Dans un contexte de désinformation croissante, l’Africa CDC, en collaboration avec l’Union africaine, a ouvert hier à Addis-Abeba, un atelier de trois jours. Objectif, associer les journalistes venus des cinq régions du continent à sa vision 2023-2027, pour mieux diffuser les données sanitaires, vulgariser la science et répondre efficacement aux urgences sanitaires.
L’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies), en partenariat avec l’Union africaine, a lancé ce mardi 6 mai 2025 à Addis-Abeba, en Éthiopie, un atelier continental de renforcement des capacités destiné aux journalistes spécialisés en santé et sciences. Pendant trois jours, une vingtaine de professionnels des médias, issus des cinq régions du continent (Afrique du Nord, de l’Ouest, du Centre, de l’Est et du Sud), vont approfondir leurs compétences, renforcer leurs liens avec l’agence sanitaire continentale et explorer les grands enjeux de santé publique en Afrique.
Cet atelier s’inscrit dans la vision stratégique 2023-2027 de l’Africa CDC et dans les objectifs du Nouvel Ordre de Santé Publique pour l’Afrique. Il vise à améliorer la qualité du journalisme scientifique et sanitaire sur le continent en offrant aux participants une plateforme d’apprentissage, de partage d’expériences, de bonnes pratiques et de réseautage avec des experts.
L’objectif principal de cette rencontre est de bâtir un partenariat durable entre l’Africa CDC et les professionnels des médias, afin de garantir une information fiable, claire et accessible sur les questions de santé. Il s’agit aussi de renforcer les capacités des journalistes à traiter des sujets complexes tels que la génomique, la fabrication locale des vaccins, la lutte contre les épidémies ou encore l’approche « One Health ».

Le Dr Raji Tajudeen ouvre les travaux et appelle à un partenariat stratégique
C’est le Directeur général adjoint de l’Africa CDC, le Dr Raji Tajudeen, qui a ouvert les travaux. Dans son discours inaugural, il a planté le décor des défis sanitaires actuels du continent, tout en insistant sur le rôle déterminant que jouent les médias dans la réponse aux urgences sanitaires. Il a salué la présence des journalistes venus des cinq régions d’Afrique et les a appelés à s’ériger en véritables ponts entre les institutions de santé publique et les populations.
Il a souligné le rôle déterminant des médias dans la lutte contre les « info demies » et la « désinformation », en particulier dans un contexte sanitaire mondial instable.
« Ce n’est pas simplement une formation, c’est un partenariat stratégique. Vous êtes en première ligne de la confiance du public. Vous façonnez les récits, luttez contre la désinformation et reliez les institutions comme Africa CDC aux populations que nous servons », a-t-il déclaré.
Le Directeur Général Adjoint a indiqué que les journalistes doivent être considérés comme des acteurs clés de la riposte sanitaire. Il a cité en exemple l’épidémie de Mpox, déclarée Urgence de Santé Publique de Sécurité Continentale en août 2024,
par le Directeur général de l’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya . Cette déclaration, une première dans l’histoire de l’agence, a permis d’intensifier les efforts de coordination sur le terrain, notamment via l’IMST (Incident Management Support Team) basée à Kinshasa.
Dr Tajudeen a également évoqué les flambées récentes de Marburg au Rwanda et en Tanzanie, et d’Ebola en Ouganda, toutes contenues grâce à une approche intégrée et coordonnée. Il a rappelé que l’Afrique reste l’épicentre mondial des épidémies, avec une hausse préoccupante des cas déclarés, passant de 152 en 2022 à 213 en 2024, soit une hausse de 40 %.
S’il n’a pas manqué de rappeler les progrès accomplis dans la lutte contre les épidémies comme le Mpox, Ebola ou Marburg, il a tout aussi appelé à plus de résilience, d’autonomie et de financement local dans la gestion des crises sanitaires. Il a souligné les efforts déployés par l’Africa CDC, notamment à travers la création du Groupe Consultatif Continental sur la Surveillance, le renforcement des capacités de fabrication locale de vaccins, ou encore le lancement du Fonds africain pour les épidémies.
« Nous appelons les États membres à atteindre l’objectif d’Abuja, qui consiste à consacrer 15 % des budgets nationaux à la santé. Nous proposons également des mécanismes de financement innovants, des prélèvements de solidarité sur les billets d’avion, l’alcool et les services mobiles ainsi que l’exploitation des 95 milliards de dollars de transferts de la diaspora africaine chaque année. » a déclaré le Dr Raji Tajudeen.

Les attentes croisées entre les journalistes et l’Africa CDC
Cette première journée a permis de clarifier les attentes réciproques entre l’Africa CDC et les professionnels des médias. Du côté des journalistes, les demandes sont claires : un meilleur accès aux données sanitaires fiables et actualisées, davantage d’opportunités de formation continue, la mise en réseau avec des experts en santé publique et une transparence accrue sur les avancées et les défis de l’Africa CDC.
Pour sa part, l’agence continentale attend des médias un engagement à relayer des informations justes, contextualisées et pédagogiques sur les enjeux sanitaires majeurs du continent. Elle mise sur une collaboration active pour amplifier sa visibilité, lutter contre les fausses informations et promouvoir des politiques publiques de santé efficaces.
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Des thématiques riches et un programme structuré
La première journée a été marquée par plusieurs présentations de haut niveau, notamment sur les piliers du Nouvel Ordre de Santé Publique, les défis de la communication scientifique, le rôle stratégique des journalistes dans les campagnes de santé publique et la visite du Centre des opérations d’urgence sanitaire d’Africa CDC.
Le programme des deux prochaines journées prévoit des sessions sur le séquençage génomique en Afrique, les enjeux du financement de la santé, les urgences sanitaires actuelles (Mpox, Marburg, Ebola), la simplification de l’information scientifique, ainsi qu’une immersion au siège de l’Union africaine pour mieux comprendre l’Agenda 2063.
À travers cet atelier, l’Africa CDC réaffirme son ambition de bâtir un système sanitaire africain robuste, réactif et autonome. En misant sur les journalistes comme partenaires stratégiques, l’agence entend renforcer l’impact de ses actions, garantir une meilleure communication de crise, et positionner l’Afrique comme acteur incontournable de la gouvernance mondiale en matière de santé.
Rappel…
Le Centre africain de Contrôle et de Prévention des Maladies (CACM), ou Africa CDC en anglais, est une institution autonome de santé publique de l’Union africaine, créée le 31 janvier 2017. Il a pour mission de prévenir et de contrôler les maladies en Afrique en fournissant une orientation stratégique et un appui technique aux États membres de l’Union africaine. Son objectif principal est de soutenir les initiatives de santé publique sur le continent et de renforcer les capacités des institutions nationales dans la gestion efficace des menaces sanitaires. Pour ce faire, ses axes stratégiques incluent : l’appui à la mise en place de plateformes d’alerte précoce et de préparation aux réponses rapides aux urgences sanitaires ; l’accompagnement dans la riposte aux crises sanitaires ; la collaboration avec l’OMS et d’autres partenaires pour combler les lacunes selon le Règlement Sanitaire International ; la réalisation de cartographies des risques et évaluations aux niveaux régional et national ; le renforcement des compétences en santé publique à travers des programmes de formation en leadership, épidémiologie, gestion des urgences et de laboratoires ; ainsi que la mise en réseau et le développement des systèmes de santé publique, y compris les laboratoires, en partenariat avec les États membres et d’autres parties prenantes.
La rencontre entre l’Africa CDC et les journalistes se poursuit en Éthiopie jusqu’au 8 mai 2025.
Mireille Siapje à Addis-Abeba
















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