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Violences basées sur le genre : Un fléau persistant qui appelle à une riposte multisectorielle urgente

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Alors que près d’un million de femmes et de filles sont directement menacées par les violences basées sur le genre, un atelier de capitalisation du projet “Riposte aux VBG” organisé à Yaoundé le 22 août 2025 a dressé le bilan des actions menées dans les régions du Centre, de l’Est, du Littoral et du Sud. Entre avancées communautaires réelles et limites structurelles, les acteurs appellent à un sursaut législatif et à une extension des interventions pour protéger durablement les Camerounaises.

Au Cameroun, les violences basées sur le genre (VBG) constituent une crise silencieuse mais profonde, minant le tissu social et privant des millions de femmes et de filles de leur droit à une vie sûre et digne. Les chiffres, aussi froids qu’éloquents, dressent un tableau sombre de la situation. Selon le Plan de réponse humanitaire (PRH), près de 987 000 femmes et filles sont estimées directement exposées aux VBG sur les 4,7 millions de personnes ayant besoin d’assistance. Cette vulnérabilité est exacerbée dans les régions en proie à des conflits, comme le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord. Les données de l’Enquête démographique et de santé (EDSC-V 2018) de l’Institut national de la statistique viennent compléter ce diagnostic accablant. Elles révèlent que 39 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans. Parallèlement, 13 % des femmes ont été victimes de violences sexuelles à un moment de leur vie, un chiffre qui monte à 54 % lorsque l’auteur est le conjoint actuel. Derrière ces pourcentages se cachent des réalités humaines déchirantes : des mariages forcés, un phénomène prépondérant dans les régions du Nord et en milieu rural, des agressions physiques et psychologiques, et un déni systématique d’opportunités.

Face à cette ampleur, le cadre légal camerounais, bien qu’existant, montre ses limites. Le Code pénal criminalise le viol et les agressions physiques. Cependant, les définitions restent souvent restrictives et les procédures judiciaires, complexes et décourageantes pour les survivantes. L’absence d’une loi spécifique et compréhensive sur les VBG laisse un vide juridique, rendant difficile une approche holistique de prévention, de protection et de répression. Cette carence législative, couplée à une volonté politique parfois défaillante et à des normes socioculturelles profondément enracinées, forme un terreau fertile pour l’impunité. C’est dans ce contexte difficile que des organisations de la société civile, telles que l’Association pour la valorisation des actions féminines (AVAF), ont décidé de prendre le relais. Pendant trois ans, l’AVAF, en consortium avec des partenaires comme El Cameroun, ASCOPEV, Ladies Corporation et le Centre mondial de la sécurité sexuelle, a mis en œuvre le projet « Riposte aux VBG : implication des autorités locales et des leaders communautaires ». Financé par le Fonds d’affectation des Nations Unies, ce projet a ciblé cinq régions (Centre, Sud, Est, Littoral et Ouest) avec un objectif clair : briser le silence et construire une réponse communautaire robuste.

Pour clore cette première phase et en capitaliser les acquis, un atelier d’échange s’est tenu ce 22 août 2025 à Yaoundé. Réunissant un parterre d’acteurs clés représentant des organisations partenaires, des autorités locales, des leaders communautaires, des membres des Task Forces VBG, et des journalistes, l’événement avait pour ambition de vulgariser les bonnes pratiques et les leçons apprises. « Le projet a été élaboré de manière collaborative, en partant des réalités et des statistiques de chaque région », a expliqué un facilitateur. Le choix des zones d’intervention ne fut pas anodin ; il s’est basé sur la prévalence avérée des VBG et la sensibilité des contextes locaux, comme les zones frontalières de l’Est. Toutefois, les contraintes budgétaires n’ont permis de couvrir que des centres urbains, laissant dans l’ombre les vastes étendues rurales où le phénomène est tout aussi criant. Les discussions ont mis en lumière la méthodologie adaptive du projet. « À chaque activité, une nouvelle réalité émergeait, nous obligeant à ajuster notre approche pour que nous restions pertinents », a-t-il été rapporté. Parmi les innovations saluées, le volet de consultation juridique gratuite pour les survivantes de viol et l’accompagnement psychosocial ont été des leviers essentiels pour restaurer la confiance et faciliter l’accès à la justice.

Les résultats sont tangibles : une augmentation notable des signalements de cas, une participation plus active des femmes dans les espaces publics, et un engagement plus visible des leaders traditionnels et religieux. « L’amélioration des connaissances des participantes était évidente, tant par la qualité de leurs interventions que par leur promptitude à signaler les violences », a témoigné un participant. Cependant, l’atelier n’a pas occulté les défis. L’implication des autorités locales est restée inégale, parfois tributaire d’aléas politiques. La question de la pérennisation des actions après la fin du projet est également revenue comme une préoccupation majeure. Comment garantir que les mécanismes communautaires de protection continuent de fonctionner sans un appui externe constant ?

La collecte et l’analyse des données, bien qu’amorcées, méritent d’être renforcées pour mieux quantifier l’impact et orienter les stratégies. Enfin, la nécessité d’une approche plus inclusive, intégrant explicitement les femmes doublement vulnérables (handicapées, déplacées internes, etc.), et d’une extension vers les zones rurales a été plébiscitée.

A lire aussi: Extrême-Nord : Le mécanisme de réponse rapide mobilisé pour plus de 11 000 personnes

L’atelier de Yaoundé n’a donc pas sonné comme un point final, mais bien comme une ponctuation dans un effort de long cours. La rédaction prochaine d’une note conceptuelle pour une seconde phase du projet témoigne de cette volonté de poursuivre le combat. Les échanges ont souligné une évolution encourageante : une prise de conscience collective qui gagne du terrain, portée par la société civile et relayée par des médias de plus en plus sensibles à la question. Le chemin reste long pour inverser durablement la courbe des violences basées sur le genre au Cameroun. Il passera nécessairement par un renforcement des lois, une mobilisation soutenue des ressources et une coalition élargie incluant État, collectivités territoriales, société civile et partenaires techniques. Le travail de fourmi mené par l’AVAF et ses partenaires dans les communautés a planté les premières graines de ce changement. L’enjeu désormais est de les faire germer à l’échelle nationale, pour que les droits et la dignité de toutes les Camerounaises ne soient plus un vœu pieux, mais une réalité tangible.

Elvis Serge NSAA

 

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