Les localités camerounaises notamment la ville de Garoua connait un phénomène qui monte en puissance, le port fantaisiste de lunettes. Sur les marchés, dans les boutiques et même en bordure des routes, des montures de toutes formes et de toutes couleurs sont vendues à des prix défiant toute concurrence. Avec 500 F CFA, il est possible de s’équiper d’une paire de lunettes. Mais derrière ce prix alléchant se cache une réalité bien plus inquiétante, une menace sérieuse pour la santé oculaire des populations, notamment chez les jeunes principaux utilisateurs.
Vente illicite des lunettes en dehors des prescriptions médicales dans un marché de la place
Le constat est frappant. À Garoua, comme dans d’autres villes du Cameroun, les lunettes sont devenues un accessoire de mode, un symbole de statut, voire un élément de séduction. Indépendamment de toute prescription médicale, jeunes et plus âgés arborent des montures souvent dépourvues de verres correcteurs ou, pire, équipées de verres de mauvaise qualité, voire dangereux. Cette pratique, loin d’être anodine, expose les utilisateurs à des risques oculaires considérables, allant de la fatigue visuelle à des dommages irréversibles.
L’avis des professionnels signale une alerte rouge
Les opticiens de Garoua tirent la sonnette d’alarme. Waare Isaac, opticien, explique que la vente de lunettes sans prescription médicale est illégale. Seuls les professionnels diplômés et agréés sont autorisés à vendre des lunettes correctrices après un examen ophtalmologique. « Le commerce illicite de lunettes menace gravement la santé oculaire des populations », affirme-t-il. « Les verres de mauvaise qualité vendus sur les marchés peuvent filtrer mal la lumière, déformer la vision, et à long terme, engendrer des problèmes de myopie, d’hypermétropie, voire des dommages irréversibles de la rétine. » La fabrication artisanale et la commercialisation de ces lunettes « fantaisistes » posent un problème de transparence en termes de normes et de matériaux utilisés. L’absence de contrôle qualité rend difficile, voire impossible, de garantir la sécurité des verres. Ces derniers peuvent contenir des substances nocives, diffuser des rayons UV nocifs ou simplement être mal taillés, entraînant une fatigue oculaire intense et une détérioration progressive de la vision.
Interrogés sur leurs motivations, les utilisateurs de ces lunettes expliquent souvent leur choix par le prix. « Elles coûtent beaucoup moins cher », André, un jeune étudiant. « Pour moi, c’est surtout un accessoire de mode, une question d’apparence. » explique Chantal, une journaliste. Ce raisonnement, compréhensible au vu du contexte socio-économique, masque une réalité préoccupante, une économie de bout de chandelle qui pourrait se révéler extrêmement coûteuse à long terme, en termes de santé et de bien-être visuel. La facilité d’accès à ces lunettes bon marché encourage le phénomène. On les retrouve partout : dans les marchés locaux, et même sur les étals improvisés au bord des routes. Le manque de contrôle et de réglementation facilite cette commercialisation illégale, rendant difficile la lutte contre ce fléau.
Les conséquences à long terme sont un risque réel
Le port prolongé de lunettes inadéquates peut entraîner de nombreuses conséquences néfastes pour la santé oculaire. Les verres de mauvaise qualité peuvent provoquer une fatigue visuelle importante, se traduisant par des maux de tête, des irritations oculaires et une difficulté à se concentrer. Le port de lunettes non adaptées peut accélérer le développement de la myopie, de l’hypermétropie ou de l’astigmatisme. Une exposition prolongée à des rayons UV nocifs, non filtrés par des verres de qualité, peut endommager la rétine, entraînant une baisse irréversible de la vue.
L’Urgence d’une prise de conscience
Face à ce phénomène grandissant, les ophtalmologues recommandent la plus grande vigilance. Ils appellent à une prise de conscience afin de sensibiliser les populations aux risques liés au port de lunettes non prescrites. Les campagnes de sensibilisation, l’éducation sanitaire et un renforcement de la réglementation sont essentiels pour lutter contre le commerce illicite des lunettes et protéger la santé oculaire de la population. Le prix à payer pour une apparence trompeuse peut être bien trop élevé. Choisir une paire de lunettes, c’est choisir sa santé visuelle, et il est impératif de faire ce choix en toute connaissance de cause, avec l’avis d’un professionnel de la vue.
L’interpellation va aussi à l’endroit du gouvernement camerounais qui a un rôle à jouer dans ce domaine, en renforçant les contrôles sur le marché, en sanctionnant plus sévèrement les vendeurs illégaux et en investissant dans des campagnes de sensibilisation publique. La protection de la santé visuelle est une priorité qui ne peut être négligée.
Marcus DARE
Réaction
« Nous conseillons et nous souhaitons toujours que le port des lunettes vienne d’une prescription médicale. »

Je vois qu’en toute science, il faut quelque chose de prescrit. En ce qui concerne le port des lunettes, il faut toujours se rapprocher du prescripteur. Parce que l’expérience nous a prouvé que beaucoup de ces lunettes ont des numéros. Et quand vous portez un verre qui n’est pas votre numéro, vous voyez les dégâts que cela peut causer dans vos yeux. Donc nous conseillons et nous souhaitons toujours que le port des lunettes vienne d’une prescription médicale. Bien sûr nos jeunes aiment porter les lunettes peut-être pour se faire voir, pour la beauté et bien d’autres choses. Nous ne pouvons pas les refuser, mais il faudrait qu’ils se rapprochent davantage des ophtalmologues pour avoir des bonnes prescriptions. C’est toujours mieux de se rapprocher d’un professionnel où vous êtes consulté et vous trouverez une prescription médicale. Et l’opticien pourra mieux monter vos verres.
Marcus DARE
















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