Les tradipraticiens de santé sont désormais dans le viseur de la loi. Une nouvelle réglementation vient baliser un secteur longtemps jugé opaque, introduisant des interdictions claires et des sanctions sévères pour quiconque s’aventurerait à déroger aux règles. Fini le Far West de la médecine ancestrale, place à la professionnalisation et à la protection des patients.
Le flou entourant la médecine traditionnelle au Cameroun touche à sa fin. Une nouvelle législation, rendue publique par la lecture des articles 36, 37 et 38, vient instaurer un cadre strict pour les tradipraticiens, bannissant les pratiques douteuses et imposant des sanctions pénales et administratives. Cette démarche marque une volonté forte de l’État de protéger les patients et de professionnaliser un secteur longtemps laissé à lui-même. Longtemps perçue comme un univers parallèle où les règles étaient floues, la médecine traditionnelle au Cameroun est en pleine mutation. Les nouvelles dispositions légales, particulièrement les articles 36, 37 et 38, marquent un tournant décisif, instaurant un cadre rigoureux pour l’exercice de cette pratique ancestrale. Il ne s’agit plus d’une simple reconnaissance, mais d’une véritable intégration dans un système de santé encadré.
L’article 36 est sans équivoque : il dresse une liste exhaustive des pratiques désormais prohibées. Parmi les interdictions majeures, on retrouve l’usage de pseudonymes ou de titres non autorisés par l’Ordre national des tradipraticiens de santé, la délivrance de consultations ou de médicaments sans autorisation préalable de l’autorité compétente, et l’exercice sous le coup d’une interdiction. Fini également la “médecine foraine” ou l’administration de soins dans des centres non agréés.
La loi s’attaque aussi aux dérives éthiques en proscrivant toute contrainte exercée sur les patients, la publicité mensongère sur l’efficacité des remèdes, et surtout, les pratiques immorales. L’utilisation d’organes humains, les mutilations, les relations extra-professionnelles avec les patients ou l’usage de produits illicites sont désormais passibles de lourdes sanctions. La cueillette non autorisée d’espèces médicinales est également interdite, marquant une volonté de protéger la biodiversité.
Des sanctions dissuasives pour les contrevenants
Les articles 37 et 38 détaillent l’arsenal répressif mis en place. L’article 37 prévoit des sanctions administratives prononcées par le Ministre de la Santé Publique ou l’Ordre national des tradipraticiens de santé. Celles-ci peuvent aller de la cessation immédiate d’activité à la confiscation temporaire ou définitive des objets et substances utilisés illégalement, en passant par la suspension ou le retrait de l’autorisation d’exercer. La fermeture temporaire ou définitive du centre de médecine traditionnelle est également une possibilité.
Mais l’aspect le plus impactant est sans doute l’article 38, qui introduit des sanctions pénales pour l’exercice illégal de la médecine traditionnelle. Toute personne reconnue coupable risque désormais une peine d’emprisonnement de un (1) à dix (10) ans et une amende pouvant atteindre vingt millions (20 000 000) de francs CFA. En cas de récidive, la peine est doublée et l’interdiction définitive d’exercer peut être prononcée. C’est un message fort envoyé à ceux qui opèrent en marge de la légalité, au détriment de la santé publique.
Professionnalisation et défis à venir
Au-delà de la répression, la nouvelle législation met également l’accent sur la professionnalisation du secteur. L’article 39 confie à l’Ordre national des tradipraticiens de santé la mission de veiller à la formation continue de ses membres, en collaboration avec des structures agréées. Cette disposition vise à améliorer la qualité des soins et à garantir l’évolution des pratiques.
Les articles 40, 41, 42 et 43, regroupés dans le chapitre VII, abordent des aspects organisationnels cruciaux. Le gouvernement prévoit de définir les modalités de création de services ou d’unités de médecine traditionnelle dans les structures sanitaires publiques (Article 40), signalant une volonté d’intégration progressive. L’incompatibilité de l’exercice de la médecine traditionnelle avec d’autres professions de santé (Article 41) vise à éviter les conflits d’intérêts et à clarifier les rôles.
Enfin, un délai de vingt-quatre (24) mois est accordé aux tradipraticiens pour se conformer à ces nouvelles dispositions (Article 42), un délai jugé suffisant pour une transition en douceur. Des textes particuliers viendront préciser les modalités d’application (Article 43).
Ces nouvelles régulations sont un pas majeur vers la reconnaissance et l’intégration de la médecine traditionnelle au Cameroun, tout en garantissant la sécurité et la protection des citoyens. Mais le défi reste grand : comment assurer une application effective de ces lois sur l’ensemble du territoire et accompagner au mieux les tradipraticiens dans cette transition vers la légalité et la professionnalisation ?
E.S.N














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