Au quotidien, les aliments les plus gros, les plus brillants ou les plus disponibles séduisent davantage les consommateurs. Pourtant, le choix alimentaire doit aussi tenir compte de l’origine, du mode de production et de la conservation des produits.
Dans les marchés et supermarchés de Yaoundé, le réflexe est souvent le même. Devant un comptoir ayant les mêmes produits, le consommateur ne réfléchit même pas deux fois. Il choisi directement ce qui paraît le plus gros, le plus propre et le plus parfait. Une grosse orange semble plus appétissante qu’une petite, une carotte imposante paraît plus intéressante qu’une autre de taille moyenne et les fruits importés attirent par leur aspect impeccable. Mais devant ces aliments, une question primordiale devrait se poser. Celle de savoir comment cet aliment a été produit et conserver. Pour la diététicienne-nutritionniste Émilie Temate Tanambou, spécialiste en alimentation tropicale, mieux manger suppose justement de devenir plus curieux sur ce que l’on met dans son assiette.
Pesticides, engrais, conservateurs : ce que l’œil ne voit pas
Pour la spécialiste, l’apparence d’un aliment ne suffit pas à garantir sa qualité. Certains produits agricoles peuvent être exposés aux pesticides ou bénéficier d’un apport important d’engrais. Le consommateur, lui, ne peut pas toujours le savoir simplement en regardant le produit.
« Quand vous voyez des petites carottes et des grosses carottes, vous allez aller vers où ? Les grosses carottes. C’est ça, le problème », explique-t-elle. Cette recherche du « gros » peut conduire à négliger des produits plus petits et moins uniformes, pourtant issus de productions locales. La nutritionniste appelle donc à ne pas faire de la taille le premier critère de choix. À cela s’ajoute la question des aliments transformés et conservés. Certains produits destinés à être stockés ou transportés sur de longues distances peuvent avoir recours à des procédés de conservation. La spécialiste
s’interroge notamment sur les fruits importés qui restent longtemps sur les étals sans montrer de signes visibles de détérioration. Elle évoque également la maturation artificielle de certains fruits. Pour elle, le consommateur doit donc chercher à savoir ce qu’il achète plutôt que de se laisser uniquement séduire par l’apparence.
Les « mamans du village » à privilégier
L’experte encourage les consommateurs à se rapprocher des petits producteurs locaux. « Donnez-vous la peine chaque week-end d’aller vers eux chercher le bon aliment », conseille-t-elle. Une orange locale, parfois petite ou irrégulière, peut être délaissée au profit d’un fruit importé plus gros et plus attrayant. Mais, précise-t-elle, local ne signifie pas automatiquement sans pesticides : il reste important de connaître l’origine et les pratiques de production.
Manger de saison
La nutritionniste recommande également de privilégier les fruits et légumes de saison. Mangues, ananas, oranges et autres produits locaux devraient être consommés lorsqu’ils sont naturellement disponibles, plutôt que de rechercher des fruits conservés ou transportés sur de longues distances. « Quand vous êtes curieux dans d’autres domaines, il faut être curieux en alimentation », insiste-t-elle. Pour elle, mieux manger commence par s’informer, varier son alimentation et faire des choix plus réfléchis.
Pesticides, engrais, conservation. Autant de réalités invisibles pour le consommateur. Au quotidien, mieux manger commence donc par un réflexe simple : s’intéresser à l’origine et au mode de production de ce que l’on met dans son assiette.
Marie Chantale FAIDA








