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Hygiène menstruelle : Entre tabou et précarité dans le septentrion

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Entre précarité, manque d’éducation et persistance des tabous, de nombreuses jeunes filles du septentrion vivent leurs menstruations dans des conditions difficiles. Une situation qui expose leur santé à de multiples risques et interpelle les communautés.

Aperçu d’une serviette hygiénique réutilisable fabriquée par l’association terres du Sahel lors d’une formation dédiée aux jeunes filles sur l’hygiène menstruelle

L’hygiène menstruelle constitue un élément essentiel de la santé et du bien-être des jeunes filles. Pendant leurs règles, celles-ci sont appelées à utiliser des protections adaptées afin de préserver leur santé et leur dignité. Pourtant, cette recommandation reste difficile à appliquer pour de nombreuses adolescentes et jeunes femmes du grand Nord.

Dans les campagnes notamment, l’accès aux serviettes hygiéniques demeure un véritable défi. Certaines familles ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour en acheter régulièrement. Dans d’autres localités, le problème est aggravé par l’absence même de points de vente. Les jeunes filles se retrouvent alors contraintes de faire face à leurs menstruations avec les moyens du bord. Cette situation touche particulièrement les ménages les plus modestes. Pour plusieurs

familles, les dépenses liées aux protections menstruelles sont reléguées au second plan face aux besoins alimentaires ou scolaires. Cette réalité plonge de nombreuses adolescentes dans une précarité menstruelle encore peu évoquée publiquement.

Le poids des tabous et du manque d’information

Au-delà des difficultés économiques, la question de l’éducation menstruelle demeure aussi préoccupante. Dans de nombreuses communautés de la région du Nord, les menstruations restent un sujet délicat, parfois entouré de silence. Les discussions entre parents et enfants sur ce phénomène naturel sont rares. Ainsi, plusieurs jeunes filles découvrent l’apparition de leurs premières règles sans y avoir été préparées.

Le manque d’informations pratiques complique davantage leur quotidien. Beaucoup ignorent les règles élémentaires d’hygiène à observer durant cette période. L’absence de sensibilisation contribue ainsi à maintenir des pratiques à risque et à renforcer les idées reçues qui entourent encore les menstruations dans certaines familles.

Des solutions de fortune dangereuses

Lorsque les serviettes hygiéniques font défaut, certaines jeunes filles ont recours à des alternatives improvisées. Une jeune femme d’une vingtaine d’années, ayant requis l’anonymat, confie qu’il lui arrivait d’utiliser du simple coton lorsqu’elle est surprise par l’arrivée de ses règles et ne dispose pas des moyens nécessaires pour acheter une protection adaptée. « Parfois, je n’ai pas le choix. J’utilise ce que je trouve », explique-t-elle. Comme elle, de nombreuses jeunes filles utilisent des morceaux de tissu, des linges usagés ou d’autres matériaux dont la propreté n’est pas toujours garantie. Ces solutions temporaires permettent certes de faire face à l’urgence, mais elles ne répondent pas toujours aux exigences minimales d’hygiène. Dans les situations les plus critiques, certaines pratiques observées exposent les utilisatrices à des risques sanitaires importants.

Les associations à la rescousse


Face à cette problématique, plusieurs associations et organisations communautaires multiplient les initiatives de sensibilisation dans le septentrion. Réunions d’information, causeries éducatives et campagnes de proximité sont régulièrement organisées afin de briser le silence autour des menstruations. Ces actions permettent au moins d’informer les jeunes filles sur les bonnes pratiques d’hygiène menstruelle et déconstruire les préjugés qui entourent encore cette réalité

biologique. Certaines structures vont plus loin en proposant des formations sur la fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables en tissu. Cette innovation apparaît aujourd’hui comme une réponse adaptée aux contraintes économiques rencontrées par de nombreuses familles. Grâce à cette solution, une jeune fille peut disposer de plusieurs serviettes lavables et les utiliser durant plusieurs années, à condition qu’elles soient correctement entretenues. Cette approche réduit considérablement les dépenses liées à l’achat de protections jetables tout en favorisant une meilleure autonomie.

Réaction

Dr Mbarga Jules Anthony, Gynécologue Obstétricien

« Il est aussi important d’oser en parler »

Les règles en elles même ne posent aucun problème mais c’est lorsqu’une personne commence à réfléchir où elle va se changer? ou alors ne possède pas de serviette hygiénique que les problèmes commencent. Quand une jeune fille n’a pas les moyens de se protéger proprement, ce n’est pas seulement une gêne. C’est sa santé qui peut être touchée. Une protection sale ou gardée trop longtemps ouvre la porte

aux infections. Des démangeaisons, des irritations, des infections urinaires ou génitales peuvent suivre. Ce sont des soucis qui, répétés mois après mois, finissent par inquiéter physiquement ou mentalement.

Mais l’impact ne s’arrête pas au corps. Une fille qui manque l’école quelques jours chaque mois prend du retard sur ses camarades. Petit à petit, elle décroche, elle perd confiance, et parfois elle peut abandonner. Ainsi, faute d’une simple serviette hygiénique et d’un peu d’eau propre, c’est tout un parcours de vie qui peut être freiné. La bonne nouvelle, c’est que les solutions sont à notre portée. Elles tiennent en quelques gestes simples et accessibles à tous. Se laver régulièrement à l’eau propre pendant les règles, sans produits agressifs, se changer de protection plusieurs fois par jour, même si elle ne semble pas pleine, Utiliser une protection propre et sèche si c’est du tissu (qui est de plus en plus rare), il faut le laver avec du savon et le faire bien sécher au soleil, bien se laver les mains avant et après chaque changement.

Au-delà de ces gestes, il est aussi important d’oser en parler. Une maman qui explique calmement les choses à sa fille, une enseignante qui rassure, un papa qui comprend que ce n’est pas un sujet honteux, voilà ce qui change tout. Les règles ne sont ni sales ni honteuses. C’est la vie qui suit son cours. À l’école comme à la maison, nous avons tous un rôle à jouer, des toilettes propres avec de l’eau, des points d’écoute, et surtout des regards bienveillants.

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Marcus DARE

Journaliste Reporter d'Images

Marcus DARE, Journaliste Reporter d'Images, exerçant dans la ville de Garoua dans le Nord Cameroun. Passionné des questions de santé, il mène des recherches et réalise des interview avec les professionnels du secteur afin d'éclairer les populations sur l'éducation à la santé. En plus d'être journaliste, Marcus DARE est juriste.

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