Boissons “miracles”, pilules et décoctions naturelles – ces produits vendus librement dans les rues de Yaoundé séduisent de plus en plus de jeunes désireux d’améliorer leurs performances sexuelles.
Dans les rues de la capitale Yaoundé, des boissons miracles, des pilules et des décoctions naturelles à base de plantes et d’écorces se vendent à chaque coin de rue. En effet, les jeunes sont de plus en plus attirés par leur consommation avant les rapports sexuels. Cependant, derrière l’euphorie du moment se cachent des risques graves pour leur santé. À 18 ans, Donald ne s’imagine plus un rapport sexuel sans avoir au préalable avalé une pilule. « Quand je prends ma pilule, je me sens fort, je vibre à cent à l’heure », confie-t-il. Comme lui, beaucoup de jeunes Camerounais s’adonnent à la consommation de stimulants sexuels pour « gérer, assurer » lors des rapports sexuels, ceci à leurs risques et périls. Les stimulants sexuels vendus sous forme de boissons énergisantes, de pilules, de poudres et autres décoctions à base d’écorces et de racines naturelles sont devenus un refuge facile pour ces jeunes. Achetés sans ordonnance, le mauvais dosage peut avoir des effets néfastes à long comme à court terme.
Des risques sous-estimés pour la santé
Selon le Dr Ekoumou Evouna Magnus, médecin généraliste en service au CASS de Nkolndongo, « la consommation de ces stimulants peut entraîner une dépendance chez les sujets et provoquer de graves problèmes cardiovasculaires et cérébraux ». De plus, le médecin précise que « l’on peut recenser également des infarctus du myocarde ». Tous ces produits stimulants, combinés à l’alcool et aux drogues, peuvent retarder l’éjaculation et créer le priapisme, c’est-à-dire « une érection prolongée, anormale, douloureuse qui n’est pas en lien avec une excitation sexuelle ». Le médecin alerte : « Le sang se concentre au niveau de la verge et la pression sanguine peut conduire au coma voire à la mort. »
Le témoignage de Martin illustre parfaitement ces dangers : « La dernière fois que j’ai utilisé un stimulant sexuel, j’ai cru que j’allais mourir. J’ai eu l’érection jusqu’au matin, j’ai massé, posé de la glace : rien. Après cet incident, j’ai dit au revoir à tout cela », avoue-t-il tristement.
L’influence néfaste des réseaux sociaux et de la pornographie
Par ailleurs, les réseaux sociaux et les films pornographiques amplifient le phénomène et poussent les jeunes vers la délinquance sexuelle. Le Dr Ekoumou Evouna Magnus explique : « La pornographie joue un grand rôle. Parce que si on tient compte des standards normaux, on va dire qu’un homme est considéré comme éjaculateur précoce lorsque l’éjaculation survient avant 2 à 3 minutes, ou à un âge jeune un peu plus de 5 minutes maximum. Cependant, ces films, où vous avez des acteurs – généralement on coupe des scènes où il y a des ratés – vous donnent l’impression que si vous ne faites pas 30 minutes ou une heure de temps, vous n’êtes pas assez bon. »
Or, ces produits sont conçus initialement pour améliorer la performance des personnes âgées à partir de la quarantaine, voire la cinquantaine, d’après le médecin. Ils sont beaucoup plus indiqués « pour ceux qui ont des problèmes de prostate, de diabète, bref qui sont désespérés afin de booster leur testostérone ». De ce fait, l’on ne comprend pas comment les jeunes, qui sont à la fleur de l’âge, peuvent s’y livrer, désacralisant ainsi le rapport sexuel.
Prévenir plutôt que guérir
Face à cette tendance alarmante, les autorités sanitaires peinent encore à endiguer ce phénomène. Toutefois, le gouvernement, dans son Plan Stratégique National de Lutte contre les Drogues dévoilé en juillet 2024, entend lutter contre l’abus et le trafic de drogues, ce qui inclut la lutte contre les substances non réglementées comme les stimulants sexuels. En outre, le Dr Ekoumou Evouna Magnus insiste : « Il ne faut pas se laisser entraîner par les films pornographiques car tout est filmé, les scènes sont entrecoupées, donnant l’illusion du réel. »
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Le sexe n’est pas une compétition : tous les rapports sexuels ne vont pas durer 2 heures ou 2 minutes. Ce n’est pas parce qu’on a été défaillant une fois que ce sera continuel. Les jeunes doivent comprendre qu’il y a le facteur hormonal qui joue, et le psychique qui doit être en parfait accord avec le corps pour une bonne érection. Recourir aux stimulants sexuels ne sert à rien : ils sont jeunes et ont toute la vie devant eux. En outre, la relation sexuelle ne se limite pas seulement à la pénétration ; il y a les caresses, les baisers qui agrémentent l’intimité et harmonisent le rapport sexuel. Par conséquent, ils doivent être conséquents et responsables afin de sauver leur vie.
Audray NDENGUE














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