Alors que le Cameroun doit combler un déficit critique de 400 000 poches de sang, les Deuxièmes Journées Nationales de l’Hématologie se tiennent sur un double enjeu : renforcer la sécurité transfusionnelle et mobiliser tous les acteurs contre la mortalité maternelle.
« Le Centre national de transfusion sanguine a reçu une mission de la part du chef de l’État Paul Biya, d’assurer une quantité suffisante de sang à la population. » C’est par cette déclaration solennelle que le Pr TETANYE EKOE, président du Comité de gestion du CNTS, a ouvert les Deuxièmes Journées nationales de l’Hématologie, révélant l’ampleur du défi : un besoin urgent de combler un déficit national de 400 000 poches de sang. Face à cette situation critique, le Pr Tetanye se montre optimiste : « Grâce à ce plaidoyer pour les financements, la tutelle financière, le ministère des Finances, la tutelle technique, le ministère de la Santé ont été sensibles et ont permis que cette année, nous puissions atteindre un collectif budgétaire qui sera appréciable. » Cette annonce intervient alors que plus de 300 experts nationaux et internationaux se réunissent pour trois jours de travaux sur le thème « La sécurité transfusionnelle au Cameroun ».
Le Dr ZEH KAKANOU Florence, représentant le ministre de la Santé publique, a confirmé l’importance de cet engagement gouvernemental. « Le ministère de la Santé publique accompagne les sociétés savantes afin qu’elles puissent nous formuler des recommandations pour améliorer la santé des populations. » Mais au-delà des structures, c’est une réalité humaine qui interpelle. « Beaucoup de femmes décèdent par manque de sang », a-t-elle déploré, faisant de la sécurité transfusionnelle une priorité nationale absolue.
Une approche intégrée pour une sécurité renforcée
La réponse à cette crise nécessite une stratégie multidimensionnelle. Pour la directrice générale du CNTS, « notre vision est un système assurant la prévision des besoins en produits sanguins sûrs, sans gaspillage. Cela passe par le respect de toutes les étapes : de la sensibilisation à l’utilisation appropriée des produits sanguins. » Une vision partagée par les experts présents, dont l’un souligne que « la première mesure est de sélectionner les bons donneurs de sang, c’est-à-dire ceux qui présentent le moins de risques. »
Défis culturels et innovations techniques
Sur le terrain, les obstacles persistent. Un responsable de la transfusion sanguine témoigne. « Il y a beaucoup de fausses informations sur le don de sang. Certaines personnes nous disent qu’on prend leur sang pour la sorcellerie. C’est à nous d’éduquer, de sensibiliser, de travailler sur le changement de comportement. » Face à ces défis, le Pr TAYOU Claude, dans sa leçon inaugurale sur « La sécurité transfusionnelle et innovations », prône une approche pragmatique : si les technologies comme le sang artificiel « sont encore éloignées de notre portée », l’urgence est d’« optimiser les procédures actuelles ».
Vers des politiques publiques fondées sur la science
La Directrice générale du CNTS insiste sur la nécessité de « renforcer les synergies avec tous les acteurs », évoquant notamment les défis logistiques persistants. Le représentant du ministre a rassuré les participants quant à l’impact de leurs travaux. « Vos conclusions seront accueillies avec une grande attention, car elles constituent une contribution essentielle à l’élaboration de politiques publiques fondées sur des preuves scientifiques. »
Alors que le Cameroun poursuit la transformation de son système national de transfusion sanguine, ces journées historiques marquent un tournant décisif. Entre l’impératif de combler un déficit vital et la nécessité de garantir une sécurité transfusionnelle optimale, la mobilisation de tous les acteurs – gouvernement, cliniciens, médias et société civile – s’avère plus que jamais essentielle pour sauver des vies et faire de l’accès au sang sécurisé une réalité pour tous les Camerounais.
Audray NDENGUE Stg
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« Manaouda Malachie place la sécurité transfusionnelle au cœur de la lutte contre la mortalité maternelle »

Je représente le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, qui m’a fait l’honneur de venir ouvrir cette deuxième journée de la Société camerounaise d’hématologie et de transfusion sanguine. Il faut dire que le ministère de la Santé publique accompagne les sociétés savantes afin qu’elles puissent nous formuler des recommandations et des propositions pour améliorer la santé des populations, surtout dans le domaine de l’hématologie et de la transfusion sanguine. Comme vous le savez, le thème était centré sur la sécurité transfusionnelle et sur l’importance de donner son sang pour sauver des vies. Vous savez que la mortalité maternelle et infantile est encore élevée au Cameroun. Bien que le gouvernement fasse beaucoup d’efforts pour inverser cette tendance, nous observons que beaucoup de femmes décèdent par manque de sang. C’est donc un appel et une opportunité pour moi, au nom du ministre, d’encourager la Société camerounaise d’hématologie et de transfusion sanguine, ainsi que tous ses partenaires, pour les résultats de recherche qu’ils ont pu présenter afin de faire avancer la stratégie nationale.
« Le CNTS se mobilise contre les fausses informations pour faire du don de sang un acte altruiste au Cameroun »

Le service national de transfusion sanguine doit gérer toutes les activités opérationnelles de transfusion au Cameroun. Et pour assumer pleinement ce mandat, nous devons pouvoir sortir, mobiliser les gens, collecter le sang et le distribuer. Quand je dis distribuer, je veux dire le tester dans les laboratoires. Il y a beaucoup de travail à faire dans les laboratoires. Il faut que le sang soit distribué de manière adéquate. À notre niveau, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir. Il y a beaucoup de fausses informations sur le don de sang et son utilisation. Certaines personnes nous disent qu’on prend leur sang pour le donner à la sorcellerie. Je leur dis que je suis moi-même donneur et que j’ai reçu toute ma formation dans ce domaine. C’est donc à nous d’éduquer, de sensibiliser, de donner toute l’information nécessaire, et surtout de travailler sur le changement de comportement. C’est notre objectif principal en ce moment : la communication pour le changement comportemental, afin de faire évoluer les mentalités. Le don de sang doit être un acte altruiste, posé dans une perspective humanitaire pour sauver des vies. Malheureusement, nous devons encore développer cette culture dans notre contexte.
Propos recueillis par Audray NDENGUE Stg













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