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Lema Ewodo Régine Clémence, épse Otabela Touna, Surveillante générale de l’hôpital central de Yaoundé: « Investir dans les infirmiers, c’est investir dans l’avenir de la santé »

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À l’occasion de la Journée internationale des infirmières 2026, placée sous le thème « Nos infirmières, notre avenir : le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies », Lema Ewodo Régine Clémence, Surveillante générale de l’Hôpital central de Yaoundé, dresse un constat sans complaisance sur l’évolution de la charge de travail : hausse du nombre de patients et complexité des soins et annonce des mesures concrètes : réorganisation du temps de travail (38 à 42 heures par semaine), équité dans les équipes et flexibilité. Elle détaille les leviers de l’humanisation des soins (cafés éthiques mensuels, sensibilisation à l’accueil) et adresse un message à la jeune génération : rigueur, formation continue, posture professionnelle. Elle rappelle enfin le rôle central de l’infirmier dans la santé de proximité, de l’éducation thérapeutique à la prévention des escarres.

Bonjour Madame la Surveillante générale. À l’occasion de la Journée internationale des infirmiers, édition 2026, qui se célébrera le 12 mai prochain, vous avez bien voulu répondre à nos questions. Le premier thème que nous souhaitons aborder avec vous concerne le regard sur l’évolution de la charge de travail et le bien-être des infirmières. Quel est votre constat ?

Ces dernières années, la charge de travail des infirmiers à l’Hôpital central de Yaoundé a connu une évolution marquée par l’augmentation du nombre de patients, la complexité des soins et la diversité des missions confiées aux infirmiers, ce qui rend le quotidien de plus en plus exigeant. Face à la pression importante du travail, tant physique que mentale – c’est la réalité

–, la responsabilité de l’équipe managériale dont je fais partie est d’agir. Nous nous sommes donc engagés à accompagner notre personnel à travers la promotion du bien-être, le renforcement des compétences par la formation continue et l’allègement de la charge de travail. Sur ce dernier point, nous avons mis en place depuis le 4 mai dernier une réorganisation du temps de travail du personnel médico-sanitaire.

Cette réorganisation est basée sur des principes tels que l’équité dans la répartition du travail – le travail doit être équitable au sein des équipes –, le respect des horaires et des normes de travail pour un personnel soignant (38 à 42 heures de travail par semaine), ce qui est adapté aux réalités du terrain pour assurer une organisation fluide et prévisible. Autre principe : la flexibilité et l’écoute des besoins individuels, qui permettent de s’adapter aux situations tout en renforçant l’efficacité collective et le bien-être de l’équipe.

Au-delà de ces mesures, l’essentiel reste l’écoute, la reconnaissance et la valorisation du personnel. Nous encourageons également des espaces d’échanges professionnels, un suivi de proximité par l’encadrement, ainsi que des activités culturelles et sportives afin de prévenir l’épuisement professionnel et valoriser l’engagement quotidien de nos équipes. Le bien-être des infirmiers est une priorité, car il conditionne directement la qualité des soins.

Deuxième articulation : l’éthique, l’accueil et l’humanisation des soins. Comment garantissez-vous ces dimensions à l’hôpital ?

La Journée internationale des infirmiers nous rappelle que la qualité des soins ne se limite pas aux compétences techniques – savoir piquer, savoir réaliser des soins autonomes, mais repose également sur des valeurs fondamentales telles que le respect, la dignité et l’empathie. Pour garantir l’humanisation des soins, nous actionnons plusieurs leviers. D’abord, la formation continue en éthique et en communication. À l’Hôpital central de Yaoundé, nous avons un « café éthique » une fois par mois.

Ensuite, la sensibilisation permanente du personnel à l’accueil du patient et de sa famille. Ce point figure dans tous les cahiers de charges des responsables. Au sein de l’Hôpital central, nous sensibilisons le personnel à l’accueil du patient et de sa famille, ainsi qu’à l’instauration de pratiques ancrées sur la personne soignée. Nous insistons sur une culture professionnelle où chaque patient est considéré dans sa globalité, avec ses besoins physiques, psychologiques et sociaux. L’engagement managérial joue un rôle clé dans la diffusion et le maintien de ces valeurs au quotidien.


Quel message souhaitez-vous adresser à la jeune génération d’infirmiers ?

Un message que je peux passer à la jeune génération, en tant qu’infirmière d’abord et aussi en qualité de surveillante générale. À la jeune génération qui intègre l’Hôpital central de Yaoundé, je voudrais dire que vous vous ancrez dans un environnement exigeant, mais extrêmement formateur. La rigueur professionnelle doit être votre socle : rigueur dans le geste, rigueur dans les protocoles de soins, dans la gestion du temps de travail et dans la relation avec les patients.

Je vous encourage vivement à vous insérer dans une dynamique de formation continue, car les pratiques évoluent constamment. Il faut être à jour. La compétence aujourd’hui repose sur

l’apprentissage permanent. Il faut apprendre tous les jours. Nul n’a le monopole du savoir, nous apprenons tous les jours. L’ouverture à l’innovation et le respect des normes professionnelles sont essentiels. Soyez également porteurs des valeurs d’humanisme et d’éthique, car au-delà de la technique, c’est votre posture professionnelle qui fera la différence.

En tant qu’infirmier, qu’est-ce qui me fait être différent des autres ?

C’est ma posture professionnelle.

Enfin, comment voyez-vous le rôle de l’infirmier comme acteur clé de la santé de proximité ?

Aujourd’hui, l’infirmier occupe une place centrale dans le système de santé, notamment en matière de santé de proximité. Il est souvent le premier contact du patient dans le système de soins et joue un rôle déterminant dans la prévention, l’éducation sanitaire et le suivi du malade. L’infirmier est celui qui reçoit, qui accueille le malade quand il arrive à l’hôpital. C’est le premier personnel, en général, que le malade a en face de lui. C’est l’infirmier qui va prendre les paramètres du malade et l’orienter vers la consultation indiquée. L’infirmier est également un acteur de la prévention pour les patients hospitalisés : par exemple, en favorisant la mobilisation du patient, on peut prévenir l’apparition d’escarres.

L’infirmier est aussi celui qui éduque le patient. À l’hôpital, on donne souvent une ordonnance au patient avec une posologie – par exemple, « un comprimé trois fois par jour ». Le malade, dans son esprit, pense qu’il doit prendre un comprimé le matin, à midi et le soir. Cela signifie que s’il se réveille à 8 heures, il prend son comprimé ; à midi, le deuxième ; et à 18 heures, le troisième, puis il croit avoir bien pris son traitement trois fois par jour. Pourtant, il est en train de créer des dégâts. L’infirmier est là pour expliquer au patient. À l’hôpital, avant la sortie d’un patient hospitalisé à qui l’on a prescrit un médicament, c’est l’infirmier qui va lui indiquer : « Votre médicament est prescrit trois fois par jour. Faisons le planning. À quelle heure vous réveillez-vous ? » C’est en fonction de l’heure du réveil que l’on planifie la première prise. Pour un traitement trois fois par jour, on espace les prises d’environ huit heures. Ainsi, l’infirmier propose au patient un planning pratique : par exemple, premier comprimé à 6 heures après le petit-déjeuner, deuxième à 14 heures, troisième à 21 heures. L’infirmier est là pour éduquer le patient.

À l’Hôpital central de Yaoundé, comme dans les structures périphériques, l’infirmier est un acteur clé de la continuité des soins, de la coordination des interventions et de l’accompagnement des patients, notamment dans la gestion des maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension. Son rôle s’est considérablement élargi, faisant de lui un véritable pivot entre le patient, la famille et les autres professionnels de santé. Cette évolution renforce la nécessité de valoriser davantage la profession infirmière et de soutenir son autonomisation. En définitive, en cette Journée internationale des infirmiers édition 2026, placée sous le thème « Nos infirmiers, notre avenir : le pouvoir d’agir des infirmiers sauve des vies », nous réaffirmons notre engagement à accompagner, valoriser et renforcer l’énorme potentiel stratégique des infirmiers dans notre système de santé. Car investir dans les infirmiers, c’est investir dans la qualité des soins et dans l’avenir de la santé.


Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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