Bloqué à 70,2 % de couverture à deux semaines de l’échéance du 15 septembre, le recensement national patine face aux retards de paiement et à la désertion des agents.
Ils sont des milliers à arpenter les pistes poussiéreuses, à frapper aux portes des concessions, à braver les barrières linguistiques et les réticences de certains ménages. Ils sont les agents recenseurs du 4e Recensement Général de la Population et de l’Habitat, une armée de l’ombre mobilisée pour compter, enregistrer et dessiner le visage démographique du Cameroun. Pourtant, à deux semaines de l’échéance finale fixée au 15 septembre 2026 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, cette opération stratégique pour le pays tangue entre espoir et inquiétude. Le taux de couverture national stagne à 70,2%, loin des 90% initialement espérés, et les défis s’accumulent : retards de paiement, désertion des agents, résistances locales. La 19e session du Comité technique des activités mutualisées des recensements, tenue le 29 août à Yaoundé, a dressé un bilan contrasté, entre progrès timides et obstacles persistants, alors que le compte à rebours est désormais enclenché.
Cette opération de grande envergure, qui couplait initialement le recensement de la population à celui de l’agriculture et de l’élevage, devait s’achever le 29 mai 2026. Mais les difficultés logistiques, les mouvements d’humeur des agents et la faible adhésion de certains ménages ont contraint le gouvernement à une première prolongation jusqu’au 31 juillet, puis à une seconde, annoncée le 31 juillet dernier, repoussant la date butoir au 15 septembre. Une décision salutaire pour sauver une opération qui actualise les données démographiques du pays pour la première fois depuis 2005, mais qui révèle aussi les fragilités d’une machine administrative mise à rude épreuve. Derrière les chiffres, ce sont des vies, des attentes, et une ambition nationale : disposer enfin d’un état des lieux fiable pour orienter les politiques publiques, la planification sanitaire, scolaire et infrastructurelle.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et interpellent. Au 27 août, la population dénombrée s’élève à 21,147 millions de personnes, un peu plus des deux tiers des 30,142 millions d’habitants visés. Le taux de couverture national de 70,2% n’a progressé que de moins de 2% en une semaine, tandis que le rythme de collecte a chuté de 87.000 à 65.000 personnes recensées par jour. Jean Tchoffo, secrétaire général du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire et président du comité technique, a pointé du doigt une insuffisance criante dans l’encadrement général des agents recenseurs, une faiblesse organisationnelle qui freine la dynamique de collecte et compromet l’atteinte des objectifs.
Au cœur des difficultés, la question des paiements des agents recenseurs a occupé une place centrale dans les échanges du comité technique. Plusieurs superviseurs et contrôleurs ont exprimé avec indignation leurs griefs face aux retards récurrents et aux modalités jugées inéquitables. Certains agents, bien qu’ayant accompli leur mission, se disent lésés et dénoncent une gestion opaque des rémunérations, tandis que d’autres, découragés par ces retards et les contraintes logistiques, ont progressivement déserté le terrain. Le comité a reconnu ces difficultés et ouvert un débat sur les solutions idoines pour satisfaire l’ensemble des acteurs de terrain. La régularisation des paiements est apparue comme une condition sine qua non pour maintenir la mobilisation et éviter la démotivation des équipes, alors que les primes et frais de subsistance demeurent le nerf de la guerre pour des agents souvent précaires










