Avec la réception officielle de près de 1 000 smartphones dédiés au projet SCANFORM, le Cameroun accélère sa transition digitale et pose les fondations d’un système de santé interconnecté, performant et prêt pour l’ère de l’intelligence artificielle.
Une véritable révolution silencieuse est en marche au sein du paysage sanitaire national. Le 7 août 2026, le ministre de la Santé publique a présidé la cérémonie officielle de remise de 955 smartphones hautement sécurisés destinés au déploiement à grande échelle du projet SCANFORM. Bien plus qu’une simple dotation logistique, cet événement marque l’amorce d’une transformation structurelle profonde de la gestion des données de santé à travers tout le territoire national.
De la feuille de papier à la donnée intelligente
Pendant des décennies, la collecte des informations sanitaires est restée tributaire du papier, générant des lenteurs de transmission, des risques de perte et des marges d’erreur dommageables pour la réactivité du système. Le projet SCANFORM vient rompre avec ces lourdeurs archaïques en remplaçant progressivement les formulaires physiques par une solution numérique intelligente et agile.
Désormais, la donnée saisie sur le terrain devient instantanément exploitable. Cette fluidification du circuit de l’information réduit considérablement les délais de transmission vers les centrales décisionnelles et améliore de façon substantielle la qualité des bilans de santé. À terme, ce gisement de données fiables servira de socle à des outils prédictifs avancés et à l’intégration progressive d’applications fondées sur l’intelligence artificielle pour assister le personnel soignant dans ses prises de décision.
Une vision stratégique alignée sur le Plan national 2026-2030
Cette initiative s’inscrit en droite ligne du Plan stratégique national de Santé numérique 2026-2030. Comme l’a rappelé le ministre lors de son allocution, l’objectif ultime est de bâtir un réseau national d’information intégré, interopérable, sécurisé et résolument centré sur les besoins du citoyen.
Initialement conçu comme un outil ciblé pour la lutte contre le VIH, le projet SCANFORM a aujourd’hui franchi un cap. L’infrastructure technique et les compétences humaines développées à cette occasion ont vocation à irriguer l’ensemble du système de santé public. Cette transversalité renforcera l’efficacité des grands programmes nationaux et constituera un levier essentiel pour le déploiement effectif de la Couverture Santé Universelle (CSU).
Un maillage national rigoureux et hautement sécurisé
L’impact de ce déploiement se fera sentir sur l’ensemble du territoire national. Les dix régions du pays sont concernées, couvrant 175 districts de santé et 395 formations sanitaires. Pour exploiter ce parc technologique, plus de 1 500 professionnels de santé bénéficieront de formations spécialisées. La répartition des téléphones a obéi à un ciblage rigoureux, tenant compte du volume des activités de dépistage et des contraintes opérationnelles de chaque structure.
Sur le plan technique, la souveraineté et la confidentialité des données de santé, désormais perçues comme une ressource stratégique, ont été placées au cœur du dispositif. Chaque appareil est connecté à une plateforme nationale de gestion des terminaux mobiles garantissant la sécurité, la traçabilité et l’intégrité des informations collectées.
Un partenariat international pérenne
Le succès de ce virage technologique repose également sur la qualité des alliances stratégiques. Fruit d’un partenariat historique initié en 2004 avec l’organisation ICAP, avec le soutien financier du gouvernement américain, le projet illustre une coopération réussie en matière de transfert de compétences et de renforcement des capacités institutionnelles.
En franchissant ce cap technologique majeur, le Cameroun démontre sa volonté politique d’ériger les technologies numériques en levier d’innovation pour garantir à chaque citoyen une prise en charge sanitaire plus rapide, plus efficace et plus équitable.
Interview: « Il faudrait que l’on nous donne notre place, que l’on nous insère.»
Au terme des travaux des deuxièmes journées scientifiques de l’Association des Nutritionnistes Professionnels du Cameroun (ANPC), sa présidente revient sur les défis structurels de la sécurité alimentaire et plaide pour une reconnaissance institutionnelle urgente de la profession.

Qu’est-ce qui a motivé le choix du thème « Nutrition et sécurité alimentaire : quelle solution pour le Cameroun » pour cette deuxième édition ?Nous avons constaté des défaillances majeures aux différents niveaux qui soutiennent la sécurité alimentaire. Il y a d’abord un problème de disponibilité dans des régions comme le Nord, mais aussi un problème d’accessibilité qui sévit partout.
Le Cameroun est un pays riche, doté d’une immense diversité alimentaire, mais les produits ne sont pas accessibles à tous. Une maman au village n’a pas forcément accès aux aliments produits dans sa propre région.Vient ensuite le problème de l’utilisation. L’aliment peut être disponible et accessible, sans pour autant être utilisé comme il se doit. Partout au Cameroun, les populations manquent d’éducation nutritionnelle pour savoir comment employer les aliments essentiels à l’organisme.
Enfin, il y a la question de la stabilité. Certains produits sont abondants à une période, puis totalement absents le reste de l’année. Or, la sécurité alimentaire exige que la disponibilité, l’accessibilité et l’utilisation soient stables tout au long de l’année.
Ce thème a été choisi pour que les nutritionnistes apportent des solutions scientifiques concrètes, maniables et applicables pour chaque citoyen, qu’il vive au centre-ville ou au village.Quelles recommandations concrètes attendez-vous à l’issue de ces journées ?La première est que les nutritionnistes doivent occuper la place qui leur revient et être insérés où les décisions se prennent. La nutrition est par nature multisectorielle.
Le nutritionniste doit travailler en amont avec les agriculteurs et les éleveurs pour orienter la production vers des aliments sains et riches en micronutriments (vitamine A, minéraux) selon les besoins spécifiques de chaque région. C’est pourquoi notre collaboration avec des ministères comme le MINADER ou le MINEPIA est cruciale.Au-delà de la production, nous devons agir sur la promotion de ces aliments dans la santé publique et au sein des hôpitaux.
L’éducation nutritionnelle est notre deuxième grand pilier : il faut former la population à mieux consommer ce qui est disponible pour le bien-être de leur organisme. C’est le sens des ateliers pratiques que nous organisons, par exemple sur la fabrication à base de produits bio et locaux. Pour approvisionner durablement nos régions, nous recommandons de passer d’une logique de petits fermiers à une agriculture intensive et valorisée.
Ces journées ont aussi permis à de jeunes chercheurs de sortir des laboratoires des solutions innovantes prêtes à être appliquées sur le terrain.Comment l’ANPC compte-t-elle porter ces recommandations pour qu’elles se traduisent en politiques concrètes ?Nous allons mener des actions de plaidoyer ciblées. Les solutions durables ne se construiront qu’en équipe.
C’est pourquoi nous avons réuni autour d’une même table des acteurs clés, à l’instar du Comité interministériel de lutte contre la malnutrition. Nous voulons envoyer un message clair aux décideurs : nous sommes là, nous avons été formés et nous disposons de la matière technique nécessaire pour endiguer ce problème.
Nous demandons simplement que nos savoirs soient mis à contribution pour le bien-être de nos populations.Quelle est aujourd’hui la place du nutritionniste dans le système de santé publique ?Théoriquement, sa place est reconnue par tous. Si vous posez la question, on vous répondra inévitablement que le nutritionniste est indispensable, car on ne peut pas vivre sans se nourrir.
Mais la vraie question est là : lui donne-t-on réellement les moyens d’agir ? La réponse est non. Il est temps qu’on nous donne notre place et qu’on nous intègre dans les structures sanitaires.Nous militons activement pour la création d’un corps des nutritionnistes et, à terme, d’un Ordre national. Une telle institution permettra à l’Etat de réguler la profession, de déployer les compétences où les besoins se font sentir, et de faire barrage aux personnes non qualifiées qui usurpent ce titre de manière malsaine au détriment de la santé publique.
Quelles sont les actions concrètes menées par l’ANPC ?Nous investissons massivement le terrain de l’éducation nutritionnelle dans les écoles et au sein des communautés. Nous avons également développé une plateforme internet pour diffuser des messages de prévention ciblés vers les enfants et les adolescents, ces derniers étant particulièrement touchés par des carences sévères en fer et en vitamine A.
Enfin, dans les hôpitaux, nos membres effectuent régulièrement des consultations bénévoles. Nous avons l’expertise, la motivation et la confiance nécessaires ; nous n’attendons plus que d’être pleinement intégrés pour aider notre pays.









