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Drépanocytose : Le Cameroun vise 25 % de réduction de la mortalité d’ici 2030

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Doté de 4,3 milliards de FCFA sur trois ans, le Plan National 2025-2030 mise sur le dépistage précoce, l’accès aux médicaments essentiels et la formation des soignants jusqu’au niveau district.

Le document est là, posé sur les bureaux du ministère de la Santé publique. Il s’intitule sobrement Plan Stratégique National de Lutte contre la Drépanocytose au Cameroun 2025-2030. Il a été élaboré par la Direction de la Lutte contre la Maladie, les Épidémies et les Pandémies, avec le soutien de la Fondation Pierre Fabre et de multiples partenaires. Mais derrière ce titre administratif se cache une révolution silencieuse. Pour la première fois, le Cameroun ne se contente plus de déplorer les ravages de cette maladie génétique. Il sort la calculette, fixe des cibles, et ose dire : voilà ce que nous voulons obtenir, année après année, jusqu’en 2030.

Car les chiffres de départ donnent le vertige. Selon l’OMS, la prévalence du trait drépanocytaire au Cameroun varie entre 20 et 30 pour cent, soit environ 3,5 millions de personnes concernées. Chaque année, six mille bébés naissent avec la forme majeure de la maladie. Et dans ce pays, selon les estimations rapportées par le plan stratégique, entre 50 et 80 pour cent de ces enfants décèdent avant leur cinquième anniversaire. Des enfants qui meurent parce que le diagnostic arrive trop tard, parce que l’hydroxyurée n’est pas disponible à temps, parce que le centre de soins le plus proche est à dix kilomètres, parfois plus. Le constat est accablant, mais le plan ne s’y attarde pas. Il agit.

L’objectif général est simple et massif : contribuer à la réalisation des cibles des Objectifs de Développement Durable liés à la santé, en réduisant la transmission et

les complications de la drépanocytose. Traduction concrète ? D’ici 2030, le Cameroun veut réduire l’incidence de la maladie de 25 pour cent. Pas de flou, pas de formule incantatoire. Un quart de cas en moins. Et en même temps, réduire de 25 pour cent la mortalité prématurée évitable attribuable à la drépanocytose. Sauver un quart des vies qui, sans ce plan, continueraient de basculer trop tôt.

Pour y parvenir, le plan articule sa réponse autour de trois axes stratégiques. Le premier axe cible la réduction de la transmission. L’idée est d’agir en amont, avant même que la maladie ne s’exprime. Concrètement, cela signifie que d’ici 2030, 70 pour cent des individus et des communautés devront connaître leur statut et les risques liés à la drépanocytose. Aujourd’hui, ce taux est proche de la moitié dans les zones les mieux informées, et bien en dessous dans les régions rurales. Pour atteindre cette cible, le plan prévoit de former cinq cents sectoriels, d’intégrer la drépanocytose dans les programmes scolaires, et de systématiser le dépistage néonatal. Depuis 2015, un projet pilote existe dans quatre régions et dix-sept formations sanitaires. L’ambition est de l’étendre à tout le territoire.

Le deuxième axe est sans doute le plus lourd de conséquences humaines : la réduction des risques de complication. C’est aussi celui qui concentre le plus de moyens, avec 48 pour cent du budget total de la première phase. L’objectif ici est de faire en sorte que chaque patient, où qu’il vive, ait accès à un traitement de qualité. Le plan fixe des cibles très concrètes : zéro jour de rupture de stock pour la pénicilline V, cinq molécules de prise en charge subventionnées par l’État, et 100 pour cent des cas pris en charge selon les normes. L’hydroxyurée, ce médicament qui réduit les crises vaso-occlusives et améliore spectaculairement la qualité de vie, deviendra accessible à tous. Aujourd’hui, une boîte coûte en moyenne cinq mille francs CFA et peut durer de deux à quatre semaines. Demain, elle sera disponible dans les hôpitaux publics, fabriquée localement si possible, et son prix ne sera plus une barrière.

Le plan va plus loin. Il exige que 100 pour cent du personnel soignant ciblé soit formé à la drépanocytose. En 2023, seulement 15 pour cent des ressources humaines en santé l’étaient. Il exige aussi que le système de référence et contre‑référence des patients fonctionne à 100 pour cent, pour qu’un enfant diagnostiqué dans un village ne soit plus perdu en route vers l’hôpital de référence. Actuellement, 33 pour cent des ménages de patients vivent à plus de dix kilomètres d’une formation sanitaire, et dans certaines régions comme le Nord, ce chiffre monte à 50 pour cent. Le plan veut réduire cette distance, non pas en déplaçant les hôpitaux, mais en rapprochant les compétences.

Le troisième axe, enfin, concerne la gouvernance et le pilotage. Là encore, les chiffres sont sans appel. Aujourd’hui, il n’existe aucune plateforme multisectorielle fonctionnelle de lutte contre la drépanocytose. Le plan en crée une, avec pour objectif qu’elle tienne toutes ses réunions et que 100 pour cent des goulots d’étranglement soient levés à temps. Il prévoit également la mise en place d’un fichier national des malades drépanocytaires, l’organisation de cinq études majeures sur la maladie, et un taux de complétude des variables de suivi de 100 pour cent dans le système d’information sanitaire DHIS2, là où aujourd’hui les données sont éparses, incomplètes, parfois inexistantes.

Le coût de cette ambition pour la première phase triennale 2025-2027 est estimé à 4 398 770 043 francs CFA. Une somme considérable, mais à mettre en regard des dépenses actuelles des familles, qui déboursent en moyenne 53 078 francs CFA par crise drépanocytaire. Un chiffre qui ne tient même pas compte des souffrances, des nuits d’hôpital, des jours d’école perdus, des salaires sacrifiés.

Ce plan stratégique, élaboré avec le soutien de la Fondation Pierre Fabre via le Groupe d’Étude de la Drépanocytose du Cameroun, et validé par le Secrétariat Technique de la Stratégie Sectorielle de la Santé, a une force rare. Il ne promet pas la lune. Il promet des pourcentages, des dates, des indicateurs vérifiables. Il dit : d’ici 2030, l’incidence de la drépanocytose aura baissé de 25 pour cent. La mortalité prématurée aura baissé de 25 pour cent. Cinq médicaments seront subventionnés. Tous les personnels seront formés. Une plateforme de coordination existera.

Reste à savoir si l’administration, les collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers et les communautés elles‑mêmes tiendront la cadence. Le plan a au moins un mérite immense : il a cessé de considérer la drépanocytose comme une fatalité culturelle ou une malédiction silencieuse. Il en a fait un problème de santé publique avec des solutions connues, des coûts calculés et des responsabilités assignées. Maintenant, la bougie n’est plus seule face à la nuit. Il y a un plan, des chiffres, et une date. 2030. Dans cinq ans, on saura si le Cameroun a tenu sa promesse.

Interview : Dr Emmanuel Vaissaba

« Entre 50 et 80 % des enfants atteints de la forme majeure décèdent avant 5 ans »

une famille. Comment les convaincre qu’ils sont compatibles ?

On ne peut pas les séparer, ni les conseiller de se séparer puisqu’ils sont amoureux. Il faut leur expliquer qu’ils ont un choix à faire : celui de la souffrance ou celui d’une vie équilibrée. S’ils veulent poursuivre cette union et assumer les conséquences possibles – souffrance dans leur vie de famille, dépenses de santé importantes – c’est leur décision. Mais s’ils ont le souci de leur avenir et des projets à réaliser, ils devraient envisager de mettre un terme à cette relation et chercher chacun un partenaire compatible. Pour l’enfant déjà né, il faut déterminer s’il est simple porteur ou malade. S’il est malade, il devra être suivi dès son plus jeune âge pour éviter les complications. La question est : veulent-ils une vie paisible ou rester

dans cette union en s’attendant au pire ? Le choix leur appartient. Si les moyens financiers sont suffisants, ils peuvent rester ensemble et assurer la prise en charge de leur enfant. Sinon, il est préférable de se séparer pour mieux organiser son avenir. Il faut insister sur le dépistage néonatal : si l’enfant naît de cette union, son statut doit être connu dès la naissance. Si l’enfant est malade, une prise en charge précoce permet d’éviter les complications et lui donne une espérance de vie comparable à celle d’un enfant non SS, grâce aux progrès technologiques. Ce n’est pas une fatalité. Mais ils doivent choisir en connaissance de cause.

Beaucoup de couples en Afrique s’aiment, s’unissent, ont un enfant, et ce n’est qu’après des hospitalisations répétées qu’ils découvrent la drépanocytose. Le dépistage, vous le faites à la naissance, mais ne pourrait-il pas être fait avant l’union ?

C’est tout notre combat. Nous travaillons pour que le dépistage se fasse davantage en amont. En attendant, dans la ville de Yaoundé, plusieurs hôpitaux pratiquent déjà le dépistage néonatal systématique et gratuit dans le cadre de projets : l’hôpital de la Caisse, Centre hospitalier Nicolas Barre, l’Hôpital Catholique St. Joseph de Nkolondom, l’hôpital de la Cité Verte, l’hôpital de la Biyem-Assi. D’autres grands hôpitaux, comme l’hôpital central, ont les capacités de dépister, mais ce n’est pas gratuit.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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