Une étude récente menée dans le district de santé de Djoungolo révèle que plus d’une femme enceinte sur quatre n’est pas dépistée pour l’hépatite B, pourtant endémique au Cameroun.
Alors que la transmission mère-enfant est responsable de près de 60% des cas d’hépatite B au Cameroun, une étude menée en 2022 dans le district de santé de Djoungolo, à Yaoundé, jette une lumière crue sur les failles du système de dépistage prenatal. En effet, 26% des femmes enceintes suivies dans trois formations sanitaires majeures du district n’ont pas été testées pour cette infection virale qui peut avoir des conséquences dramatiques sur le nouveau-né. Ces résultats, issus d’une enquête auprès de 593 femmes, publiés dans Discover Public Health, pointent du doigt une combinaison de facteurs socio-économiques et systémiques. En tête des obstacles identifiés : le coût du test et le manque criant d’information. « Le facteur le plus associé à la non-réalisation du test était le fait de ne pas savoir que le test de dépistage de l’hépatite B était disponible dans les formations sanitaires », explique en effet l’étude, précisant que cette méconnaissance multiplie par 46,4 le risque de ne pas être dépistée. Par ailleurs, près de 82% des femmes qui n’ont pas fait le test ont invoqué son coût trop élevé comme raison principale.
Les jeunes, les moins diplômées et les plus précaires, premières victimes
L’enquête met en lumière des inégalités flagrantes. Les femmes les plus vulnérables sont les plus touchées par ce manque de dépistage. Ainsi, les participantes de moins de 25 ans étaient 3,4 fois plus susceptibles de ne pas être testées. Le niveau d’éducation joue un rôle colossal : avoir seulement un niveau primaire multiplie le risque par 10 par rapport aux femmes ayant fait des études supérieures. Enfin, et c’est le facteur le plus marquant, avoir un revenu mensuel inférieur à 25 000 FCFA (environ 38 euros) multiplie le risque par 62 comparé à un revenu supérieur à 100 000 FCFA. « Ces femmes, souvent célibataires et chefs de famille, doivent prioriser leurs dépenses. En l’absence de symptômes, le dépistage, perçu comme coûteux, passe après d’autres besoins », analyse l’étude.
Un système de santé à mieux former et mobiliser
Au-delà des barrières financières, c’est tout le système de santé qui est interpellé. L’étude révèle que 59,5% des femmes n’ont reçu aucune information sur l’hépatite B lors de leurs consultations prénatales. Pire, le manque de sensibilisation de la part du personnel soignant multiplierait par 2,8 le risque de non-dépistage. « Le personnel de santé prescrit systématiquement le test du VIH mais rarement celui de l’hépatite B », regrette l’équipe de recherche, menée par Fadel Laure Medjou Foffou de l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Cette négligence est d’autant plus paradoxale que la prévalence du virus (3%) parmi les femmes interrogées est bien plus élevée que celle du VIH dans la population générale camerounaise.
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Vers une prise de charge intégrée dans la Couverture Santé Universelle ?
Face à ce constat, les chercheurs formulent une recommandation phare : l’intégration du test de dépistage de l’hépatite B dans le panier de soins de la Couverture Santé Universelle (CSU). Cette mesure, si elle était adoptée par le Ministère de la Santé Publique, permettrait de lever le principal frein financier et de généraliser le dépistage. « Il est urgent de lancer des campagnes de sensibilisation pour informer les femmes sur l’importance du dépistage et de prendre des mesures pour rendre les services de dépistage plus accessibles, notamment en réduisant les barrières financières », conclut l’étude. Alors que l’OMS vise à éliminer l’hépatite B comme menace pour la santé publique d’ici 2030, le Cameroun, pays de haute endémicité, ne pourra atteindre cet objectif sans garantir à toutes les femmes enceintes, surtout les plus vulnérables, un accès gratuit et universel à ce dépistage salvateur.
Elvis Serge NSAA














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