Réputée pour ses paysages montagneux et sa vitalité agricole, cette partie du pays est aujourd’hui confrontée à une menace qui dépasse les frontières locales : le changement climatique. Si ses effets se traduisent par des pluies plus intenses, des vagues de chaleur inhabituelles ou encore des glissements de terrain récurrents, les conséquences les plus silencieuses et durables s’observent sur la santé des populations.
Située dans une zone d’altitude, l’Ouest Cameroun bénéficie d’un climat tempéré qui favorise la culture du maïs, du haricot, du café ou encore des pommes de terre. Mais cette stabilité est de plus en plus bouleversée. Selon l’Observatoire National du Changement Climatique (ONACC), la région enregistre depuis une décennie une augmentation des températures moyennes et une variabilité accrue des précipitations. Les pluies torrentielles, qui provoquent inondations et éboulements, alternent avec des périodes de sécheresse inattendues. Ces bouleversements affectent directement la disponibilité de l’eau, la sécurité alimentaire et, par ricochet, l’état de santé des habitants. Et les conséquences sanitaires de ce changement climatique dans la région de l’Ouest sont visibles sur plusieurs fronts.
Pour Serges KENFACK et André Kengne, habitants de Penka-Michel et Mbouda, le changement climatique a un impact négatif sur tous les plans pour les habitants des zones agricoles comme nous. En effet, le changement climatique induit le bouleversement du climat. On n’est plus sûr de la période de froid ou de chaleur, tout est bouleversé et extrême, ce qui occasionne beaucoup de nouvelles maladies qui ont parfois du mal à être diagnostiquer dans les formations sanitaires. Le changement climatique transforme nos vies et nous oblige à adopter des techniques culturales encore plus nocives pour la santé. On se retrouve avec des toux, des diarrhées et autres maladies difficiles à diagnostiquer et parfois mortelles.
Les inondations entraînent la contamination des sources d’eau généralement peu profondes et mal aménagées, ce qui favorise la propagation du choléra, de la fièvre typhoïde et des diarrhées aiguës. Les districts de santé de la Mifi et du Noun enregistrent régulièrement des cas lors des saisons pluvieuses. La remontée des températures et la stagnation des eaux créent des gîtes larvaires pour les moustiques. Résultat : le paludisme, jadis moins fréquent en altitude, gagne du terrain jusque dans les zones montagneuses, où les populations ne sont pas toujours préparées et ce, malgré la distribution fréquente des MILDA.
Les récoltes imprévisibles, liées aux sécheresses ou aux excès de pluie, provoquent une baisse de rendement agricole. Les populations qui y vivent principalement d’agriculture, voient leur accès à une alimentation équilibrée se réduire, exposant les enfants à des carences et à des retards de croissance. Souvent négligée, la santé psychologique des populations souffre aussi. Les pertes de récoltes, la destruction d’habitations et la peur récurrente des catastrophes génèrent anxiété et stress chronique, avec un impact direct sur la qualité de vie.
Les centres de santé de l’Ouest, déjà confrontés à un manque de personnel et de moyens logistiques, peinent à répondre efficacement à ces crises climato-sanitaires. Lors des fortes pluies, certaines structures deviennent inaccessibles à cause de routes coupées ou de ponts effondrés. Les unités de traitement du choléra, lorsqu’elles existent, manquent parfois de réactifs, de lits ou de solutions de réhydratation orale. Dans les zones rurales, la surveillance épidémiologique reste faible, retardant la détection et la prise en charge des épidémies. « Chaque saison pluvieuse, nous redoutons une flambée de cas de diarrhées et de choléra. Mais la difficulté, c’est que les malades arrivent souvent tard, faute d’alerte précoce et de moyens de transport », confie un infirmier du district de santé de Foumbot.
Pour le Dr TAKUEZEM Marlaine, Médecin à l’Hôpital de District de Penka-Michel, « les pathologies récurrentes liées au changement climatique et diagnostiquées dans notre structure sont beaucoup plus la toux, la grippe, le paludisme (qui est diagnostiqué en toute saison) et de rares fois la typhoïde et le choléra (dont il est difficile de confirmer le diagnostic au vu de l’état critique dans lequel le patient nous est généralement amené et la difficulté à faire cet examen sur place). Généralement, quand on parle de toux, on peut avoir des spécificités telles que des bronchiolites et autres. Des patients que nous recevons, la tranche d’âge la plus touchée est celle des enfants de 0 à 5 ans. Sachant qu’étant dans une zone rurale, les adultes ont généralement recours à d’autres méthodes de traitement. » a-t-elle déclaré. Et de poursuivre : « au niveau de la prise en charge de ces patients, le traitement la plupart du temps est symptomatique. C’est-à-dire qu’en cas de toux, de grippe ou d’infection pulmonaire accompagnée de fièvre avec une température en deçà de 36.5°c, nous faisons d’abord baisser la température car la plupart du temps la cause est virale ; au cas où la température est supérieure à 38° on administre des antibiotiques et il faut dans un premier temps l’hydrater sinon le patient peut convulser. Il est important de noter que, pour la prise en charge de ces pathologies, nous faisons face à des difficultés de 2 ordres : matériel et financier. Les parents qui viennent la plupart du temps faire consulter leurs enfants n’ont pas les moyens financiers pour effectuer une radiographie du thorax, qui se fait soit à Dschang, soit à Bafoussam ; d’où la difficulté matérielle que j’évoquais : le manque de plateau technique adéquat pour la cause. »
Face à cette situation, plusieurs efforts sont déployés à l’échelle nationale et locale. L’ONACC multiplie les bulletins d’alerte pour prévenir des risques sanitaires liés aux variations climatiques. Des campagnes de sensibilisation sur l’hygiène, la consommation d’eau potable et l’utilisation des moustiquaires imprégnées sont régulièrement organisées dans les villages. Malgré ces initiatives, beaucoup reste à faire pour renforcer la résilience sanitaire face au changement climatique. Le Dr TAKUEZEM Marlaine recommande : « de garder le plus possible les enfants au chaud, d’améliorer l’assainissement de l’environnement, de potabiliser l’eau à boire à l’aide d’un entonnoir bouché de coton et surtout de dormir sous une moustiquaire imprégnée. »
Le changement climatique n’est pas seulement une question environnementale : c’est une menace sanitaire directe. Dans la Région de l’Ouest Cameroun, où les populations vivent essentiellement de l’agriculture et dépendent de ressources naturelles vulnérables, l’impact est particulièrement visible. Renforcer la résilience du système de santé, améliorer l’accès à l’eau potable et anticiper les épidémies liées au climat ne sont plus des options mais des nécessités.
Adèle BITGA














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