Face à une menace invisible mais dévastatrice pour la santé des plus jeunes, le Cameroun intensifie sa riposte contre l’intoxication au plomb. Le 9 juillet 2025, sous la présidence du Pr. Louis Richard Njock, Secrétaire Général du Ministère de la Santé Publique et représentant personnel du Ministre de la Santé Publique, le Dr. Manaouda Malachie, des journées cruciales d’information et de formation sur la santé environnementale de l’enfant ont été lancées. Cet événement, réunissant des acteurs clés nationaux et des représentants de l’UNICEF, marque un tournant dans la lutte contre un “tueur silencieux” qui compromet le développement et l’avenir des enfants et des femmes enceintes au Cameroun.
La santé environnementale de l’enfant est au cœur des préoccupations au Cameroun, où l’exposition au plomb représente un défi majeur. Selon l’UNICEF, les progrès considérables en matière de survie infantile sont aujourd’hui menacés par la dégradation environnementale et les risques chimiques. Plus alarmant encore, « plus d’un enfant sur trois dans le monde est exposé à des niveaux dangereux de plomb provenant de l’air, de l’eau, du sol et des aliments, » un fléau qui touche également le Cameroun.
Une étude du CREPD (Centre de Recherche et d’Éducation pour le Développement) menée à Douala a déjà révélé des taux extrêmement élevés de plomb dans les sols, notamment près des sites de recyclage informel de batteries. Cette étude de 2017 a montré des concentrations moyennes de 22 952 ppm (2,2%) dans les usines, avec des pics atteignant jusqu’à 76 000 ppm (7,6%) à l’intérieur des sites et 150 000 ppm (15%) à l’extérieur. Ces chiffres témoignent d’une contamination persistante et préoccupante.
Plusieurs facteurs au Cameroun contribuent à ce risque d’exposition, incluant les activités artisanales et industrielles (recyclage informel de batteries, exploitation minière), certaines pratiques agricoles (engrais, pesticides, eau d’irrigation contaminée), l’utilisation de matériaux contenant du plomb (anciennes peintures, ustensiles traditionnels), et la mauvaise gestion des déchets industriels et miniers. Cette situation est d’autant plus préoccupante que « la vulnérabilité spécifique des enfants les expose plus facilement à l’intoxication par le plomb, l’absorption étant plus facile que chez les adultes, et leur système nerveux en développement est particulièrement sensible à ses effets neurotoxiques. » Les femmes enceintes encourent également des risques graves pour leur santé et pour le développement fœtal.
Une riposte stratégique : information, formation et synergie nationale
Face à ce constat alarmant, l’UNICEF Cameroun a orchestré des journées d’information et de formation sur la santé environnementale de l’enfant, avec un focus particulier sur les risques de contamination au plomb. La journée stratégique du 9 juillet a réuni à Yaoundé des représentants ministériels, des partenaires institutionnels, des experts et des responsables de la société civile. L’objectif était clair : « sensibiliser les décideurs et acteurs clés de la santé et de l’environnement sur les effets néfastes de l’exposition au plomb sur la santé des enfants et des femmes enceintes. »
Durant cette journée inaugurale, les participants ont été informés sur la situation au Cameroun, les voies d’exposition au plomb et ses effets. Une présentation du module e-learning développé par l’UNICEF sur la santé environnementale de l’enfant a été faite, suivie d’une démonstration en direct de la plateforme AGORA, facilitant l’accès à ces ressources éducatives.
Ces sessions initiales ont ouvert la voie à deux journées de formation certifiante en ligne, prévues les 10 et 11 juillet 2025. Ces formations, destinées aux techniciens et professionnels des secteurs de la santé, de l’environnement et de la protection de l’enfance, visent à renforcer leurs connaissances et compétences.
Le professeur Louis Richard Njock a lancé un appel vibrant à la mobilisation collective : « La lutte contre la contamination au plomb n’est pas l’affaire de la santé publique seule. » Il a fermement plaidé pour une synergie entre tous les départements ministériels, la société civile, le secteur privé, les partenaires techniques et financiers, et surtout les communautés. Selon lui, « c’est en travaillant main dans la main que nous pourrons créer des environnements sains, sécuritaires et protecteurs pour tous. » Il a aussi insisté sur la nécessité de doter les acteurs de terrain « des connaissances et des compétences nécessaires pour dépister, prendre en charge et prévenir les cas de complications liées au plomb. »
L’engagement inébranlable de l’UNICEF et du gouvernement
L’UNICEF, partenaire majeur de cette initiative, fait de l’intoxication au plomb une priorité pour les populations vulnérables. Sharmila Pillai, Représentante Adjointe de l’UNICEF par intérim au Cameroun, a mis en lumière l’urgence d’agir pour protéger les enfants et les femmes enceintes des multiples sources de contamination. Si les sites de recyclage de batteries sont des “points chauds,” elle insiste sur le fait que la problématique va bien au-delà : « Il y a aussi l’effet du plomb dans la peinture, » ainsi que l’exposition des « marchés et les enfants des rues. » Complétant cette perspective, le Dr. Ngum Belyse, spécialiste de la santé à l’UNICEF, a décrit le plomb comme un « tueur silencieux » invisible mais omniprésent. Elle a alerté sur les diverses voies de contamination : « Il faut savoir qu’il y a aussi nos plantes, les plantes qui sont très souvent affectées par le plomb, » et que « l’eau que nous consommons peut être affectée par le plomb. »
Pour faire face à cette menace, l’UNICEF et le gouvernement camerounais initient une collaboration solide. « Nous préparons déjà un nouveau Country Program Document, c’est-à-dire un nouveau document programme pays qui va commencer à partir de 2026, » a révélé le Dr. Ngum Belyse. Cette planification intègrera la thématique de l’intoxication au plomb de manière transversale, avec une analyse de base pour obtenir des informations concrètes sur l’étendue du problème, ciblant en priorité les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et l’ensemble des familles.
Le ministère de la Santé publique et l’UNICEF réaffirment ainsi leur engagement commun à « renforcer les capacités nationales et à soutenir les politiques de prévention pour garantir un environnement sain à chaque enfant au Cameroun. » À l’issue de cette initiative, les résultats attendus sont multiples : une meilleure compréhension des enjeux, une sensibilisation accrue aux sources d’exposition et aux stratégies de prévention, et le développement d’actions concrètes au sein des communautés. Une réunion de suivi est également prévue pour assurer un taux de certification à 100% et encourager la diffusion effective du cours dans les différents secteurs.
Cette initiative, financée par UNICEF Cameroun en partenariat avec les institutions gouvernementales et les acteurs de la société civile, marque un pas décisif vers un avenir plus sain pour la jeunesse camerounaise.
Elvis Serge NSAA















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