Alors que la Journée mondiale des travailleurs domestiques met en lumière leur rôle indispensable dans le maintien de nos foyers, elle révèle aussi une réalité sombre : la précarité de leurs conditions de travail.
Derrière les portes closes des maisons de Yaoundé, des drames se déroulent, souvent dans le silence et l’indifférence générale. La Journée Mondiale des travailleurs domestiques, censée être un moment de célébration, met cruellement en lumière une réalité sombre. Les témoignages recueillis révèlent la vulnérabilité extrême de ces travailleurs.
L’histoire de la famille Takougang est emblématique de ces dérives. Une dispute conjugale, d’une violence inouïe, a éclaté, déclenchée par une grossesse inattendue : le chef de famille avait mis enceinte sa quatrième femme de ménage. L’épouse légitime, une magistrate, confie son désarroi : “Ces ménages tombent toujours dans son piège.” Elle décrit un schéma récurrent de harcèlement, avec “l’argent ostensiblement oublié dans les poches, les avances répétées.” Cette fois, l’affaire a fait voler leur couple en éclats, révélant une pratique malheureusement trop courante : l’abus sexuel des employées de maison par leurs patrons.
Le témoignage de Viviane, jeune domestique à Nkolmesseng Chefferie, est déchirant. “Mon salaire, je ne le reçois qu’après avoir ‘cédé’ sexuellement à mon patron”, raconte-t-elle, la voix brisée. Son cas n’est pas isolé. À Mimboman, Claudine rapporte comment la femme de ménage d’une voisine lui a même “recommandé de coucher avec son fils” pour espérer une augmentation de salaire et un supplément de nourriture. Ces femmes vivent un quotidien de peur et d’angoisse permanent, un stress constant. Les “fins de mois élastiques”, les heures supplémentaires impayées pour un “salaire de catéchistes” (35 000 francs CFA), s’ajoutent à cette pression psychologique insoutenable. Leur quotidien est un combat pour la survie, où leur intégrité physique et mentale est constamment menacée.
Des comportements qui déstabilisent les foyers
Cependant, le tableau n’est pas toujours unilatéral. De l’autre côté de la barrière, des employeurs se disent parfois victimes de manipulations ou de comportements jugés provocateurs. Carole, une employeuse, témoigne de ce qu’elle perçoit comme une tentative délibérée de déstabilisation : “Les robes moulantes qui dessinent les formes généreuses, les courtes jupes, les pantalons taille basse, ventre dehors, nombril dehors, cuisse dehors.” Des tenues qui, selon elle, sont ostensiblement destinées à attirer l’attention des hommes du foyer, créant une atmosphère de tension.
Des cas plus alarmants sont également rapportés. À Mendong, une employée de maison a été filmée par une caméra cachée en train de verser une poudre suspecte dans l’assiette du chef de famille. L’enquête a révélé qu’il s’agissait d’une substance “pour le charmer”. Et à Biyem Assi Lycée, une domestique est tombée enceinte dans un ménage où l’épouse légale vivait, allant jusqu’à s’imposer comme co-épouse, bouleversant ainsi l’équilibre conjugal. Ces situations complexes mettent en lumière la fragilité des équilibres familiaux et les drames humains qui peuvent se jouer derrière les portes closes, amplifiant parfois la méfiance envers l’ensemble de la profession. Derrière chaque histoire, qu’elle soit celle d’une victime d’abus ou d’un foyer brisé par la manipulation, se cache une vie humaine en souffrance. Agir, c’est garantir la dignité pour tous et contribuer à bâtir une société plus juste et équitable au Cameroun.
Elvis Serge NSAA















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