Pendant trois jours, dépistage gratuit et consultations spécialisées au cœur d’une stratégie de lutte intégrée.
L’hôpital de district de Biyem-Assi a transformé la célébration de la Journée mondiale du diabète en une vaste opération de terrain, déployant du 12 au 14 novembre 2025 une campagne intensive de sensibilisation et de dépistage. Sur le thème « Diabète et bien-être », l’établissement a réaffirmé son engagement contre cette maladie qui touche sept adultes sur dix dans sa zone de couverture, selon les estimations des cliniciens. L’initiative a connu un succès remarquable avec le dépistage de 115 personnes durant les trois jours d’activité. « C’est une campagne durant laquelle nous mettons l’accent sur l’éducation de la population, la sensibilisation et le dépistage du diabète », souligne le Dr Essama BIBI, endocrinologue-diabétologue de l’hôpital.
L’établissement a mis à disposition de la population un ensemble complet de services médicaux, soit entièrement gratuits, soit à tarif réduit. Cet accompagnement personnalisé comprend des consultations spécialisées en diabétologie permettant un suivi médical adapté, ainsi que des entretiens individuels avec des nutritionnistes pour établir des plans alimentaires sur mesure. Un bilan diabétique complet est proposé avec une réduction attractive de 30% à 50% pour rendre ces examens accessibles au plus grand nombre. Le parcours de soins intègre également des mesures essentielles avec le contrôle de la glycémie, la prise de la pression artérielle et le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC), formant ainsi une évaluation globale de l’état de santé des patients.
Stratégie structurée en trois piliers
Le directeur de l’hôpital détaille l’approche intégrée : « Nous articulons notre action autour des soins promotionnels, préventifs et curatifs ». Les soins promotionnels ciblent l’éducation thérapeutique des patients diagnostiqués, concernant l’hygiène de vie et l’observance médicamenteuse. La prévention vise le dépistage systématique et la détection précoce des complications, tandis que le volet curatif prend en charge la maladie déclarée.
Innovation : le Club Diabète et Hypertension relancé
L’initiative phare de l’établissement trouve son prolongement dans le Club Diabète et Hypertension, relancé le 29 septembre 2025. NDIFOR, major de l’hôpital, explique. « Son importance est de sensibiliser les patients pour qu’ils connaissent leur statut et apprennent à vivre avec cette maladie ». Fonctionnant tous les jeudis avec un système de quatre groupes, le club offre des consultations gratuites et des réductions sur les bilans.
Le Dr NGO NJEN Irène insiste sur l’importance cruciale du diagnostic précoce. « Il ne faut pas attendre que le patient arrive au stade de complication. On aimerait dépister les patients très tôt.” Elle déplore que “la plupart de nos patients viennent au stade de complications par manque de moyens », rendant la prise en charge plus complexe. La stratégie thérapeutique privilégie d’abord les mesures hygiéno-diététiques avant d’envisager un traitement médicamenteux adapté.
Plaidoyer pour un renforcement durable
Malgré ces avancées, l’établissement continue de plaider pour un renforcement des ressources humaines et une amélioration du plateau technique auprès du ministère de la Santé publique. Le directeur conclut. « Globalement, c’est ce que nous faisons pour lutter contre le diabète », réaffirmant la détermination de son équipe à maintenir ces actions essentielles pour la santé de la population. Cette campagne s’inscrit dans la riposte collective du MINSANTE contre les maladies non transmissibles, démontrant l’importance des actions de proximité dans la lutte contre le diabète au Cameroun.
Audray NDENGUE Stg
Réactions
« Soins promotionnels, préventifs et curatifs au cœur de la stratégie de l’hôpital de district »

Pour commencer, dans le cadre de la lutte contre le diabète, nous avons des soins promotionnels, préventifs et curatifs. En ce qui concerne les soins promotionnels, nous nous concentrons sur les conseils : expliquer aux patients déjà atteints comment se comporter, ce qu’ils doivent manger ou éviter, l’importance de l’observance médicamenteuse et des suivis réguliers. Pour la prévention, nous ciblons à la fois les non-diabétiques et les personnes à risque, à travers le dépistage, la réalisation d’hémoglobines glyquées, et la prévention des complications pour les patients déjà diagnostiqués. Nous expliquons quelles complications peuvent survenir, comment les éviter, et la prise en charge initiale avant l’intervention du médecin. Pour le curatif, lorsque la maladie est déclarée, nous la traitons, ainsi que ses complications. L’hôpital a rouvert son club diabète, qui prend en charge les patients sur ces trois aspects – curatif, promotionnel et préventif – chaque jeudi. Nous y offrons des réductions sur certains bilans, et les consultations ce jour-là sont gratuites. Globalement, c’est notre approche, et nous continuons de plaider auprès du ministère de la Santé publique, très concerné par la santé de la population, pour un renforcement en ressources humaines et en plateaux techniques. Voilà notre stratégie contre le diabète.
« Nous mettons l’accent sur l’éducation des populations, la sensibilisation et le dépistage du diabète »

C’est une journée au cours de laquelle nous mettons l’accent sur l’éducation des populations, la sensibilisation et le dépistage du diabète, une maladie chronique due à un excès permanent de sucre dans le sang, entraînant des complications dans diverses parties de l’organisme. Il existe plusieurs types de diabète, dont le diabète de type 2, qui représente 90% de tous les cas et qui est le plus fréquent. Pour ce diabète dont nous parlerons spécifiquement aujourd’hui, il existe des facteurs de risque non modifiables et d’autres sur lesquels les populations et chaque personne peuvent agir.
Les facteurs de risque non modifiables incluent l’âge et l’hérédité, notamment les antécédents familiaux de diabète, sur lesquels nous ne pouvons pas intervenir. En revanche, les facteurs de risque modifiables concernent le mode de vie et l’activité physique. Le mode de vie comprend notamment les habitudes alimentaires. Il est essentiel que chaque personne adopte une alimentation saine, riche en légumes, en fruits et en eau. Il faut réduire la consommation de sucres rapides et de graisses, et pratiquer une activité physique régulière. L’Organisation mondiale de la santé recommande environ 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, réparties sur trois à cinq séances. Tout est une question d’équilibre. Certains fruits ont un indice glycémique plus élevé que d’autres. Par exemple, l’ananas a un indice glycémique plus élevé que la banane verte. Ainsi, certains fruits sont plus riches en sucre, mais l’important est de respecter les proportions. Même pour les féculents comme le riz, la patate ou les pommes de terre, il faut veiller aux quantités. Il ne faut pas remplir son assiette de féculents sans y ajouter de légumes. L’équilibre est essentiel : un peu de féculents, des légumes, des protéines, de l’eau et un fruit.
Le diabète est une maladie particulière car elle est silencieuse et peut évoluer pendant des mois, voire des années, sans symptômes apparents. C’est une maladie qui entraîne de nombreuses complications à plusieurs niveaux. Dans notre contexte, c’est l’une des principales causes de maladies rénales chroniques chez les patients sous hémodialyse. Elle est aussi une cause de cécité, d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus du myocarde, et elle représente la première cause d’amputation non traumatique des jambes chez les patients souffrant de neuropathie. Ainsi, lorsqu’un patient est diabétique, l’objectif est de maintenir un équilibre glycémique pour prévenir l’apparition de complications. Et si ces complications sont déjà présentes, équilibrer le diabète permet d’éviter leur aggravation.
Le dépistage est crucial à tout âge, car le thème de cette année est « le diabète à tout âge ». Les adolescents de 14-15 ans souffrant d’obésité doivent également être dépistés pour le diabète. Il est recommandé de mesurer leur glycémie à jeun, et si elle est normale, de refaire un contrôle tous les 2-3 ans, ou plus fréquemment en cas de prise de poids. Les enfants et adolescents obèses constituent une population à risque de développer un diabète, tout comme les femmes qui accouchent de bébés de poids élevé. Cette population doit être suivie de près, car la macrosomie fœtale est un facteur de risque de diabète.
« Quand un patient est bien accueilli, il est guéri à au moins 20%. »

Pour ce qui est de la prise en charge des patients pendant la campagne, lorsqu’un patient arrive vers nous, nous l’accueillons chaleureusement, car un patient bien accueilli est déjà guéri à au moins 20%. Nous lui demandons de s’asseoir quelques minutes, puis nous le rappelons pour prendre ses paramètres : tension artérielle, glycémie, poids, circonférence abdominale, et nous calculons son indice de masse corporelle. Si l’un de ces paramètres est très élevé, comme la tension artérielle, nous l’envoyons directement chez le cardiologue pour une prise en charge immédiate. Si les paramètres sont normaux, le patient attend son tour pour éviter tout désagrément avec les autres patients. De même, si la glycémie est très élevée, nous l’orientons directement vers l’endocrinologue ou la diabétologue.
Pour la prise en charge, nous prenons le temps de nous occuper de chacun. Il n’y a pas de favoritisme, mais des priorités sont établies si un patient arrive avec des paramètres élevés ou semble fatigué. Dans ce cas, nous agissons immédiatement et alertons le médecin traitant ou le spécialiste concerné.
Nous enregistrons les carnets des patients de 7 h 30 à 12 h 30, mais même si un patient arrive après-midi, nous le prenons en charge. Nous ne pouvons pas renvoyer un patient chez lui alors qu’il souffre. C’est ainsi que nous fonctionnons ici, à l’hôpital de Biyem-Assi. Nous avons une journée dédiée, le jeudi, où nous nous occupons spécifiquement des patients diabétiques. Chaque patient choisit un jeudi sur quatre pour participer à des séances d’éducation sur leur maladie, apprendre comment la gérer et adopter les bonnes habitudes de vie, qui constituent le premier remède contre la maladie.
« Un club diabète-hypertension novateur pour une prise en charge structurée des patients »

L’innovation majeure réside dans le club diabète et hypertension de l’hôpital de district de Biyem-Assi, lancé le 29 septembre 2025 lors de la Journée mondiale du cœur. Pour cette journée du diabète, nous mettons l’accent sur ce club. Son objectif est de sensibiliser les patients, de leur faire connaître leur statut et de leur apprendre à vivre avec la maladie. Nous examinons leurs paramètres pour les patients diabétiques ou hypertendus, car ces deux pathologies sont souvent associées. Nous mesurons la glycémie, la pression artérielle, la circonférence abdominale, la taille, et calculons l’indice de masse corporelle. Après ces mesures, nous orientons les patients vers la diabétologue, les nutritionnistes ou les cardiologues selon les résultats. Le club se réunit chaque dimanche, avec quatre groupes distincts (groupes 1, 2, 3 et 4). Chaque groupe vient un dimanche différent du mois. Nous demandons aux patients d’arriver tôt, vers 7 heures, pour prendre les paramètres avant la consultation. Cette organisation en quatre groupes permet de réduire l’encombrement et facilite le suivi des patients.
« L’hôpital de Biyem-Assi s’engage dans la prévention et le dépistage précoce du diabète. »

L’hôpital de district de Biyem-Assi s’implique activement lors des journées mondiales du diabète. L’année dernière, nous avions organisé une grande journée avec environ 400 patients, parmi lesquels nous avons détecté plusieurs cas de pré-diabète et de diabète, certains avec complications. Cette année, nous avons organisé trois jours de mini-campagne qui se sont bien déroulés. Nous nous concentrons sur la sensibilisation, car il est crucial de ne pas attendre le stade des complications. Nous visons le dépistage précoce, notamment du pré-diabète, pour intervenir avant l’apparition du diabète déclaré. Beaucoup de nos patients, par manque de moyens, consultent tardivement, au stade des complications, ce qui rend la prise en charge difficile. Il est essentiel de sensibiliser les communautés pour prévenir ces situations. Le diabète touche 7 adultes sur 10, ce qui en fait un problème de santé publique majeur. Nos actions incluent d’abord la communication avec les patients : mesures hygiéno-diététiques, arrêt des sucres rapides au profit des sucres lents, pratique d’une activité physique, réduction du stress et du sédentarisme. Nous adaptons les traitements en fonction de la glycémie, car chaque patient nécessite une approche personnalisée. Nous rassurons les patients : un diagnostic de diabète n’est pas une fatalité, mais nécessite une adaptation du mode de vie. La sensibilisation reste primordiale. C’est tout.
Propos recueillis par Audray NDENGUE Stg















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