Le Centre national de transfusion sanguine a lancé, lundi 1er juin à Yaoundé, les activités marquant la Journée mondiale du donneur de sang. Derrière la progression des collectes se cache une réalité tenace : le Cameroun satisfait à peine 47 % de ses besoins nationaux en produits sanguins.
Le signal d’alarme avait retenti en début d’année. Plusieurs structures sanitaires du pays, dont l’Hôpital central de Yaoundé, avaient signalé des ruptures de stocks de sang, contraignant le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) à déclencher une série de mesures d’urgence. C’est dans ce contexte , entre leçons tirées et ambitions affirmées , que la directrice générale de l’institution a pris la parole ce 1er juin pour marquer le lancement officiel de la célébration 2026 de la Journée mondiale du donneur de sang, fixée au 14 juin.
Le thème retenu cette année, « Une goutte d’humanité. Donnez du sang. Sauvez des vies. », porte une double signification. Il rappelle l’irremplaçabilité du geste humain dans la chaîne transfusionnelle, et souligne, en creux, la fragilité d’un système qui repose entièrement sur la volonté des donneurs. « Le sang reste le seul produit thérapeutique qui ne peut être fabriqué. Il dépend totalement de la volonté des hommes et des femmes de donner volontairement et régulièrement », a souligné la directrice générale, le Pr Dora Mbanya.
Une progression réelle, une couverture insuffisante
Les chiffres enregistrés au cours de la dernière décennie sont encourageants. Les collectes nationales sont passées de 147 034 unités en 2022 à 186 500 unités en 2025, soit la progression annuelle la plus forte enregistrée sur cette période. En conséquence, le taux de couverture des besoins est passé de 37 % à 47 %.
Mais ces résultats ne sauraient masquer l’ampleur du défi. Les besoins nationaux estimés demeurent autour de 400 000 unités de sang par an. Le Cameroun couvre donc aujourd’hui moins de la moitié de ses besoins. « Malgré les efforts de mobilisation remarquables déployés par le CNTS et ses partenaires, cette réalité explique pourquoi les crises de disponibilité restent possibles », a admis la directrice générale.
La crise du début d’année a agi comme révélateur. Elle a mis en évidence l’insuffisance d’une culture du don bénévole et régulier, ainsi que l’inadéquation des mécanismes de communication entre les structures sanitaires et le CNTS. En réponse, l’institution a initié la mise en place d’un système harmonisé de suivi des stocks et d’alerte précoce, comparable, dans son ambition, aux dispositifs permettant de localiser les pharmacies de garde.
Un cadre stratégique pour 2026-2030
L’une des avancées institutionnelles majeures annoncées est la finalisation de deux instruments de gouvernance : la politique nationale de transfusion sanguine et le plan stratégique du CNTS pour la période 2026-2030. Ces documents définissent une vision claire : bâtir un système national de transfusion moderne, efficace et équitable, capable de répondre aux besoins de l’ensemble du territoire, « où et quand les Camerounais en ont besoin ».
Ce plan identifie plusieurs défis structurels persistants : couverture nationale insuffisante, faible taux de dons bénévoles non rémunérés, disparités régionales d’accès aux produits sanguins, pénurie de personnels spécialisés, vieillissement des infrastructures dans plusieurs banques de sang, et insuffisance des mécanismes de financement.
Sur le plan opérationnel, le projet PADOC (Projet d’appui au déploiement opérationnel du CNTS), financé par Expertise France, a permis d’enregistrer des progrès tangibles en matière de formation, de digitalisation et de renforcement des banques de sang hospitalières.
Qualité et sécurité en amélioration
Au-delà du volume de collecte, le CNTS affiche des progrès sur le plan de la sécurité transfusionnelle. La proportion des unités de sang présentant des facteurs de risque infectieux est passée de 9 % en 2024 à 8,1 % en 2025. L’institution s’est également dotée de 32 procédures opérationnelles standard et d’un laboratoire multidisciplinaire dédié au contrôle qualité, couvrant désormais 79 banques de sang hospitalières en supervision et 10 intégrées dans un programme national de qualité.
L’objectif fixé pour les prochaines années est d’augmenter la proportion des banques de sang hospitalières opérant dans un système de qualité certifié, de 49 % aujourd’hui à 60 %.
Des innovations et une anticipation saisonnière
Parmi les nouveautés annoncées figure l’introduction de cartes de donneurs destinées à améliorer la fidélisation, l’identification et le suivi des donneurs réguliers. Des véhicules frigorifiques, acquis dans le cadre du projet Prézinat, seront également mis en service pour le transport et la conservation des produits sanguins lors des collectes mobiles.
Le CNTS anticipe par ailleurs une hausse saisonnière de la demande en sang lors des mois d’août et septembre, période de recrudescence du paludisme dans les régions septentrionales du pays, souvent accompagnée d’une augmentation des cas d’anémie sévère nécessitant des transfusions.
Le programme des célébrations comprend une marche de santé (6 juin), une campagne de don en partenariat avec l’ambassade américaine (10 juin), la célébration officielle (14 juin) et une table ronde sur la mobilisation des jeunes (17 juin).










































































































































































































































































