À 40 ans, le Pr Winnie Tatiana BEKOLO NGA vient d’entrer dans l’histoire en devenant la première femme camerounaise agrégée en hépato-gastroentérologie, classée vice-major du prestigieux concours du CAMES. Portée par l’humilité, la rigueur et un engagement sans faille pour la santé publique, son parcours illustre une quête d’excellence ancrée dans le service à sa communauté et ouvre la voie à toute une génération de femmes scientifiques.
Le concours d’agrégation du CAMES, une des épreuves académiques les plus redoutables d’Afrique francophone, a révélé cette année une lauréate historique. À 40 ans, le Pr Winnie Tatiana BEKOLO NGA est devenue la première femme camerounaise agrégée en hépato-gastroentérologie, classée vice-major de sa sous-section. Retour sur un parcours exemplaire, bâti sur la rigueur, l’humilité et une volonté farouche de servir la santé publique dans un contexte de ressources limitées.
L’aéroport international de Douala, le 13 novembre dernier, avait des airs de fête nationale. Collègues médecins, membres de la Société camerounaise de gastroentérologie, étudiants et proches s’étaient massés pour accueillir une héroïne du savoir, tout juste de retour de Conakry. Auréolée du prestigieux titre de Maître de Conférences Agrégée du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), le Pr Winnie BEKOLO NGA revenait avec un succès qui transcende la sphère personnelle : celui d’avoir « défendu le vert-rouge-jaune avec l’étoile », comme elle l’exprime avec émotion.
Ce titre, fruit de deux années de préparation intense, est bien plus qu’une promotion académique. « C’est la consécration, c’est la reconnaissance de nos pairs, de nos maîtres, du travail qu’on a fourni pendant 2 ans, et du service qu’on fait pour le Cameroun », confie-t-elle, soulignant la dimension patriotique de son engagement. Un sentiment partagé par son père, le Pr Bruno BEKOLO EBE, présent parmi la foule. « Je suis un parent comblé… La vie continue de me montrer que ma plus belle richesse demeure mes enfants », a-t-il écrit, exprimant une fierté paternelle et professionnelle immense, alors que sa fille marche désormais dans ses pas universitaires.
Un concours d’exception : où l’humilité rencontre l’excellence
Obtenir l’agrégation du CAMES est une entreprise de longue haleine qui exige une maîtrise parfaite de la triade académique : la recherche, l’enseignement et la pratique clinique. Le processus, ouvert en octobre, soumet les candidats à une évaluation rigoureuse et multidimensionnelle de leur parcours, de leurs travaux scientifiques et de leurs compétences pédagogiques et médicales. « Ce concours n’est pas qu’une question d’intelligence. Il exige humilité et pédagogie, des valeurs que j’ai apprises tout au long de ces deux années d’efforts et de résilience », analyse le Pr BEKOLO. En effet, au-delà des connaissances pures, les épreuves testent la capacité à transmettre un savoir complexe, à se remettre en question sous le regard d’un jury d’experts et à incarner l’éthique du métier. Chaque étape est un « stress » et une « remise en question constante », jusqu’à l’ultime sentence qui consacre des années de dévouement.
Une chercheuse engagée au service de la santé publique camerounaise
Le parcours du Pr BEKOLO NGA ne se résume pas à ce trophée académique. Médecin hépato gastroentérologue-oncologue digestive à l’Hôpital Général de Douala depuis 2018 et enseignante à l’Université de Douala depuis 2019, elle a bâti son expertise sur un terrain essentiel : la prise en charge des maladies digestives et hépatiques dans un contexte de ressources limitées. Son profil de recherche, riche et ciblé, en témoigne. Ses nombreuses publications scientifiques, souvent cosignées avec des collègues camerounais, abordent des problématiques cruciales pour la santé publique en Afrique subsaharienne. Par exemple, elle a co-écrit une étude sur : « l’Évaluation clinique et continuité des soins des patients atteints d’hépatite B chronique dans un contexte de faibles revenus », publiée en août 2025. Ses travaux portent également sur l’optimisation du diagnostic, comme dans « Diagnostic de l’infection à Helicobacter pylori dans les pays à faible pronostic », ou sur l’évaluation d’outils non invasifs pour mesurer la fibrose hépatique, une alternative essentielle aux biopsies dans des contextes où les équipements de pointe sont rares.
Un héritage familial et un symbole pour toute une génération
Cette réussite exceptionnelle puise ses racines dans un terreau familial nourricier. Le Pr BEKOLO NGA évoque souvent l’inspiration que fut sa mère, dont le souvenir a guidé ses pas. « Animée par le désir de faire honneur à la mémoire de sa génitrice, le Pr. Bekolo a embrassé la médecine avec une détermination inébranlable », souligne-t-on dans son entourage. Sa sœur, dans un hommage vibrant, résume cet héritage : « De nos parents, nous avons appris à Rêver grand tout en ayant la discipline, la persévérance, la résilience… Ils nous ont appris qu’une femme, lorsqu’elle y croit et qu’elle s’en donne les moyens, peut accomplir tout ce qu’elle désire. » Aujourd’hui, en brisant ce « plafond de verre », le Pr Winnie Tatiana BEKOLO NGA incarne précisément cette leçon. Elle n’est pas seulement une sommité médicale ; elle est devenue un modèle tangible pour les jeunes femmes scientifiques du Cameroun et d’ailleurs. Elle démontre, avec une élégance et une compétence remarquable, que l’excellence académique africaine a un visage, une détermination et un profond ancrage dans le service à la communauté. Son agrégation n’est donc pas un aboutissement, mais le point de départ d’une nouvelle mission : inspirer, former et guider la prochaine génération de soignants et de chercheurs, pour que les couleurs du Cameroun continuent de rayonner sur les fronts de la science et de la santé.
Elvis Serge NSAA















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