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SANTE ANIMALE

Espèces protégées : Les trois visages de la faune sauvage

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La loi 2024/008 du 24 juillet 2024 répartit la faune camerounaise en trois classes de protection, A, B et C. Mais sur le terrain, les statistiques révèlent des écarts préoccupants entre la loi et la réalité du braconnage.

Derrière le terme « espèce protégée » se cache une réalité administrative rigoureusement codifiée : un animal ou une plante dont la capture, la détention, le transport, la vente ou la mise à mort sont strictement réglementés, voire interdits, pour garantir sa survie. Au Cameroun, la loi 2024/008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche répartit les espèces animales sauvages en trois classes de protection – A, B et C – selon des modalités fixées par voie réglementaire. Mais si le cadre législatif est clair, les chiffres du terrain, eux, racontent une tout autre histoire, celle d’une biodiversité camerounaise sous pression, et d’un sursaut citoyen inespéré aux confins de la Réserve de Biosphère du Dja.

La classe A, celle de la protection totale, concerne les espèces intégralement protégées, souvent menacées d’extinction selon la liste rouge de l’UICN. Éléphants, gorilles, chimpanzés, léopards ou pangolins géants figurent parmi ces trésors vivants pour lesquels toute chasse, capture, détention, transport ou commercialisation, même à l’état mort, est rigoureusement interdite. Pourtant, les statistiques disponibles brossent un tableau préoccupant. Le Cameroun a déjà perdu 95 % de ses éléphants de forêt, et il n’en resterait plus que moins de 2 000 individus survivant dans les massifs forestiers les plus reculés. Une étude menée entre juin 2023 et avril 2024 n’a recensé qu’environ 1 004 éléphants de forêt et 19 472 grands singes (gorilles et chimpanzés) sur l’ensemble du territoire. Le gorille de la rivière Cross, sous-espèce particulièrement menacée, ne compterait plus qu’environ 300 individus répartis entre le Cameroun et le Nigeria. Des chiffres qui donnent la mesure de l’urgence.

La classe B, celle de la protection partielle, concerne des espèces vulnérables mais pas encore menacées d’extinction, comme le céphalophe bleu, le guib harnaché, le potamochère ou le singe patas. Leur chasse ou capture est autorisée uniquement sur obtention d’un permis spécial, et leur commerce reste soumis au respect de quotas et de saisons de chasse. La classe C, enfin, regroupe les espèces communes, dont la capture et l’abattage sont néanmoins réglementés. Ce système à trois vitesses traduit une volonté de gradation dans la protection, mais il se heurte sur le terrain à une réalité implacable : celle du braconnage et du trafic. Rien que pour le pangolin, l’un des mammifères les plus trafiqués au monde, les saisies d’écailles se comptent en dizaines de kilos – 138 kg d’écailles ont été saisis et cinq trafiquants arrêtés lors d’une seule opération au second semestre 2023. Plus inquiétant encore, une enquête menée auprès de 367 personnes dans vingt villages autour de deux parcs nationaux révèle qu’environ 30 % des répondants, bien que conscients de l’illégalité, admettent chasser le pangolin.

C’est dans ce contexte de chiffres alarmants qu’une initiative singulière a vu le jour à Dioula et Medjoh, dans l’Est de la Réserve de Biosphère du Dja. À l’occasion d’un partage d’expériences animé par l’équipe d’Akonetyé, le Field Legality Advisory Group (FLAG) a organisé une session de sensibilisation consacrée à la connaissance et à la protection des espèces sauvages protégées. L’objectif était clair : permettre aux communautés locales, acteurs de premier plan de la conservation, de comprendre la nécessité de préserver les animaux dans leur milieu naturel, et de mieux connaître leurs droits et devoirs vis-à-vis de la faune protégée. L’échange a enflammé les débats, au point que hommes et femmes ont décidé de s’impliquer concrètement. Cinq d’entre eux ont formé une équipe locale de surveillance écologique, bien décidée à suivre et à défendre les espèces de leur forêt.

Ce chiffre – cinq – est peut-être le plus symbolique de tous. Cinq hommes et cinq femmes qui, forts de leurs connaissances du terrain et de leurs savoirs traditionnels, deviennent peu à peu les gardiens de la biodiversité, ceux qui veillent sur les traces du pangolin nain, du chimpanzé, des éléphants et de bien d’autres trésors vivants. Face aux 95 % d’éléphants disparus, aux 1 004 individus restants, aux 138 kg d’écailles saisies, ce petit groupe local incarne une résistance silencieuse mais essentielle. La loi 2024/008 a posé le cadre ; à Dioula et Medjoh, des citoyens ordinaires en sont devenus les premiers garants. Et c’est peut-être là, dans cette mobilisation à échelle humaine, que se joue l’avenir des espèces protégées du Cameroun.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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