Face aux dangers majeurs de l’abattage illégal sur la santé publique, la mairie de Yaoundé frappe un grand coup en interdisant les pratiques non réglementées au marché de Mbankolo.
Dans les arrière-cours boueuses de Yaoundé, des hommes abattent des bêtes à même le sol. Pas d’eau potable. Pas de vétérinaire. Pas de chaîne du froid. Juste une lame, un terrain vague et des carcasses traînées dans la poussière avant de prendre la direction des marchés. Voilà la réalité que cache une partie de la viande vendue dans la capitale. Une réalité que le maire de Yaoundé, Luc Messi Atangana, a décidé de ne plus tolérer. Il vient d’interdire à la Sodepa l’abattage et le dépeçage du petit bétail au marché de Mbankolo. Il demande également le retrait de l’unité d’abattage mobile installée sur le site. Le maire justifie cette décision par le désordre urbain, l’insalubrité et l’insécurité engendrés par cette activité. La mesure vise à concentrer l’abattage dans des infrastructures spécialement aménagées.
Car les infrastructures existent. La mairie indique que son abattoir moderne destiné au petit bétail est fonctionnel depuis sept mois. Cette infrastructure a été construite avec l’accompagnement du Minepia et d’un partenaire technique. Autrement dit, les outils pour assainir la filière sont disponibles. Encore faut-il que les opérateurs acceptent de s’y conformer. Or, dans plusieurs communes d’arrondissement de la capitale, des opérations d’abattage continuent d’échapper totalement aux mailles du filet sanitaire. Loin des regards inquisiteurs des services vétérinaires et du rigorisme des abattoirs agréés, des porcs, des bœufs et de petits ruminants subissent la lame dans des conditions d’insalubrité totale. Terrains vagues, arrière-cours boueuses, sols souillés et absence d’eau potable caractérisent ces mouroirs improvisés où transitent pourtant des tonnes de viandes destinées aux marchés locaux.
Le danger est sanitaire, direct et multiforme. Sans inspection ante-mortem ni post-mortem par un médecin vétérinaire, la viande mise en circulation peut véhiculer des agents pathogènes redoutables. Téniasis, salmonellose, charbon, ou encore des résidus de médicaments non éliminés. Les carcasses, traînées à même le sol ou transportées dans des conditions de rupture de la chaîne du froid, deviennent rapidement des bouillons de culture pour les bactéries. Les consommateurs, attirés par des prix souvent bas, ignorent qu’ils s’exposent à des intoxications alimentaires graves, voire à des infections chroniques invalidantes. Chaque bouchée peut être une loterie. Chaque repas peut devenir un pari dont l’enjeu est la santé, parfois la vie.
Pourtant, les textes réglementant l’hygiène des denrées alimentaires existent, tout comme les brigades de contrôle de l’alimentation. Mais la porosité des quartiers, la complicité tacite de certains revendeurs et le manque de moyens logistiques des municipalités favorisent l’informel. Les abattages clandestins prospèrent parce qu’ils échappent à toute traçabilité. Ils prospèrent parce que la demande est là, pressante, quotidienne. Ils prospèrent parce que le contrôle social fait défaut et que les sanctions sont rarement appliquées. Face à ce péril invisible, les experts s’accordent sur un point. Seule une répression féroce combinée à une sensibilisation agressive des populations permettra d’assainir la filière. Il ne suffit pas de multiplier les abattoirs modernes. Il faut aussi que les consommateurs comprennent les risques qu’ils courent en achetant une viande non inspectée. Il faut que les revendeurs mesurent leur responsabilité dans la chaîne de contamination. Il faut que les autorités locales disposent des moyens humains, matériels et juridiques pour faire appliquer la loi.
Car manger ne devrait jamais être un jeu de roulette russe sanitaire pour les populations urbaines. La santé publique n’est pas une abstraction. Elle se joue dans les marchés, dans les cuisines, dans les assiettes. Elle se joue dans la capacité d’une ville à organiser l’abattage de manière propre, contrôlée et traçable. À Yaoundé, la décision du maire Luc Messi Atangana est un premier pas. Mais elle ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée d’une mobilisation collective. Les consommateurs doivent exiger de la transparence. Les vendeurs doivent respecter les normes. Les autorités doivent contrôler sans relâche. Et chacun doit comprendre qu’une viande achetée moins cher peut coûter bien plus cher en soins, en souffrance et en vies humaines. La bataille pour une alimentation saine est engagée. Elle mérite d’être gagnée.









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