirons un avenir où, lorsqu’une urgence de santé survient, elle est immédiatement jugulée.

Aucune épidémie ne se transformera plus en tragédie humaine parce que nous aurons su investir à temps, parce que nous serons ensemble, nous allons coopérer efficacement et nous agirons avec compassion et professionnalisme. Nous avons les possibilités de le faire et nous sommes outillés pour le faire. Nous devons donc le faire.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

 

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