Face aux défis d’accès aux services de santé, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive, un atelier réunit acteurs de la société civile, gouvernement et médias pour analyser et proposer des solutions aux obstacles juridiques et socioculturels rencontrés par les jeunes Camerounais.
Réunis depuis ce mardi à l’hôtel départemental de Mbalmayo, dans le département du Nyong-et-So’o, des représentants d’organisations de la société civile, des autorités gouvernementales et des membres du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) participent à un atelier national de restitution du rapport d’analyse du contexte juridique camerounais relatif aux droits humains.
Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de l’évaluation des obstacles juridiques au droit à la santé des adolescents et jeunes au Cameroun, met un accent particulier sur la santé sexuelle et reproductive, domaine où les jeunes, notamment les filles, rencontrent encore de nombreuses barrières.
Selon Marie Chantal Awoulbe Massaga, présidente du conseil d’administration du Réseau Camerounais des Adolescents et Jeunes Positifs (RECAJ+), cet atelier vise à identifier les entraves juridiques qui limitent l’accès des jeunes aux soins de santé, y compris ceux vivant avec le VIH.
« Il était important d’abord d’étudier ce qui existe sur le plan juridique, de constater les failles, puis de formuler des recommandations pour proposer des solutions concrètes, adaptées au contexte socioculturel camerounais, » explique-t-elle.
Loin de se limiter à des recommandations abstraites, les participants comptent élaborer une feuille de route destinée à appuyer des actions de plaidoyer, tant dans les médias que sur les plateformes numériques, afin d’encourager une prise de conscience collective sur la nécessité d’améliorer l’accès des jeunes aux services de santé.
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Parmi les obstacles identifiés, Maxime Bivina, directeur exécutif de RECAJ+, cite en premier l’âge légal de consentement aux soins médicaux, qui reste une contrainte lourde. Selon lui, cette question, aussi sensible que complexe, crée un dilemme entre la protection parentale et le droit des adolescents à disposer de leur propre santé.
« Réduire l’âge de consentement à 15 ans pourrait faciliter l’accès aux soins, notamment dans les cas de VIH ou d’agressions sexuelles, » soutient-il, tout en soulignant que la réflexion doit associer toutes les parties prenantes, y compris les parents, pour préserver le dialogue familial.
Il déplore également le manque de formation spécifique des prestataires de santé, qui, dans bien des cas, adoptent une prise en charge généraliste, inadaptée aux réalités des adolescents, surtout lorsqu’il s’agit de situations aussi délicates que les violences sexuelles.
Pour James Clovis Koyo, chargé des programmes à Onusida, cet atelier s’inscrit dans une dynamique de long terme. L’agence onusienne apporte son appui technique, financier et logistique aux organisations de jeunes, afin de renforcer leur capacité d’analyse et de plaidoyer.
« L’Onusida crée des espaces d’expression pour que ces jeunes puissent porter eux-mêmes leurs préoccupations auprès des autorités et des partenaires techniques et financiers, » précise-t-il.
L’atelier de Mbalmayo, soutenu entre autres par l’Université d’Ottawa, constitue une étape clé pour structurer les revendications et amorcer un dialogue constructif entre les jeunes, les décideurs et la société civile.
À l’issue de cette rencontre, une feuille de route sera adoptée pour orienter les actions de plaidoyer, en vue d’assouplir certaines lois ou procédures limitant l’accès aux soins. La priorité sera également donnée à la sensibilisation des communautés, afin de briser les tabous qui entourent encore la santé sexuelle et reproductive des jeunes.
Au Cameroun, les adolescents et jeunes demeurent au cœur des efforts de lutte contre le VIH/Sida et autres enjeux de santé publique. Réduire les obstacles qui freinent leur accès aux services reste un impératif pour garantir leur bien-être et préserver l’avenir d’une génération.
Mireille Siapje













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