De nombreux enfants nés avec cette malformation des chevilles qui sont plutôt orientées vers le bas continuent d’être stigmatisés alors qu’un suivi médical initié très tôt permet d’améliorer la mobilité de l’enfant.
Enfants serpents, sorciers, vendus au famla (secte) pour s’enrichir, les parents d’enfants pied bot et même ces enfants font l’objet de moquerie et de stigmatisation. Cette maladie caractérisée par la mauvaise orientation du plat du pied qui regarde vers le bas alimentent les regards péjoratifs et les rejets. Ces regards dégradants affectent non seulement la personnalité de ces enfants victimes de cette malformation congénitale, mais également leur insertion socio-professionnelle. Cette malformation congénitale, pourtant bien connue du corps médical, est encore entourée de croyances erronées qui compliquent l’intégration sociale des enfants concernés. « Je suis régulièrement moqué dans le quartier. A l’école, c’est pareil », raconte avec beaucoup de peine Ahmat Camara, élève, rencontré lors de la journée mondiale de l’albinisme 2026 à Ngaoundéré.
Dans certaines localités, la naissance d’un enfant avec un pied bot est interprétée comme une malédiction, une punition divine ou encore le résultat de pratiques mystiques. Ces perceptions négatives entraînent souvent le rejet de l’enfant et de sa famille, exposant ces derniers à l’isolement et à la discrimination. « Beaucoup de parents cachent leurs enfants ou tardent à consulter, par peur du regard des autres », confie Marouf Abba, agent de santé communautaire à Ngaoundéré.
Pourtant, les spécialistes de santé se veulent rassurants. Selon les kinésithérapeutes et les traumatologues, le pied bot est une affection qui se corrige efficacement, à
condition d’une prise en charge précoce. « Grâce à des techniques simples comme la méthode de Ponseti, combinant manipulations, plâtres et parfois une petite intervention, l’enfant peut retrouver une fonction normale du pied », explique Gaëlle Kotap, kinésithérapeute et spécialiste de pied bot. Cette dernière insiste sur la correction qui doit début dès la naissance de l’enfant. Normalement suivi par les spécialistes en milieu médical, le taux de récupération peut facilement avoisiner 90%. Le personnel médical recommande la prise en charge précoce afin de limiter le niveau du handicap.
Le principal défi reste donc l’accès à l’information et la sensibilisation des populations et la méconnaissance de la disponibilité des spécialistes. L’Adamaoua disposant désormais d’un traumatologue, de plusieurs kinésithérapeutes repartis sur l’ensemble de la région. Plusieurs acteurs de la santé et organisations locales multiplient les campagnes pour déconstruire les idées reçues et encourager les parents à consulter dès les premières semaines de vie de l’enfant.
« Au-delà de l’aspect médical, il s’agit également d’un enjeu social et humain. Permettre à ces enfants de bénéficier d’un traitement approprié, c’est leur offrir une chance de grandir, de marcher et de s’intégrer pleinement dans la société », estime Felix Ambé, acteur de la société civile œuvrant dans l’autonomisation des personnes à besoins spécifiques dans l’Adamaoua.
Dans la région, changer les mentalités apparaît désormais comme une priorité, afin que chaque enfant, quelles que soient ses conditions de naissance, puisse vivre sans stigmatisation ni exclusion.















