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Moustiquaire imprégnée : En période de prolifération des moustiques

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Avec la multiplication des moustiques pendant la saison des pluies, les autorités sanitaires appellent les ménages de l’Extrême-Nord à renforcer l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide, notamment chez les femmes enceintes et les enfants.

Maroua comme dans plusieurs localités de l’Extrême-Nord, les moustiques sont devenus plus présents avec l’installation de la saison des pluies. Les flaques d’eau, les récipients abandonnés et les zones mal drainées constituent autant de lieux favorables à leur multiplication. Cette situation appelle à une vigilance accrue des ménages, notamment pendant les périodes où les piqûres de moustiques deviennent plus fréquentes.

Le Programme élargi de vaccination (PEV) et les autres acteurs de la lutte contre le paludisme multiplient les actions de sensibilisation pour encourager les populations à adopter les bons réflexes. Parmi les moyens de prévention disponibles, la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action occupe une place importante. Elle agit à la fois comme une barrière physique et grâce à l’insecticide qui contribue à neutraliser les moustiques lorsqu’ils entrent en contact avec ses fibres.

Dans la région de l’Extrême-Nord, plus de 3,5 millions de moustiquaires ont été distribuées lors de la campagne de masse de 2025. Cette distribution concernait une population estimée à plus de six millions d’habitants. Dans le cadre des activités de routine, 261 400 moustiquaires destinées aux femmes enceintes ont également été prépositionnées dans les formations sanitaires de la région.

Pour les professionnels de santé, recevoir une moustiquaire ne suffit cependant pas. Encore faut-il l’utiliser correctement et régulièrement. Certains ménages continuent en effet à privilégier les anciennes moustiquaires, conservant les

nouvelles dans l’attente d’une période qu’ils jugent plus propice.

Une attitude que les responsables sanitaires déconseillent. Les moustiquaires imprégnées ont une durée d’efficacité déterminée. Une ancienne moustiquaire peut toujours constituer une barrière physique lorsqu’elle est en bon état, mais son efficacité insecticide diminue avec le temps. Le renouvellement permet donc de bénéficier pleinement de la protection recherchée.

L’entretien est également important. Une moustiquaire déchirée peut être recousue afin de préserver son rôle de barrière. Elle doit aussi être lavée conformément aux recommandations fournies avec le produit, afin de préserver autant que possible son efficacité.

Dans l’arrondissement de Maroua Ier, Ousmanou, reconnaît avoir longtemps conservé les nouvelles moustiquaires. « Avant, nous pensions qu’il fallait terminer l’ancienne avant de sortir la nouvelle. Maintenant, nous comprenons qu’il vaut mieux utiliser celle qui vient d’être distribuée pour profiter de sa protection », témoigne-t-il.

Aïssatou, mère de famille à Domayo, insiste pour sa part sur la nécessité de protéger les enfants. « Quand les moustiques commencent à être nombreux, je veille à ce que les enfants dorment sous la moustiquaire. Nous avons compris que la prévention est plus importante que d’attendre que l’enfant tombe malade », explique-t-elle.

La moustiquaire constitue un moyen essentiel de prévention, mais elle ne dispense pas de consulter en cas de symptômes évocateurs du paludisme. Fièvre, frissons, maux de tête ou grande faiblesse doivent inciter à se rendre dans une formation sanitaire pour obtenir un diagnostic et une prise en charge adaptés.

INTERVIEW

Dr. Jean Pierre Kidwang , Coordonnateur Du Groupe Technique Régional de lutte contre le Paludisme pour l’Extrême-nord

Cordo, merci de nous accorder cet entretien. Revenons un instant sur les moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action. À ce jour, combien de moustiquaires la région de l’Extrême-Nord a-t-elle reçues ? Est-ce que toutes les structures sanitaires et tous les ménages en disposent déjà ?

Il faut noter que le programme met en œuvre plusieurs stratégies en matière de prévention du paludisme. Parmi elles, l’une des mesures les plus coûteuses, mais aussi les plus efficaces à l’heure actuelle, est la mise à disposition de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, qui continuent de faire leurs preuves.

Le programme les met à disposition selon plusieurs stratégies, notamment lors des campagnes de distribution de masse qui ont lieu tous les trois à quatre ans et qui ciblent l’ensemble de la population. Chaque année, des moustiquaires sont également distribuées aux personnes les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes et les nourrissons.

Dans le cadre des activités de routine, notamment lors des consultations prénatales, chaque femme enceinte a droit à une moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action. Les nourrissons en bénéficient également lorsqu’ils viennent pour la vaccination, notamment à neuf mois, au moment où ils reçoivent les vaccins contre la rougeole et la rubéole. Cette stratégie vise à augmenter le taux de possession familiale de cet intrant particulièrement important dans la lutte contre le paludisme.

Pour revenir aux chiffres, lors de la campagne de distribution de masse organisée en 2025, le gouvernement, avec l’appui du ministère de la Santé publique et de ses partenaires techniques et financiers, a permis à la région de l’Extrême-Nord de distribuer un peu plus de 3,5 millions de moustiquaires à l’ensemble de la population.

Selon nos données de microplanification, la population était estimée à plus de six millions d’habitants. La stratégie était simple : une moustiquaire pour deux personnes. Lorsqu’un ménage comptait un nombre impair de personnes, on arrondissait à l’unité supérieure. Ainsi, pour un ménage de cinq personnes, trois moustiquaires étaient distribuées.

En ce qui concerne les activités de routine, dans l’ensemble des formations sanitaires de la région de l’Extrême-Nord, nous avons procédé depuis le mois de mars au prépositionnement des moustiquaires. Ce prépositionnement a été calculé sur la base du nombre de femmes enceintes attendues dans les formations sanitaires pour l’année, ainsi que du nombre d’enfants attendus pour la vaccination contre la rougeole et la rubéole à neuf mois.

Pour les femmes enceintes, l’ensemble des formations sanitaires de la région ont reçu 261 400 moustiquaires dans le cadre des activités de routine. Cette quantité a été déterminée en fonction du nombre de femmes enceintes attendues dans chaque formation sanitaire pour leurs consultations prénatales.

Les formations sanitaires disposent donc actuellement de ces moustiquaires et les mettent régulièrement à la disposition des femmes enceintes dès leur premier contact avec le système de santé. Lorsqu’une femme enceinte se présente, elle reçoit sa moustiquaire afin de se protéger elle-même ainsi que son enfant à naître.

De même, lorsque les enfants arrivent à neuf mois pour recevoir les vaccins contre la rougeole et la rubéole, ils bénéficient également d’une moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action.

Les besoins ont également été prépositionnés dans l’ensemble des formations sanitaires de la région, en collaboration avec le Programme élargi de vaccination (PEV), qui a mis ces moustiquaires à la disposition des formations sanitaires offrant les services de vaccination.

On peut donc dire qu’entre l’année dernière et cette année, en ce qui concerne les besoins de la région de l’Extrême-Nord en moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, il n’y a pas de crainte particulière à avoir.

L’effort qui reste à fournir concerne surtout le plaidoyer auprès des populations afin que cet intrant soit utilisé de la meilleure manière possible par toutes les personnes qui en disposent.

Justement, parlons de leur utilisation. Comment faut-il utiliser ces nouvelles moustiquaires ? Certaines personnes continuent d’utiliser les anciennes moustiquaires reçues plusieurs années auparavant, estimant qu’il

faut d’abord les utiliser avant de commencer les nouvelles. Que leur conseillez-vous ?

Oui, on peut comprendre certains comportements que nous observons au sein de la population. Il faut rappeler que le paludisme dans la région de l’Extrême-Nord présente un caractère saisonnier.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de cas en dehors de la saison des pluies, mais c’est généralement pendant cette période que nous observons une prolifération importante des moustiques. Les eaux stagnantes qui apparaissent dans notre environnement constituent des conditions favorables au développement des moustiques, notamment de l’anophèle, vecteur du paludisme.

L’utilisation correcte des moustiquaires reste donc un véritable défi. Pourquoi ? Parce que les campagnes de distribution que nous organisons tous les trois à quatre ans, ainsi que les moustiquaires mises à disposition dans les formations sanitaires, ont une durée de vie déterminée afin de garantir leur efficacité optimale.

En dehors de l’aspect de barrière physique que nous connaissons, la moustiquaire possède également un effet insecticide puisqu’elle est imprégnée d’un insecticide à longue durée d’action.

La combinaison de ces deux effets permet d’assurer une meilleure protection. C’est pourquoi, après environ quatre ans, nous procédons au renouvellement des moustiquaires.

Cela ne signifie pas qu’une ancienne moustiquaire encore présente dans un ménage devient immédiatement inutilisable. Elle peut toujours servir de barrière physique. Cependant, au fil du temps, son efficacité insecticide diminue.

Par exemple, une moustiquaire distribuée en 2022 n’aura plus la même efficacité insecticide quatre ans plus tard. Elle continuera à jouer son rôle de barrière physique, mais son effet insecticide sera fortement diminué.

C’est pour cette raison que nous renouvelons régulièrement les moustiquaires afin de maintenir à la fois la protection physique et l’effet insecticide, et ainsi assurer une meilleure efficacité dans la lutte contre le paludisme.

Nous recommandons donc aux ménages d’utiliser les nouvelles moustiquaires qui leur ont été distribuées. C’est seulement de cette manière que nous pourrons renforcer l’efficacité de la lutte contre le paludisme.

Il faut également préciser que les moustiquaires distribuées tiennent compte du profil entomologique de chaque région, notamment des résultats des études sur la

résistance des moustiques aux insecticides.

Les insecticides utilisés pour imprégner les moustiquaires sont donc choisis en fonction de ces données. Cela signifie que les moustiquaires distribuées dans la région de l’Extrême-Nord ne sont pas forcément les mêmes que celles distribuées dans d’autres régions.

Une fois que la moustiquaire est reçue, quelles sont les précautions à prendre avant de l’utiliser ?

Lorsqu’une personne reçoit une moustiquaire, elle doit commencer par ouvrir son emballage et la faire sécher à l’ombre pendant au moins 24 heures. Il ne faut pas l’exposer directement au soleil.

Dans nos maisons, il existe généralement des endroits suffisamment aérés, à l’ombre, où la moustiquaire peut être installée pendant cette période.

Après 24 heures, elle est prête à être utilisée. La moustiquaire est généralement accompagnée de dispositifs permettant de faciliter son installation. Une fois accrochée au-dessus du lieu de couchage et correctement disposée sur les quatre côtés, elle peut être utilisée.

Il faut également rappeler que la moustiquaire doit être entretenue. Lorsqu’elle est déchirée, il est possible de la recoudre afin d’éviter de laisser des ouvertures par lesquelles les moustiques pourraient pénétrer.

La moustiquaire ne signifie pas que les moustiques ne vont jamais se poser dessus. Ils peuvent s’y déposer, mais l’insecticide présent sur ses fibres agit sur eux et contribue à les neutraliser.

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Samuel Adjewa

Journaliste communicateur

Samuel Adjewa est journaliste-communicateur basé à l’Extrême-Nord du Cameroun. Il est correspondant régional du groupe Échos Santé dans cette partie du pays. Il est actuellement en Master 2 en communication des organisations à l’Université de Maroua. Il a collaboré avec plusieurs médias et ONG nationales et internationales, notamment dans la production de contenus radio et documentaires. Son travail s’intéresse particulièrement aux questions de santé, de développement local et de communication institutionnelle.

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