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Transparence du secteur forestier : la situation dans la Boumba et Ngoko au coeur des réflexions

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Les experts et les journalistes scientifiques se sont entretenus sur le sujet le vendredi 28 novembre 2025 à Yaoundé. C’était à l’occasion du Café des sciences organisées par l’association Scilife en collaboration avec le Centre pour l’environnement et le développement.

La question de la transparence dans le secteur forestier et la situation alarmante dans le département de la Boumba Ngoko (région de l’Est, Cameroun) ont été au centre des discussions lors du Café Science organisé le vendredi 28 novembre 2025 à Yaoundé. L’événement, initié par l’association Scilife en collaboration avec le Centre pour l’environnement et le développement (CED), a réuni experts, journalistes scientifiques et chefs traditionnels pour sonner l’alarme et proposer des pistes d’action concrètes. Cette rencontre a mis en lumière l’urgence de préserver le patrimoine naturel et culturel face à l’exploitation illégale, tout en soulignant le rôle essentiel des communautés locales et des médias.

Un cri d’alarme des gardiens de la tradition

Sa Majesté Bruno Mvondo, président du Réseau des chefs traditionnels d’Afrique (Rectrad), a fortement marqué l’urgence de la situation en présentant le plaidoyer des chefs traditionnels. Pour lui, la forêt est intrinsèquement liée à l’identité culturelle, déclarant que « lorsque la forêt s’en va, ce sont les traditions qui s’écroulent » puisque l’usage de la faune et de la forêt est indispensable pour la mise en œuvre du savoir traditionnel et des rites. Le Rectrad, qui collabore avec le CED pour recueillir des données de terrain sur le braconnage et la conservation des espèces, a lancé un « cri d’alarme » aux décideurs, les appelant à un « sursaut d’énergie ».

Les principales revendications des chefs traditionnels concernent l’examen approfondi du foncier, de la loi forestière et du code minier. Sur le terrain, le constat est alarmant, notamment par manque d’outils et de logistique adaptés pour les agents assignés à la préservation de la nature. Un autre point soulevé est la vulnérabilité des communautés locales, qui n’ont pas les moyens de vivre de la ressource, les rendant fragiles face aux propositions des braconniers. Il est donc impératif de trouver des alternatives de subsistance pour détourner ces populations de la facilité du braconnage. Enfin, le Rectrad a appelé les hauts décideurs à agir face aux exploitations dangereuses observées à la lisière des pays, soulignant les difficultés rencontrées par les familles situées entre le Cameroun et le Congo.             

L’exploitation illicite aux frontières : un manque à gagner colossal

Achille Wankeu, expert et chargé de projet OTP au Centre pour l’environnement et le développement (CED), a révélé les conclusions d’une enquête menée dans la Boumba Ngoko, mettant en évidence la porosité de la frontière Cameroun-Congo, séparée par le fleuve Ngoko. Le mode opératoire de l’exploitation illégale y est simple et très rentable : « Le bois est superposé autour du cours d’eau. Le coût d’évacuation est faible. Les rentabilités sont fortes. Car un bois qui est vendu à 2 500 FCFA au Cameroun est vendu là-bas à 5 000 FCFA. » Ces observations, qui ont permis d’approfondir l’enquête et de présenter les résultats officiels à l’administration, montrent que le Cameroun enregistre des pertes en milliards par an dues à l’exploitation illégale transfrontalière, impactant significativement son PIB. Face à l’inertie, l’expert a insisté sur la nécessité pour les pays africains de prendre en main leur destin environnemental sans toujours attendre une aide extérieure : « Il est temps pour les pays africains de comprendre qu’ils ne doivent pas forcément attendre l’argent, mais aller déjà vers l’action, faire ce qu’il y a de mieux », en particulier pour la préservation des forêts du bassin du Congo, dont l’importance est capitale en termes d’absorption des gaz à effet de serre.

L’impératif de la spécialisation journalistique

Pour relever le défi de la transparence forestière et de la communication scientifique, le rôle du journaliste est fondamental. Selon Line René Batongue, présidente de l’association Scilife, l’une des clés de l’efficacité est la spécialisation. Elle a comparé le journalisme à la médecine, où le généraliste doit se spécialiser pour aborder de façon « pointue » les questions d’environnement. Elle a déploré que la science soit souvent reléguée au second plan dans les médias, jugée « rébarbative » et « pas vendeuse », au profit de la politique ou du sport. Il est donc nécessaire de former des journalistes scientifiques capables de « démystifier la science » et de la ramener au niveau des populations, car les recherches dans les domaines de l’environnement, de la santé et des technologies sont faites en réalité « au profit des populations à la base pour l’amélioration de leurs conditions de vie ». Se basant sur son expérience personnelle, elle a expliqué avoir senti le besoin de se spécialiser sur ces questions par autodidaxie, passant du statut de littéraire à celui de « communicateur de la science », dont la mission est d’informer et de porter ces enjeux auprès du grand public.

A lire aussi: Zones sous menace armée : quand l’État recule, les civils paient le prix

L’objectif des cafés science

L’organisation régulière de ces cafés science vise à pallier l’une des faiblesses du monde scientifique : la réticence des chercheurs à sortir de leur « bulle » pour communiquer les résultats de leurs travaux. Ces rencontres sont conçues pour amener les scientifiques à « ouvrir leurs tiroirs » et à partager des recherches souvent importantes mais méconnues. Pour le cas de l’exploitation illégale, l’objectif est de mettre des données cruciales sur l’impact économique et les pertes en milliards à la disposition du grand public, mais surtout des administrations qui sont les seules à pouvoir prendre des « décisions adéquates » et des mesures concrètes pour endiguer le fléau.

La prochaine étape : le rôle du quatrième pouvoir

La série de Cafés Science est une étape, mais la suite de l’action incombe désormais aux médias. « La suite, c’est nous, à mener donc, à travers nos productions journalistiques, à travers nos reportages et autres, à faire vraiment un ramadan sur cette question qui est très importante », relève Line René Batongue. Il est essentiel que les journalistes s’appuient sur les statistiques et les données acquises lors de ces échanges pour produire des articles de fond et des reportages de qualité. L’objectif n’est pas seulement d’informer, mais d’avoir un impact réel en se positionnant comme le « quatrième pouvoir ». C’est à travers ces publications que la pression pourra être exercée sur les administrations pour qu’elles prennent des décisions concrètes « en faveur de la préservation de nos forêts, en faveur de la préservation des populations autochtones », conclut-elle.

Junior NTEPPE KASSI

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