À l’occasion de la journée internationale des infirmières, le Dr Sylvie Myriam AMBOMO, directeur de l’École des sciences de la santé de l’université catholique d’Afrique centrale, met en lumière la production de savoirs infirmiers spécifiques au contexte africain. Elle insiste sur la nécessité de leur vulgarisation, transfert et mobilisation dans les politiques de santé, tout en soulignant l’importance de la dimension scientifique de la profession infirmière, au-delà de la simple pratique.
Peut-on véritablement parler de savoirs infirmiers produits en Afrique s’ils ne sont pas vulgarisés, ni transférés, ni mobilisés dans la pratique des politiques de santé ?
Oui, le savoir infirmier est une problématique qui intéresse de plus en plus les infirmiers aujourd’hui, et les infirmiers africains en particulier. D’ailleurs, ce 12 mai, journée internationale des infirmières que nous célébrons, a pour thème : « Prendre soin des infirmiers pour une économie plus forte ». C’est dans ce contexte que nous avons organisé, au sein de l’École des sciences de la santé, des activités sur le campus de MESSA pour préparer le grand colloque qui se tiendra à la fin de ce mois, les 26, 27 et 28 mai 2025.
Ce qui nous amène… On fait des sciences infirmières quand on devient docteur, on est docteur en quoi ? On est docteur au même titre qu’un médecin, où est précisément la différence ?
Voilà. On est docteur en sciences infirmières. Un médecin, on l’appelle communément docteur également.
Docteur, très bien. Alors permettez-moi de préciser ceci : la discipline infirmière est une discipline particulière en ce sens qu’elle développe son savoir. Mais l’objet d’étude n’est-il pas toujours l’homme ?
Non, l’objet d’étude est l’homme. Il est important de comprendre que le prendre soin est au centre de l’activité infirmière. L’infirmier prend soin de la personne et donc, quand une infirmière s’inscrit au troisième cycle pour faire des recherches, ce sont des recherches en lien avec cet objet qui est très, très important, complexe et vaste.
Alors, ces savoirs infirmiers influencent-ils les pratiques cliniques ?
Il faudrait savoir qu’une infirmière qui est sur le terrain fait face à la complexité de la personne humaine. Pour que cet infirmier puisse agir, elle, l’infirmière, puisqu’on parle plus des infirmières, doit mobiliser un certain nombre de savoirs pour pouvoir mieux agir. Et donc, pour les mobiliser, il faut avoir des connaissances… anthropologiques, ethnologiques, sociologiques et tout ce que cela comporte pour que son action soit efficace auprès de la personne malade.
Comment les décideurs prennent-ils en compte les savoirs infirmiers en provenance de l’Afrique dans l’élaboration des politiques publiques ?
Justement, nous avons donc l’impression que les savoirs infirmiers ne sont pas du tout reconnus. C’est donc l’occasion de poser la question et de dire : voilà, les infirmiers africains produisent du savoir qui mérite d’être questionné. Si ça se trouve, ils sont peut-être sceptiques.
Y a-t-il des exemples concrets de mobilisation de savoirs infirmiers ayant amélioré les soins de santé dans une communauté ou, je ne sais pas, dans une région ?
Vous allez voir que des collaborateurs ont fait assez de recherches pour comprendre les situations et obtenir des résultats. Et donc, ces savoirs sont très bien mobilisés en communauté et dans les espaces de soins. Sauf que, justement, leur visibilité est très faible.
Dr Sylvie Myriam AMBOMO, n’êtes-vous pas en train de déranger ces vieilles infirmières, une empêcheuse de tourner en rond ? Celles qui sont dans l’empirisme de la routine, déjà habituées. Vous les amenez à se remettre en question tout le temps ?
Vous savez, la profession évolue, le contexte également. Et donc, nos collègues qui ont été formées dans la vieille époque, je ne vais pas dire doivent s’arrimer, mais doivent comprendre que la science est en train d’évoluer. Que la profession infirmière ne se limite pas, je vous l’ai toujours dit, à l’art, à l’action, à la praxis. Pas seulement à la praxis, mais il y a cette dimension scientifique. Et encore, derrière toute praxis, il y a une théorie qu’il faut mobiliser. Et pour mobiliser cette théorie, il faut la connaître, n’est-ce pas, pour pouvoir la mobiliser. Donc, ne réduisons pas les sciences infirmières, qui constituent aujourd’hui toute une discipline, à la praxis. Non, c’est la praxis et la science. Et c’est tout le sens à donner à cette journée mondiale. Et aujourd’hui, nous vivrons des activités importantes.
Oui, justement, aujourd’hui, les étudiants en master et ceux qui sont en troisième cycle se sont organisés, puisqu’en fait, nous voulons, n’est-ce pas, les mettre en avant. Parce que ce sont eux, ces étudiants, qui doivent prendre la relève demain. Ils ont organisé des activités en termes de séminaires, d’ateliers, autour d’un thème qui est en lien avec les soins palliatifs.
Au sein de l’École des sciences de la santé, sur le campus de MESSA, vous allez découvrir ce qui va se passer. De toutes les manières, ils sont en train de se mobiliser, de se préparer pour que la journée soit belle et que le 12 mai 2025 ne soit pas absent, ou alors que les activités ne soient pas absentes sur le campus de MESSA.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA









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