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Dr pascal Talla : Du bistouri aux pondoirs

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Gynécologue-obstétricien de renom, spécialiste de la chirurgie pelvienne en Suisse, rien ne prédestinait cet intellectuel à devenir le porteur de l’un des plus gigantesques projets avicoles du Cameroun moderne. Et pourtant, avec six milliards de francs CFA investis à Bamendjou, dans la région de l’Ouest-Cameroun, il signe le retour d’une diaspora qui ne veut plus seulement observer, mais agir

Le parcours de Pascal Talla s’enracine dans les valeurs de rigueur et d’excellence. Natif de la région de l’Ouest, c’est pourtant en République Démocratique du Congo, à l’Université de Lubumbashi, qu’il pose les bases de son destin. Loin de sa terre natale, l’étudiant se distingue rapidement par une capacité de travail hors norme. En l’an 2000, le verdict tombe : il obtient son diplôme de Docteur en Médecine, Chirurgie et Accouchement avec la plus haute distinction. Il est le major de sa promotion. Revenu temporairement au Cameroun pour un stage de perfectionnement au service de Gynécologie-Obstétrique de l’Hôpital Saint-Vincent de Paul de Dschang entre 2001 et 2003, le jeune médecin se confronte aux réalités du terrain sanitaire local. C’est là que naît sa vocation profonde pour la santé des femmes, un secteur où le besoin d’expertise est immense. Le Cameroun est son berceau, mais l’Europe va devenir son laboratoire d’excellence.

L’ascension européenne et la quête de la perfection

En 2003, accompagné de son épouse Pélagie, Pascal Talla s’envole pour la Belgique. À Bruxelles, le couple fonde l’Association Pour le Soutien et la Promotion de la Santé au Cameroun (ASPSC), marquant déjà leur volonté de structurer des initiatives communautaires. Mais c’est à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et au CHU Saint-Pierre que le médecin entame sa véritable mue. Il s’y spécialise en gynécologie-obstétrique. Entre les gardes interminables et la rigueur des blocs, il gravit les échelons jusqu’à devenir Postgraduate Senior (chef de clinique) dès octobre 2005. Soif d’apprendre insatiable, le Dr Talla collectionne les titres universitaires européens comme d’autres accumulent les trophées. Hystéroscopie à Anvers, échographie à l’Université Catholique de Louvain, biologie de la procréation et prise en charge de l’infertilité à Paris et Strasbourg… Rien ne lui échappe.

En 2006, la Suisse lui ouvre ses portes. C’est le début d’une carrière helvétique fulgurante. Titulaire du prestigieux diplôme fédéral FMH, il s’impose d’abord comme médecin-assistant à l’Hôpital Neuchâtelois Pourtalès, puis comme chef de clinique à l’Hôpital du Jura à Delémont. Sa trajectoire le mène vers une hyperspécialisation : l’urogynécologie et la chirurgie de la statique pelvienne, validée

par un fellowship à l’Hôpital Jeanne de Flandre de Lille.

Devenu Médecin Chef adjoint, puis Médecin Chef responsable de l’unité d’urogynécologie au Réseau Hospitalier Neuchâtelois (RHNe) jusqu’en 2021, le Dr Talla publie des travaux scientifiques pointus, notamment sur l’utilisation du Goldfinger Dissector en laparoscopie. Au sommet de son art en Europe, installé à l’Hôpital de La Providence, l’homme dispose d’un confort professionnel et d’une reconnaissance internationale que beaucoup lui envieraient. Mais son esprit est ailleurs. Quelque part sur les hauteurs de Bamendjou.

Le déclic et l’appel de la terre

Qu’est-ce qui pousse un chirurgien dont les mains réparent des corps en Suisse à s’intéresser soudainement à la provende, aux poussins et aux chaînes d’abattage ? La réponse tient en une formule : le feedback patriotique. « Nous avons voulu répondre à un appel du chef de l’État à la diaspora de venir investir au pays. Nous avons choisi le secteur qui est un secteur assez particulier parce qu’il aide au développement de l’agriculture, il aide la population à se nourrir convenablement », confie le Dr Pascal Talla. La transition ne s’est pas faite sur un coup de tête. Observateur lucide des dynamiques économiques de son pays, il constate les faiblesses structurelles de la filière avicole camerounaise, trop souvent dépendante des importations et sujette aux crises sanitaires ou logistiques. Pour ce scientifique habitué aux protocoles stricts, la réponse doit être industrielle, moderne et autosuffisante. Le projet des six milliards de francs CFA est né.

Le mastodonte de Bamendjou, une usine du futur

Sur le site de Bamendjou, la vision du médecin s’est transformée en blocs de béton, en acier et en technologies de pointe. Loin des élevages artisanaux, le complexe avicole conçu par Pascal Talla donne le vertige par ses dimensions et sa rationalité : Deux bâtiments ultra-modernes : Capables d’abriter 80 000 poules pondeuses dans des conditions de biosécurité optimales. Une production record : Une capacité potentielle de 75 000 œufs par jour. Pour les amateurs de statistiques, cela représente une moyenne phénoménale de 50 œufs par minute. Le cycle de la vie en interne : Une installation de reproduction d’une capacité de 40 000 poussins permet de renouveler le cheptel sans dépendre de fournisseurs extérieurs. L’autosuffisance totale : Une usine de fabrication d’aliments (provenderie) intégrée garantit la qualité de la nutrition des volailles et protège la ferme des fluctuations des cours des matières premières. Le projet ne s’arrête pas là. Il intègre son propre abattoir industriel ainsi qu’une usine de fabrication d’emballages. C’est une filière complète, totalement intégrée, qui est sortie de terre.

Un impact au-delà des chiffres

Si l’aspect financier et technique force le respect, la dimension sociale du projet du Dr Talla s’avère encore plus impactante. En produisant des poussins de haute

qualité biologique en interne, la ferme de Bamendjou redistribue le surplus et le savoir-faire aux aviculteurs locaux. C’est tout un écosystème régional qui s’en trouve tiré vers le haut, créant des emplois directs et indirects pour la jeunesse de la région de l’Ouest. Ce succès industriel, le promoteur ne l’a pas construit totalement isolé. Il salue volontiers le soutien institutionnel et étatique reçu pour faciliter l’implantation de ce complexe en zone rurale. Mais le moteur principal reste cette audace propre aux grands entrepreneurs.

Un phare pour la diaspora camerounaise

Le parcours du Docteur Pascal Talla brise les clichés tenaces sur la diaspora africaine, souvent perçue comme déconnectée des réalités locales. Il prouve que l’on peut exceller dans la haute médecine en Occident tout en gardant les pieds ancrés dans le sol de ses ancêtres. Son investissement à Bamendjou agit comme un déclencheur, un message fort envoyé à tous les talents camerounais disséminés à travers le monde. Oui, le Cameroun est une terre d’opportunités pour ceux qui apportent de la méthode, de la rigueur et du capital. Entre le scalpel et la terre, Pascal Talla a choisi de ne pas choisir : il soigne les corps en Suisse et nourrit les ambitions de son pays d’origine. Une double casquette pour un homme d’exception.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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