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Elysée MVOGO, responsable du service de physiokinésithérapie de l’hôpital central de Yaoundé.

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« On ne masse pas un patient qui a fait un AVC »

Masser un patient victime d’un accident vasculaire cérébral est une hérésie thérapeutique. Dans cet entretien incisif, Elysée Mvogo, responsable du service de physiokinésithérapie de l’Hôpital Central de Yaoundé, démonte les fausses croyances, défend le statut médical de sa discipline et dévoile les secrets de la neuro-réhabilitation.

Justement, vous parlez de neuro-réhabilitation. Qu’est-ce que cela change concrètement dans la prise en charge des patients ?

C’est l’occasion que nous voulons saisir en cette journée pour mettre en valeur les atouts de la kinésithérapie dans ce panel. D’abord, en comparant les pratiques d’hier et d’aujourd’hui. Il s’agit de démontrer les corrélations entre l’AVC et les troubles de la mémoire, de l’équilibre, ou encore le syndrome cérébelleux. Notre objectif est d’édifier le personnel soignant, les étudiants en formation, nos collaborateurs et l’ensemble du personnel sur les champs de compétences de la kinésithérapie.

Vous insistez sur le fait qu’on ne masse pas un patient qui a fait un AVC. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Il faut souligner qu’on ne masse pas une personne victime d’un AVC, quelle qu’en soit la forme, car cela n’apporte aucun bénéfice thérapeutique. Ceux qui le font constatent certes que le malade bouge, mais c’est ignorer la neuroplasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se remodeler et à créer de nouvelles connexions synaptiques. Lorsqu’une zone est détruite par un AVC, elle ne peut plus être réutilisée, mais le cerveau est capable d’en façonner une autre. À travers la neuro-réhabilitation et la neuro-musculation, nous aidons ces patients à réintégrer

ces schémas moteurs. C’est comparable à un disque dur endommagé que l’on tente de ressusciter : une fois les données restaurées, nous indiquons au cerveau la marche à suivre pour réactualiser ses mouvements. C’est pour cela que notre approche ne se limite pas au massage, mais vise à rétablir la mobilité et le déplacement. En phase aiguë, même si l’on tente de faire de l’éducation, cela ne sert à rien car le cerveau n’est pas réceptif à ce stade.

Vous avez également tenu à rappeler que le terme « paramédical » est réducteur par rapport au travail que vous faites au quotidien. Qu’en est-il exactement ?

Oui, c’est un problème de mise à jour. Étymologiquement, la kinésithérapie est la thérapie par le mouvement. Depuis 2016, la discipline a évolué. Elle n’est plus considérée comme paramédicale, et j’espère que les décideurs le prendront en compte, mais bien comme une discipline médicale selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le référent du kinésithérapeute est le médecin physiatre. Ce dernier suit sept années de médecine générale suivies d’une spécialisation, soit l’équivalent d’un parcours de niveau bac plus douze. Le kinésithérapeute collabore avec de nombreux spécialistes, mais son véritable référent médical reste le physiatre. La science étant évolutive, le professeur a d’ailleurs rappelé la nécessité d’actualiser ces données conformément aux recommandations de l’OMS. C’est bel et bien une discipline médicale qui accompagne les patients dans leur réhabilitation et le mouvement sous toutes ses formes.

Concernant les patients qui ont une altération cérébrale, comment expliquez-vous que le cerveau soit véritablement le chef d’orchestre de l’organisme ?

Il faut comprendre que le système nerveux est divisé en deux parties : central et périphérique. C’est lui qui commande la motricité volontaire et involontaire. Tous les organes en dépendent, à l’exception du cœur, qui possède son propre stimulateur — le nœud sinusal — produisant les impulsions électriques nécessaires aux mouvements des ventricules et des oreillettes. Tous les autres organes sont sous la coupe du système nerveux central, d’où son rôle de chef d’orchestre, ou maestro. Dès qu’une altération survient, les impacts se font ressentir sur un ou plusieurs systèmes.

Et concernant précisément les patients présentant une lésion cérébrale, que pouvez-vous nous dire ?

On les appelle les cérébrolésés, ce qui regroupe les lésions cérébrales quelle qu’en

soit l’étiologie : vasculaire, tumorale, auto-immune ou infectieuse. Le cerveau est cartographié en aires corticales, chacune étant dotée d’une fonction spécifique. Lorsqu’une ou deux zones sont altérées, cela se traduit par des dysfonctionnements précis. Par exemple, une atteinte du lobe frontal, qui gère la motricité volontaire, peut survenir suite à un traumatisme — même un choc bénin sur le front peut entraîner une perte passagère de sensation dans les jambes, qui se résorbe après quelques heures. Le cerveau fonctionne donc comme une carte géographique où chaque région a un rôle précis, tout en restant interconnectée.

Vous avez mené une semaine d’activités cliniques et de promotion de la santé. Quel bilan en tirez-vous ?

Du 1er au 7 septembre, nous avons mené une campagne clinique et de prévention au cours de laquelle nous avons reçu 138 patients. Nous avons établi des diagnostics pour l’ensemble d’entre eux et orienté 8 patients vers des services spécialisés en cardiologie, traumatologie, neurochirurgie et psychologie. Pour les autres, nous avons assuré un suivi régulier, associé à des séances d’information, d’éducation et de communication (IEC). Celles-ci portaient notamment sur les bonnes postures, la manutention et les gestes du quotidien pour éviter les blessures, par exemple lors du port de charges lourdes. Nous avons également réalisé des actions de dépistage : la prise de paramètres nous a permis de repérer 4 participants présentant une tension artérielle critique de 220, que nous avons immédiatement référés en cardiologie, l’hypertension sévère sortant de notre champ de compétences. Globalement, ces activités se sont déroulées dans d’excellentes conditions et les retours des participants sont très positifs, puisque près de 50 d’entre eux ont exprimé le souhait de poursuivre les séances à l’issue de cette campagne gratuite.

Un dernier mot sur les démonstrations pratiques que vous avez organisées ?

Docteur, vous avez vous-même esquissé une marche tout à l’heure. C’est exactement de cette manière laborieuse que progressent nos patients, et c’est précisément là que se situe la difficulté. Face à cela, aucune structure sérieuse ne peut se montrer indifférente ; notre rôle est d’accompagner la personne pas à pas jusqu’au bout de sa rééducation.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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