Ce chiffre, très éloigné des 95 % exigés par les objectifs mondiaux, révèle l’ampleur du gouffre qui sépare la prise en charge des adultes de celle des enfants.
Chaque jour, alors que les projecteurs internationaux se braquent sur d’autres crises, une urgence sanitaire silencieuse continue de décimer les rangs des plus jeunes. Depuis janvier 2025, les coupes budgétaires drastiques décidées par plusieurs nations donatrices ont précipité une catastrophe humanitaire annoncée : plus de 7 000 enfants perdent chaque jour l’accès au traitement antirétroviral, tandis que près de cinq fois plus de nourrissons contractent le VIH quotidiennement. En 2024, l’ONUSIDA tirait déjà la sonnette d’alarme avec des chiffres accablants : 120 000 nouvelles infections pédiatriques et 75 000 décès d’enfants liés au sida. Ces données, bien que glaçantes, ne reflètent qu’une partie d’un échec systémique qui persiste depuis des années, malgré les progrès technologiques et les engagements politiques renouvelés.
Le contraste est saisissant lorsque l’on compare la prise en charge des adultes à celle des enfants. Si les objectifs 95-95-95 de l’ONUSIDA sont presque atteints pour les adultes, avec des taux respectifs de 86-89-93, les indicateurs pédiatriques plafonnent dangereusement. Sur les 1,4 million d’enfants vivant avec le virus, seuls 66 % connaissent leur statut sérologique, 86 % de ceux diagnostiqués sont sous traitement, et 84 % parviennent à une suppression virale durable. Cette stagnation n’est pas anodine : elle condamne à une mort prématurée la moitié des nourrissons infectés par voie périnatale avant même d’atteindre leur deuxième anniversaire, le pic de mortalité survenant brutalement entre deux et trois mois. L’enjeu du dépistage précoce, premier maillon de la cascade de soins, demeure ainsi le talon d’Achille des programmes de lutte contre le sida infantile.
Cette réalité est particulièrement criante dans les douze pays qui concentrent à eux seuls les deux tiers des nouvelles infections pédiatriques mondiales, à savoir l’Angola, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le
Kenya, le Mozambique, le Nigéria, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, la République-Unie de Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. Tous sont membres du réseau LabCoP de la Société africaine de médecine de laboratoire. Face à cette géographie de la vulnérabilité, des initiatives structurantes ont vu le jour, comme l’Alliance mondiale pour mettre fin au sida chez les enfants, lancée en 2022, ou encore l’Initiative triple élimination de l’OMS qui fixe des objectifs intégrés pour le VIH, la syphilis et l’hépatite B.
Des progrès notables ont été enregistrés, puisque douze pays d’Afrique subsaharienne ont déjà atteint l’objectif de 95 % de couverture en traitement antirétroviral chez les femmes enceintes. Pourtant, rares sont ceux qui franchissent le cap des 90 % de dépistage chez les nourrissons ou d’un taux de transmission verticale inférieur à 5 %. Seul le Botswana, véritable modèle de réussite, a décroché le niveau Or de l’OMS, devenant le premier pays à forte endémicité à éliminer officiellement la transmission mère-enfant du VIH. À l’inverse, en dehors d’Eswatini, aucun autre pays d’Afrique subsaharienne n’est parvenu à mettre 90 % des enfants diagnostiqués sous traitement antirétroviral.
Selon une évaluation de l’OMS-AFRO, la couverture du dépistage infantile reste inférieure à 80 % dans plus de 70 % des pays. Pire encore, les délais de rendu des tests biologiques excèdent quinze jours dans près de 80 % des cas, et dans plus de 70 % des nations, moins de 75 % des résultats parviennent effectivement aux soignants dans le mois suivant le prélèvement. Ces lenteurs administratives et techniques sont aggravées par des ruptures de stock chroniques de réactifs et de consommables, qui s’étalent sur six mois dans la quasi-totalité des pays concernés. Dans ce contexte, l’allaitement maternel, bien que crucial pour la nutrition et la protection immunitaire des nourrissons dans les régions où l’insécurité alimentaire sévit, prolonge la fenêtre d’exposition au virus, en particulier lorsque l’accès de la mère au traitement est limité ou inexistant.








