À Ngaoundéré, riverains et badauds se ruent sur les carcasses d’animaux morts pour les consommer. Une pratique qui expose à de graves maladies zoonotiques.
Les images sont saisissantes. Des personnes tirant une carcasse d’hippopotame qui a échoué sur le fleuve Bini dans le 3ème arrondissement de Ngaoundéré, département de la Vina. Sur les images en circulation, on y voit des personnes dont d’autres torses nus, tirant me pachyderme afin de le faire de l’eau. Des scènes pareilles sont récurrentes dans cette région connue pour son important cheptel bovin.
A chaque carcasse retrouvée, pour les riverains, c’est un festin. Certains se livrent à cette activité sans mesurer les conséquences de leurs actes. « Depuis des lustres, nous avons toujours consommé de la viande des animaux morts. Je ne pense pas que cette fois-ci ça va nous faire quelque chose », déclare sans ambages, André un riverain de la rivière Mabanga à Ngaoundéré. Comme lui, de nombreuses ne mesurent pas l’ampleur de leurs actes.
Selon les vétérinaires, ceux qui manipulent et consomment la viande des animaux morts s’exposent aux maladies zoonotiques. « On note que plus de 60% des maladies humaines proviennent des animaux. Donc ça veut dire que c’est très délicat de manipuler ce genre de carcasse, surtout quand on ne connaît pas ce qui a été à l’origine de sa mort », explique Docteur Hassan Abouamé, vétérinaire installé en clientèle privée à Ngaoundéré. Pour ce spécialiste de la santé, toute manipulation d’un animal mort requiert la présence et l’autorisation des autoritaires sanitaires, environnementaux et fauniques. « La première chose c’est d’alerter les autorités compétentes. On a un ministère de l’élevage, des pêches et des industries animales qui est là, au niveau des services déconcentrés. S’il s’agit de la faune sauvage, on va aussi informer le ministère de la forêt et de la faune >>,recommande-t-il.
En attendant une prise de conscience individuelle et collective, les carcasses d’animaux sont généralement des occasions de festins sans penser aux risques sanitaires.
Interview
« Plus de 60% des maladies humaines proviennent des animaux »

Quels sont les dangers sanitaires de la manipulation des carcasses d’animaux morts ?
Les dangers sanitaires auxquels s’exposent les populations qui manipulent des carcasses d’animaux morts, principalement, il y a la transmission de maladies. C’est-à-dire que si cet animal-là présente une maladie zoonotique. Une maladie zoonotique, c’est une maladie qui se transmet de l’animal à l’homme, et vice-versa. Si cet animal-là est mort d’une maladie zoonotique, alors le risque direct est la contagion. On peut avoir une contagion de cette maladie-là de l’animal à l’homme. Ça, c’est le premier risque sanitaire auquel s’exposent ces populations-là.
Quelles peuvent être les potentielles maladies auxquelles ces populations s’exposent ?
Et lorsque la transmission se fait de l’animal à l’homme, par cette carcasse, on se retrouve avec une nouvelle maladie, ou bien une maladie qui n’existait peut-être pas dans notre environnement, comme par exemple Ebola, etc. Et déjà, je note que plus de 60% des maladies humaines proviennent des animaux. Donc ça veut dire que c’est très délicat de manipuler ce genre de carcasse, surtout quand on ne connaît pas ce qui a été à l’origine de sa mort. Maintenant, parmi les maladies qu’on peut avoir des maladies zoonotiques, qui peuvent se transmettre de l’animal à l’homme, dans ce cas de figure, on parle de la faune sauvage. Vous pouvez avoir, par exemple, la fièvre de la vallée du Nil, la maladie de Lyme. Un exemple de maladie de Lyme très concret, on a le célèbre artiste, musicien américain Justin Bieber qui est atteint de la maladie de Lyme. Juste parce qu’il est allé faire une randonnée et il a été piqué par une tique. Et puis directement, la tique a été infestée par l’agent causal de cette maladie. Il y a la maladie de Lyme, il y a la trypanosomiase. On connaît tous que c’est la maladie du sommeil. Ça prend les animaux et ça prend aussi les hommes. Vous avez la rage, que nous tous on connaît. Vous avez la maladie à fièvre hémorragique Ebola. Vous avez l’anthrax. Vous avez la brucellose, la leptospirose, etc. Il y a beaucoup de maladies comme ça qui se retrouvent chez les animaux, qui se transmettent à l’homme. Maintenant, il y a certaines maladies qui se retrouvent dans la faune sauvage. On a les espèces qui vivent dans les forêts, qui vivent dans ceci et cela, qui sont dans leur environnement propre. Mais lorsque ces animaux quittent leur environnement, qui est la forêt, qui est la savane, qui est le lac, tout ce que vous voulez, et ça se retrouve chez l’homme, potentiellement, s’ils possèdent ce type de maladie-là et qu’ils décèdent et que ces populations viennent manipuler les carcasses de la sorte telle qu’on a vu, alors le risque de contagion est extrêmement élevé.
Que recommandent les vétérinaires en cas de trouvailles de carcasses d’animaux morts qu’ils soient domestiques ou sauvages ?
Ce que je recommande lorsque des carcasses comme ça sont découvertes, la première chose déjà, c’est d’alerter les autorités compétentes. On a un ministère de l’élevage, des pêches et des industries animales qui est là, les services déconcentrés. S’il s’agit de la faune sauvage, on va aussi informer le ministère de la forêt et de la faune. Il y a aussi le ministère de l’environnement. Ils sont tous là au niveau des services déconcentrés. La première chose à faire, c’est d’informer au moins le ministère de l’élevage ou de la faune ou même de l’environnement. C’est la première chose à faire. Il ne faut pas sauter sur la carcasse. Pas qu’on commence à dire voilà on a trouvé une carcasse, on fait comment, on se débarrasse d’elle, comment, etc. Ce n’est pas aux populations de faire ça. Il y a un protocole sanitaire bien précis. Au niveau des services déconcentrés des ministères qui gèrent ce genre de cas de figure-là. Et même les sapeurs-pompiers aussi peuvent être impliqués dans ce genre d’opération-là.
Quelles dispositions prendre avant toute manipulation ?
Eviter la manipulation de ce genre de carcasses et même la consommation. On sait tous que nous sommes dans un contexte où les gens ne se posent pas trop de questions dès qu’un animal est mort, ils procèdent à la découpe de la carcasse. Et on a même vu des cas à l’Extrême Nord où lorsqu’un chien atteint de rage vivant, a eu à mordre des gens pendant la période de sa maladie, de son vivant, lorsqu’il meurt, ces mêmes gens qui ont été mordus vont consommer le foie, le cœur et tout du chien qui les a mordus. Donc c’est des pratiques prohibées, interdites même à la limite. Lorsqu’une carcasse est découverte, informer les autorités compétentes pour qu’ils procèdent dans les normes d’hygiène, dans les normes strictes, sanitaires, avec les équipements de protection individuelle. On a vu lors de l’Ebola, lors de Corona, comment est-ce que les gens, quel est l’équipement que les gens arborent, quelles sont les protections, les mesures sanitaires que ces gens arborent pour pouvoir détruire les carcasses. Et même au niveau des abattoirs, lorsqu’on fait les saisies partielles, il y a un protocole sanitaire bien précis pour détruire les animaux qui sont infectés de certaines maladies. Parce qu’avant de consommer la viande d’un animal, on procède à l’inspection sanitaire, à l’inspection vétérinaire. Et lorsqu’il y a certaines parties ou bien un animal qui présente une maladie, qui présente un risque pour la population, il y a un protocole sanitaire bien précis pour détruire.
Qu’en-est-il parfois des bœufs qui meurent de suite de morsures de serpents ?
Si un bœuf a été mordu par un serpent et qu’il décède de suite de cette morsure, déjà, il faut savoir que le venin va se retrouver dans le corps de l’animal. Et lorsqu’on va venir consommer cette carcasse, on aura une quantité de ce venin qui va se retrouver dans l’organisme. Mais cette quantité-là ne peut peut-être pas. Ça dépend aussi du type de serpent. Il y a certains serpents dont une morsure peut tuer plusieurs personnes. Donc maintenant, ça va dépendre de quel est le serpent qui l’a mordu. Est-ce que c’est un crotale dama ? Est-ce que c’est un taipé ? Le principe de base, c’est que lorsque l’on consomme la carcasse d’un animal mort, un bœuf mort à la suite d’une morsure de serpent, on va consommer en petite quantité ce venin. Maintenant, tout va dépendre de la toxicité du venin en question. Tout va dépendre de la toxicité du venin en question. Et ça va aussi dépendre de quelles sont les parties que vous avez consommées. Par exemple, dans la viande, il y aura peut-être moins de venin que dans le foie. Parce que le foie, par exemple, c’est par là que la plupart des toxines sont éliminées. Donc celui qui va consommer le foie, peut-être n’aura pas la même charge de venin que celui qui va consommer la peau. D’autre part, certaines parties vous voyez déjà il y a le principe de la quantité de venin qui n’est pas la même distribuée dans tout le corps et maintenant la partie que vous allez consommer et aussi la quantité que vous allez consommer donc tout ça ce sont des facteurs qui vont jouer pour peut-être apporter la réponse ça peut être un potentiel danger mais il y a des facteurs il y a des facteurs, beaucoup de facteurs même qu’on peut mettre sur la table avant de dire que c’est dangereux c’est potentiellement dangereux c’est à éviter c’est à déconseiller parce qu’il y a des risques peut-être pas létaux mais il y a des risques.















