Révision de la carte sanitaire au Cameroun – Dr. Cyrille Kamga Simo fait le diagnostic

Dans une interview exclusive accordée à votre rédaction, le Directeur de l’Organisation des soins et de la Technologie Sanitaire au ministère de la Santé publique fait l’état des lieux de la carte sanitaire du pays. Il en ressort qu’à ce jour, le Cameroun compte 8 hôpitaux généraux, 5 hôpitaux centraux, 15 hôpitaux régionaux et assimilés, 145 Hôpitaux de district, 228 Centres Médicaux d’arrondissement et 2016 Centres de Santé intégrés repartis sur 190 districts de santé et 1813 aires de santé. Vu le boom démographique du pays, il s’avère intelligent d’actualiser la carte sanitaire conformément aux critères en , vigueur.

Monsieur le Directeur, nous observons que les exigences de la carte sanitaire ne sont pas toujours cohérentes avec le développement des infrastructures. Par conséquent, il existe des disparités dans la couverture sanitaire des Régions et des Districts de Santé. Qu’en est-il ?

 La carte sanitaire est un instrument dynamique qui repose sur des critères essentiellement assis sur la taille de la population à couvrir. La création d’une structure de santé conformément aux exigences de cette carte a des implications en termes de ressources financières, humaines et matérielles. Les disparités observées en rapport avec le développement des infrastructures dans la couverture sanitaire des Régions et des Districts sont donc par voie de conséquence, liées à certains aléas relevant de la disponibilité de ces ressources, toutes indispensables à la mise en place des infrastructures.

Pouvez-vous nous faire une présentation de la carte sanitaire du Cameroun ?

La carte sanitaire du Cameroun est entre autres, un recueil d’informations portant sur l’ensemble des établissements de soins couvrant le territoire national et l’ensemble de la population avec des précisions sur la nature des infrastructures, l’inventaire des équipements et appareils médicaux, des différents services, des ressources humaines, des structures connexes collaborant activement avec le secteur hospitalier, ainsi que les différents déterminants de la santé (rivières, marchés, églises, mosquées, routes, etc). C’est un outil nécessaire pour piloter et rationaliser le développement sanitaire. Disons que c’est une photographie actualisée des structures et des équipements de santé sur l’ensemble du territoire national et leur localisation géographique. Dans son élaboration, il n’est pas fait de distinction entre le secteur public et le secteur privé. A ce jour, nous avons 190 Districts de Santé, 1813 Aires de santé et environ 6202 formations sanitaires privées et publiques toutes catégories confondues. Parmi les formations sanitaires publiques fonctionnelles, nous avons 8 Hôpitaux Généraux, 5 Hôpitaux Centraux, 15 Hôpitaux Régionaux et assimilés, 145 Hôpitaux de District, 228 Centres Médicaux d’Arrondissement, 2016 Centres de Santé Intégrés.

On note d’importantes disparités selon les régions. Quelles solutions préconisez-vous pour l’harmonisation et la distribution équitable des FOSA ?

Nous dirons d’emblée que ces disparités observées sont, premièrement, fortement liées aux niveaux de développement socio-économique et culturel des régions, et secondairement aux critères d’élaboration de cette carte sanitaire notamment à la taille de la population à couvrir. Les solutions pour y remédier à notre avis sont essentiellement techniques. Sur ce plan, elle consiste à l’actualisation sur une fréquence régulière de la carte sanitaire et sa diffusion ainsi que la régulation de la création/ouverture des formations sanitaires conformément à cette dernière.

Le Cameroun se prépare au lancement de la couverture santé universelle en 2021, la carte sanitaire actuelle permet-il de faire ce bon ?

La carte sanitaire actuelle est constituée de formations sanitaires fonctionnelles, qui renseignent une plateforme en ligne, consultable, le DHIS2, avec leurs données sanitaires. Au regard des informations sanitaires collectées chaque semaine et chaque mois sur cet outil, on observe que 6202 formations sanitaires offrent des services et soins de santé, qui sont prévus dans le cadre de la CSU. La carte sanitaire actuelle pourrait donc permettre de faire ce bon.

Mais seulement, la CSU rime avec qualité des soins et selon la Déclaration d’ASTANA de 2018, l’accent doit être mis sur les soins de santé primaires. A cet effet, afin de mieux réguler l’offre des soins et services et garantir un accès équitable à des prestations qualité délivrées dans le cadre de cette initiative, il s’avère intelligent d’actualiser la carte sanitaire conformément aux critères en vigueur.

Le pays compte près de 3000 formations sanitaires privées clandestines ou illégales. Où en est-on avec l’assainissement de la carte sanitaire ?

L’assainissement de la carte sanitaire est une activité multisectorielle qui se déroule en collégialité avec la pleine participation des autres institutions concernées telles que le MINAT, le MINDDEVEL, les Forces de Maintien de l’Ordre comme la police, la gendarmerie, etc. Le préalable pour l’assainissement et la mise aux normes de cette carte est son actualisation. Celle-ci donnera la photographie de l’état des lieux qui conduira soit à la possibilité de création de nouvelles formations sanitaires, soit à la fermeture de certaines ou à l’accompagnement d’autres pour répondre efficacement aux besoins des communautés et des populations.

Si l’offre des soins et des services de santé baisse à cause de la fermeture des formations sanitaires illégales au cours de l’activité d’assainissement de la carte sanitaire et n’est plus capable de répondre à la demande des soins et services de qualité des populations, comment y remédier ? Et aussi, comment viabiliser nos formations sanitaires ?

La réponse est évidente à notre avis. L’un des champs d’intérêt de la carte sanitaire est la régulation de l’offre. Quand la demande est forte, la réponse consiste à augmenter l’offre par la création ou l’accompagnement des formations sanitaires aux normes qui vont combler le déficit. Dans le cas contraire, il faut stimuler la demande par des activités de promotion de la santé. Enfin pour que nos formations sanitaires soient viables, elles doivent être créées conformément aux critères de la carte sanitaire, lesquels garantissent le développement de ces structures de santé.

On enregistre beaucoup des décès au niveau des CSI et CMA et aussi au niveau de l’HD due à un mauvais fonctionnement du système de référence vers le niveau le plus approprié devant assurer la continuité des soins. Quelle solution à ce problème ?

Le concept de district de santé viable recommande qu’à chaque catégorie de formation sanitaire corresponde un paquet de soins et de services qui lui est propre et qu’il se doit de respecter. A défaut, elle se doit de référer le patient vers la catégorie supérieure ou inférieure adaptée aux besoins des patients. Il s’agit de ce que nous appelons dans cette approche, le système de référence/contre-référence.

La solution à ce problème consiste donc au renforcement du système de référence/contre-référence à travers la diffusion, à tous les niveaux de la pyramide du district de santé, des paquets d’activités qui s’y rapportent et aussi, les supervisions formatives régulières ainsi que les audits internes et externes.

Comment renforcer donc le système de santé qui est basé sur les soins de santé primaires?

Les soins de santé primaires sont au cœur de notre système de santé et le cadre de mise en œuvre est le District de Santé. Le renforcement du système de santé consiste donc au développement ou mieux, à la viabilisation des districts de santé qui passe par des actions concertées et communes sur l’ensemble des 7 piliers du système de santé qui sont : la gouvernance, le financement, les ressources humaines, l’offre des soins et services, les informations sanitaires et la recherche opérationnelle, l’approvisionnement en médicaments et intrants ainsi que les infrastructures et les équipements. C’est le lieu de rappeler que ces piliers sont tous liés et s’intègrent les uns aux autres.

L’hôpital public est malade. Comment envisagez-vous rebooster sa fréquentation et rétablir une relation soignant – patient féconde?

La réforme hospitalière en cours, sous l’impulsion du Ministre Dr. MANAOUDA Malachie, apportera plusieurs innovations dans le sens de moderniser l’hôpital et l’adapter à la demande de plus en plus exigeante des usagers. De ce fait, l’organisation et le visage de l’hôpital vont évoluer de par les approches nouvelles qui ont mis un point d’honneur sur l’humanisation des soins, les droits et devoirs du patient, la qualité des prestations, l’amélioration des plateaux techniques, et surtout la plus grande implication des professionnels de la santé dans les activités d’amélioration au quotidien. Cette réforme propose des solutions qui vont être des pistes pérennes pour établir une relation soignant-patient saine, fructueuse, profitable à tous et pour le bien de tous.

Propos recueillis par Joseph Mbeng Boum           

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