Réunis le 12 août 2026 à l’Assemblée nationale à l’initiative du Programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses émergentes et réémergentes (PNPLZER), les députés planchent sur l’approche « Une seule santé » pour doter le Cameroun d’un cadre législatif préventif face aux crises futures.
La prévention commence avant la crise. C’est dans cette optique que s’est ouverte, le mercredi 12 août 2026 à Yaoundé, une session cruciale d’information et de plaidoyer à l’intention des parlementaires camerounais. Présidée par le vice-président de l’Assemblée nationale, Théophile Baoro, cette rencontre vise à favoriser l’adoption de politiques, de lois et de financements durables pour prévenir les pandémies et protéger la santé des populations, des animaux et de l’environnement, résumé en une formule directrice : anticiper plutôt que subir. Alors que la dernière décennie a douloureusement rappelé la fragilité de la vie face aux virus Ebola ou au Covid-19, les élus entendent désormais inscrire la sécurité sanitaire au sommet de l’agenda politique.
Un constat alarmant
Le contexte épidémiologique et environnemental du Cameroun s’avère alarmant. Sur le plan sanitaire, la résurgence des zoonoses, la résistance aux antimicrobiens et la flambée actuelle du Mpox, qui touche désormais huit régions sur dix, tirent la sonnette d’alarme. Ce tableau s’assombrit d’une multiplication des événements climatiques extrêmes. Entre juin et août 2026, des inondations associées à des éboulements ont fait trois morts à Limbe, tandis que des effondrements d’immeubles endeuillaient Douala. L’urgence frappe également les régions septentrionales où les digues menacent de céder face aux crues, alors que l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) maintient en alerte sept régions du pays. Cette convergence des périls démontre à suffisance qu’une simple perturbation environnementale peut rapidement se muer en crise animale, puis humaine, impactant l’économie, l’éducation et l’emploi. Or, la riposte nationale souffre encore d’un manque de financements durables pour le fonctionnement du programme, d’une faible interopérabilité des systèmes de surveillance et d’une intégration insuffisante des communautés.
Une cible stratégique : les parlementaires
Face à ce constat, la décision de cibler directement les parlementaires répond aujourd’hui à une urgence institutionnelle. Représentants directs du peuple et relais des populations, les députés et sénateurs détiennent les deux leviers indispensables pour sanctuariser la prévention : le pouvoir de voter des lois contraignantes et celui d’allouer les budgets. En réunissant à la fois les élus, les administrations publiques, les experts et les partenaires internationaux et nationaux, sous le thème « Une Nation, Une Seule Santé : renforcer le leadership législatif pour prévenir les crises sanitaires et sauvegarder l’avenir », cette plateforme multisectorielle vise à vulgariser l’approche intégrée « Une seule Santé » (One Health). Il s’agit ici de démontrer les bénéfices économiques d’un investissement précoce et d’inciter le législateur à imposer des évaluations d’impact environnemental conjointes, tout en débloquant des financements croisés entre la recherche, la santé et l’agriculture.
Une mobilisation en marche
Soutenus par les réseaux parlementaires, les élus se disent prêts à dépasser les simples discours. Le conseiller spécial du Réseau des parlementaires (REPAR), le sénateur Mbella Moki Charles, a d’ailleurs rappelé à ce titre que le Cameroun doit
assumer son leadership régional. Il a aussi souligné que son organisation s’investit pour que le Parlement et le gouvernement prennent des décisions concrètes, notamment à travers des innovations dans le secteur forestier, en travaillant main dans la main avec le ministère de l’Environnement pour apporter des réponses adéquates aux défis qui menacent la survie des populations.
Une feuille de route pour l’action
Pour traduire cette mobilisation en actes concrets dès la fin des travaux, une feuille de route rigoureuse a été adoptée. Elle prévoit la mise en place immédiate d’un groupe de travail ad hoc de parlementaires dédié à l’approche « Une seule Santé » et la finalisation d’une note brève stratégique. Ce document de plaidoyer fera l’objet d’audiences avec les chefs de chambres et sera largement diffusé lors des foires et forums nationaux. À terme, les élus ambitionnent d’organiser une plénière spéciale à l’hémicycle afin de sanctuariser définitivement la sécurité sanitaire globale dans le fonctionnement de l’Etat.
Réaction
« Nous sommes venues porter un message de sensibilisation afin que les parlementaires continuent à jouer pleinement leur rôle »

« Les enjeux de ce séminaire sont déterminants pour la politique sanitaire au Cameroun. Cette rencontre a été conçue pour poursuivre le dialogue engagé il y a quelques années par la plateforme « Une seule Santé » du Cameroun avec les parlementaires, qui détiennent des leviers essentiels pour repositionner la prévention des pandémies comme pilier fondamental des mécanismes de gestion des urgences de santé publique. Le rôle des parlementaires est fondamental. Au-delà du contrôle de l’action de l’exécutif et de leur fonction législative, ils peuvent également contribuer à la mobilisation des ressources nécessaires aux activités de prévention. Il s’agit aussi d’un enjeu social et sociétal, car les parlementaires constituent le pont entre la population, les communautés et le monde politique. C’est pourquoi nous sommes venues porter ce message de sensibilisation, afin que ces parlementaires puissent véritablement jouer leur rôle, en étant outillés sur les plans technique et scientifique, pour transformer en profondeur le système de gestion des urgences en faisant de la prévention une priorité stratégique. »











