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Purger le bébé : Ce geste traditionnel qui peut lui faire du mal

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Purger un nouveau-né avec une poire est une pratique courante dans certains ménages. Utile pour calmer les « bobos » de ventre, cette pratique peut être dangereuse pour la santé de ces nourrissons.

Le bébé a du mal à faire les selles ou est resté une semaine sans faire les selles. Tu entends seulement comment la grand-mère dit : « il faut purger l’enfant ». Une pratique qui s’est faite ancrée dans l’esprit de certaines mères. Elles défendent cette pratique de nos jours bec et ongles car elles disent avoir héritée cela de leurs grands-mères. « Depuis mon premier accouchement, il y a des choses que je fais sans avoir recours au pédiatre. Ma grand-mère me l’a appris et je continue ainsi. Ce qui nécessite l’intervention de l’hôpital, j’y vais », témoigne Bernadette. Elle raconte notamment avoir vu son fils, qui avait un testicule non descendu, être soulagé après plusieurs purges pratiquées par sa grand-mère. Maman Anne raconte avoir purgé sa fille de 13 mois après deux jours de pleurs, parce qu’elle était constipée : « Dès que je l’ai fait, le problème a été résolu. Elle a dormi sur le champ. » À 39 ans, Adeline affirme également avoir grandi avec ces pratiques. « J’ai purgé mes 5 enfants. Je ne dis pas que la médecine moderne est inutile. Je consulte quand c’est nécessaire, mais pour moi, les deux sont importants et complémentaires », explique-t-elle. Pour ces mères, purger le bébé a toujours été efficace. Mais pour d’autres, c’est une pratique qui laisse des séquelles : « J’ai vu une sœur purger son bébé d’à peine deux semaines à cause des coliques. Je me demandais ce qu’il y avait dans ses intestins qu’il faut absolument faire sortir par force. L’enfant était même devenu tout pâle à cause de la déshydratation », confie Jeanne. Jessica, elle, se souvient de l’expérience vécue avec sa première fille : « Sa grand-mère avait l’habitude de la purger chaque jour. Finalement, ma fille n’arrivait plus à aller à la selle seule tant qu’on ne la purgeait pas. » Derrière ces témoignages, une question demeure : que disent les professionnels de santé sur cette pratique chez les nourrissons.

Les risques de purger un bébé

« Purger un nouveau-né lui fait beaucoup plus de mal que de bien », alerte Michelle GONTO KOUAMÉ, fondatrice de la Case maternelle et sage-femme sur sa page Facebook « Case maternelle ». Pour elle, la purge n’est pas un geste anodin chez le nouveau-né. Elle peut notamment entraîner des ballonnements et une aérocolie, c’est-à-dire une accumulation de gaz dans l’intestin, et exposer le bébé à des substances dont la quantité administrée n’est pas toujours maîtrisée. La sage-femme rappelle également que le nourrisson a un organisme encore immature et que ses reins ne fonctionnent pas encore comme ceux d’un adulte. « Le rectum est une voie puissante d’absorption des médicaments. Les reins de l’enfant ne sont même pas matures pour traiter les substances que son organisme va recevoir », explique-t-elle. Elle s’inquiète particulièrement des pratiques réalisées sans posologie ni dosage précis, qui peuvent exposer le bébé à des effets indésirables. Elle évoque notamment le risque

d’atteinte rénale, parmi d’autres complications possibles. La sage-femme met enfin en garde contre la répétition des purges. « À la longue, l’enfant sera dépendant des purges et ne pourra plus faire popo sans la poire », affirme-t-elle. Une affirmation qui souligne surtout la nécessité de ne pas multiplier les gestes rectaux sans indication médicale.

Ce qu’il faut plutôt faire

Pour les mamans qui allaitent et qui pensent que leur bébé est constipé, la spécialiste conseille plutôt de commencer par prendre soin de leur propre alimentation et de leur hydratation. Elle recommande notamment de boire suffisamment d’eau et de consommer régulièrement des fruits et des légumes. Au menu, la mère peut varier avec des fruits comme la papaye, l’orange, la mandarine, la banane, la pastèque, l’avocat, la mangue ou la goyave, ainsi que des légumes comme les épinards, le gombo, les carottes, le chou, la tomate ou les légumes-feuilles locaux. Elle conseille également une alimentation variée, comprenant des céréales, des légumineuses et d’autres aliments nutritifs, plutôt que de se limiter à un seul type d’aliment. Elle recommande par ailleurs des gestes doux, notamment un massage du ventre du bébé, lorsque celui-ci présente des inconforts digestifs. En revanche, si le bébé est nourri au lait artificiel, la sage-femme insiste sur la préparation correcte des biberons : « Assurez-vous de préparer le biberon selon les instructions du fabricant et consultez un pédiatre pour comprendre la cause de cette constipation et agir dessus. » L’objectif est alors de vérifier notamment que les proportions d’eau et de lait sont respectées et de ne pas modifier soi-même la préparation pour tenter de faire aller le bébé à la selle. Chez un nouveau-né, une véritable constipation doit être évaluée par un professionnel de santé plutôt que traitée systématiquement à domicile.

Au bout du compte, derrière un simple retard de selles peuvent se cacher une situation normale ou un véritable problème de santé. Pour les professionnels, le réflexe ne devrait donc pas être de prendre la poire, mais de chercher à comprendre ce qui arrive réellement au bébé.

Marie Chantale FAIDA

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