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Gaspillage alimentaire : le scandale silencieux qui mine la sécurité alimentaire

La méconnaissance des techniques de conservation et les achats excessifs contribuent significativement au gaspillage domestique.
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Alors que plus 2 millions de Camerounais souffrent d’insécurité alimentaire, des tonnes de nourriture pourrissent dans les marchés de la capitale.

Dans les marchés de Yaoundé, le spectacle désolant de montagnes de denrées alimentaires jetées contraste cruellement avec la réalité de millions de Camerounais en situation d’insécurité alimentaire. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le gaspillage alimentaire, décryptage d’un fléau aux multiples conséquences. Le thème « Réduire les pertes et le gaspillage alimentaire – agir pour transformer les systèmes alimentaires » résonne avec une actualité brûlante au Cameroun. Le Cameroun traverse actuellement une période critique en matière de sécurité alimentaire. Selon les données officielles du Cadre harmonisé d’analyse et d’identification des populations en situation d’insécurité alimentaire, dévoilées lundi 11 décembre à Yaoundé, près de 3 millions de personnes seraient affectées par ce fléau. Plus précisément, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, a révélé en présence des partenaires au développement que 2 940 807 citoyens camerounais, représentant 10,6% de la population nationale, connaissent une insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë.

Ces chiffres alarmants, qui couvrent la période d’octobre à décembre 2023, soulignent l’urgence d’une intervention coordonnée face à cette crise humanitaire d’autant plus inacceptable que le gaspillage alimentaire atteint parallèlement des proportions préoccupantes dans le pays. Cette situation paradoxale génère des conséquences multidimensionnelles, tant sur le plan sanitaire qu’économique et environnemental, creusant davantage le fossé de l’insécurité alimentaire. Dans les marchés Mvog-Mbi, Atangana-Mballa et Mvog-Ada, le même scénario se répète quotidiennement : légumes avariés, fruits pourris et autres denrées encore consommables jonchent le sol et débordent des poubelles. « Regardez tout ce qui est jeté ! On se demande pourquoi ne pas distribuer gratuitement ce qu’on n’arrive pas à vendre. C’est du pur gachis ! », s’indigne un passant, reflet d’une incompréhension générale face à ce paradoxe insoutenable.

Au niveau de la distribution

Les infrastructures de stockage inadéquates, particulièrement en zone rurale, accélèrent la détérioration des produits agricoles avant même leur arrivée sur les marchés. « Nous achetons la banane-plantain directement dans les champs. Il nous faut plusieurs jours pour rassembler la marchandise et trouver un véhicule, ce qui affecte inévitablement la qualité », témoigne une commerçante. La méconnaissance des techniques de conservation et les achats excessifs contribuent significativement au gaspillage domestique. Peu de familles maîtrisent les méthodes de préservation des aliments, conduisant à jeter d’importantes quantités de nourriture encore consommable.

Au-delà des impacts économiques et environnementaux, le gaspillage alimentaire présente des risques sanitaires majeurs qu’il convient de considérer avec attention. En premier lieu, il réduit considérablement l’accès aux aliments nutritifs, ce qui aggrave notamment la malnutrition infantile et les carences en vitamines parmi les populations les plus vulnérables. En outre, les denrées alimentaires en décomposition deviennent des niches propices au développement de bactéries pathogènes telles que la salmonella et de champignons dangereux comme l’Aspergillus. Par conséquent, ces pathogènes contaminent progressivement les ressources en eau, les sols et même d’autres aliments encore consommables, provoquant ainsi des maladies telles que des diarrhées, des intoxications alimentaires et diverses infections gastro-intestinales. Par ailleurs, il est important de noter que ces déchets mal gérés attirent inévitablement des insectes et des rongeurs, amplifiant davantage les risques sanitaires déjà présents. Enfin, cette situation crée un cercle vicieux où les problèmes sanitaires renforcent la précarité alimentaire, rendant la population encore plus vulnérable aux maladies.

Mobilisation internationale et solutions concrètes

Face à cette crise mondiale, la FAO a institué en 2019 la Journée mondiale contre le gaspillage alimentaire, célébrée chaque 29 septembre.

Pour l’édition 2025, le Directeur général Qu Dongyu appelle à une mobilisation générale et coordonnée de l’ensemble des acteurs. Premièrement, il est essentiel de soutenir les projets visant à réduire les pertes post-récolte, qui constituent un maillon critique dans la chaîne alimentaire. Deuxièmement, cette action doit s’accompagner d’une amélioration significative des infrastructures de stockage, afin de préserver la qualité des denrées sur le long terme. Par ailleurs, une attention particulière doit être portée à la sensibilisation des ménages aux techniques de conservation, car la responsabilité individuelle joue un rôle déterminant dans cette lutte.

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De plus, il convient de promouvoir activement la planification des repas et les achats raisonnés, qui représentent des leviers concrets pour réduire le gaspillage au quotidien. Enfin, le développement systématique du compostage des déchets organiques s’avère indispensable pour clore le cycle alimentaire de manière durable. Ainsi, c’est par la combinaison de ces différentes mesures que nous parviendrons à transformer durablement nos systèmes alimentaires. La lutte contre le gaspillage alimentaire s’impose comme un impératif national et global. Elle nécessite une transformation profonde des systèmes alimentaires, depuis les champs jusqu’aux assiettes des consommateurs, et engage la responsabilité collective pour bâtir une sécurité alimentaire durable au Cameroun.

Audray NDENGUE Stg

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