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Dr. Joseph Fokam  : « L’hépatite virale B dispose d’un vaccin extrêmement efficace au Cameroun »

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Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, le secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le SIDA fait le point de la situation de la lutte contre les hépatites virales au Cameroun. Il évoque également les mécanismes de prise en charge des patients.

Monsieur le Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), que retenir au terme de cette rencontre organisée par la Société camerounaise de gastro-entérologie (SCGE) ?

Sur instruction du ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, le Cameroun s’est engagé dans l’objectif d’éliminer l’hépatite virale B. Au niveau du Comité national de lutte contre le SIDA, nous avons mis en place un programme de triple élimination du VIH, de l’hépatite virale B et de la syphilis chez les femmes enceintes, afin d’optimiser la prévention de la transmission mère-enfant de ces trois infections d’intérêt de santé publique. Dans ce contexte, le ministre de la Santé a déployé des centres de prise en charge décentralisés pour favoriser l’accès aux soins

des hépatites virales dans toutes les régions du Cameroun, tout en veillant à intégrer ces pathologies au sein de services optimisés. À la suite des directives du MINSANTE, cette rencontre a permis de réunir les experts gastro-entérologues, les responsables du programme national et les gynécologues autour d’une table. Il s’agissait d’assurer une bonne compréhension des orientations ministérielles, de permettre aux cliniciens de maîtriser l’interprétation clinique et virologique des différents tests disponibles sur le territoire, et de définir des mesures pour faciliter la prescription de ces diagnostics et le suivi de la charge virale en contexte camerounais. Les discussions au sein de la Société camerounaise de gastro-entérologie ont ainsi permis d’aborder les enjeux de la prise en charge, le contexte épidémiologique, les défis diagnostiques et de formuler des recommandations clés pour le pays.

Au terme de cette séance d’échange scientifique, nous retenons d’abord qu’une plateforme multidisciplinaire trimestrielle sera mise en place dans le cadre de la prévention de la transmission mère-enfant (PTME) de l’hépatite virale B et des autres hépatites afin d’adapter régulièrement nos pratiques au contexte national. De plus, nous allons instaurer des indicateurs pour évaluer le taux de prescription des tests de charge virale pour les bénéficiaires camerounais, dans un contexte géographique où ces tests deviennent de plus en plus accessibles pour les hépatites B et C. Enfin, des mesures fortes ont été prises pour que les thématiques discutées durant cette session soient érigées en sujets phares et novateurs. Nous avons vivement encouragé nos jeunes chercheurs, nos résidents et nos étudiants à intégrer ces questions dans leurs travaux au sein des différentes institutions de recherche du Cameroun, afin de générer des données probantes qui guideront les prises de décisions politiques et nous conduiront progressivement vers l’élimination des hépatites virales.

Dr en termes de chiffres, quelle est la situation de la lutte contre les hépatites virales au Cameroun à ce jour ?

Prises de façon générale, les hépatites virales existent sous cinq types distincts : les hépatites A, B, C, D et E. Parmi ces différentes formes, nous mettons prioritairement l’accent sur l’hépatite B et l’hépatite C en raison de leur propension à développer des formes chroniques. À l’inverse, les hépatites virales A et E se transmettent par voie fécale-orale et leur guérison est naturelle ou spontanée durant la phase aiguë, sans risque de chronicité. L’hépatite virale D, bien qu’on en parle moins, reste importante car elle ne peut se développer qu’en présence de l’hépatite B ; le virus B est une condition nécessaire à l’existence du virus Delta, ce qui implique de se concentrer sur le dépistage du B pour pouvoir identifier le D chez les porteurs positifs. Sur le plan de la santé publique au Cameroun, la prévalence de l’hépatite virale B dépasse le seuil critique de 8 %, ce qui situe notre

pays dans une zone de forte endémicité avec un risque majeur de développement de carcinome hépatocellulaire pour les personnes porteuses d’une infection active. En revanche, l’hépatite virale C présente une prévalence inférieure à 1 % car elle touche majoritairement les personnes âgées de 65 ans et plus. Le Cameroun tend ainsi vers l’élimination de l’hépatite C grâce à des protocoles thérapeutiques très efficaces qui permettent d’obtenir une guérison complète en 3 à 6 mois au maximum. Dans ce contexte où l’hépatite C dispose déjà d’un traitement curatif et d’une faible prévalence, l’essentiel de l’énergie de santé publique doit être investi dans l’élimination de l’hépatite virale B. Face à cette forte endémicité nationale, il est crucial de tester les personnes à risque, en ciblant préférentiellement les femmes enceintes dans le cadre de la prévention de la transmission verticale pour protéger l’enfant.

Il faut souligner qu’un enfant exposé à l’hépatite virale B court un risque très élevé de développer un cancer du foie à l’âge adulte s’il est infecté à la naissance. Nous voulons donc nous assurer que toutes les personnes à risque au Cameroun puissent bénéficier d’un dépistage rigoureux et d’une prise en charge adéquate en cas de positivité. Pour toutes les personnes qui reçoivent un résultat négatif, la très bonne nouvelle reste que l’hépatite virale B dispose d’un vaccin extrêmement efficace dont nous encourageons vivement l’utilisation pour tous les Camerounais. Toutefois, avant de procéder à la vaccination, il demeure indispensable d’effectuer son test de dépistage afin de s’assurer de sa négativité avant d’accéder aux doses disponibles dans notre système de santé.

Quels sont les mécanismes qui sont mis en place par le gouvernement pour assurer un bon traitement aux personnes atteintes d’hépatite ?

Effectivement, le ministère de la Santé publique travaille en étroite collaboration avec le réseau des gastro-entérologues camerounais qui conseille le ministère sur les besoins et les enjeux spécifiques liés aux patients atteints d’hépatite virale B. Dans ce cadre, l’État a mis en place un fonds de lutte contre la maladie permettant d’acquérir des tests d’hépatite virale B et de les proposer au tarif unique de 2 000 francs CFA pour le bénéficiaire, ce qui représente une subvention très importante. En parallèle, le projet CHAMP, porté par la direction des études et des projets du ministère, permet d’acquérir des intrants et réactifs supplémentaires pour optimiser la prise en charge des patients souffrant d’hépatites virales dans notre contexte. L’ensemble de ces mesures vise à faciliter l’accès universel aux traitements contre l’hépatite virale B, et nous envisageons dans un avenir très proche d’intégrer pleinement ces prestations dans le paquet de soins de la Couverture Santé Universelle afin d’optimiser encore davantage l’accès aux services déjà opérationnels sur l’ensemble du territoire national.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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