Le phénomène de consommation exagérée d’alcool, notamment après les activités sportives communément appelées « 2-0 » au Cameroun, prend de l’ampleur depuis quelques années.
« Jouez au ballon là-bas. Ne me regarde pas. Moi, je joue déjà la deuxième mi-temps ici. J’ai déjà beaucoup fait en courant pendant 10 minutes. Ce n’est pas la Coupe du monde. Voici le vrai match qui commence». Tels sont les propos tenus par Serge M. (46 ans), homme d’affaires. Il réside au quartier Essomba à Yaoundé. Comme tous les samedis matin, il prend part à l’activité sportive devenue culte dans son quartier, communément baptisée « 2-0 ». Présent au stade ce samedi 18 janvier 2024, l’homme de taille moyenne arbore son équipement (maillot, short, bas, chaussures). Assis aux abords du stade, devant lui se trouvent deux bouteilles de bière. Engagé dans les commentaires avec d’autres personnes présentes sur le site, il observe le jeu en dégustant sa boisson alcoolisée. Pour lui, c’est le meilleur moment de la semaine. Car, « Je ne vis aucun stress. Pas de boulot, pas de bruits d’enfant, ni de contrainte familiale immédiate. Bref, j’essaye de me détendre au maximum », précise-t-il.
Au bout de deux heures de jeu, le match s’achève. L’ensemble des participants à cette activité, parmi lesquels Serge M., prend la direction d’un bistro situé à 150 mètres du stade. Sur place, chacun prend place. Après le jeu, la deuxième phase du « 2-0 » est ouverte par l’hymne de ce groupe d’amateurs de sport. Le message reprend en cœur fait allégeance au jeu et à Bacchus, le dieu du vin. Ensuite, les tables, jadis vides, sont inondées de bière. Chacun se sert à sa guise et le plus résistant consomme le plus grand nombre de boissons, quitte à y passer tout le reste de la journée.
Comme dans ce quartier de la capitale politique du Cameroun, ce phénomène est reproduit par d’autres groupes de personnes dans plusieurs pièces de la ville et même dans toutes les régions du pays. Au Cameroun, le sport et l’exercice physique sont de plus en plus populaires. La consommation d’alcool après une séance d’entraînement ou un match de « 2-0 » est devenue une tendance notable. Car, du point de vue des acteurs, l’alcool est souvent associé à l’ambiance conviviale et à la camaraderie. Il facilite les interactions sociales et renforce les liens entre les membres d’une équipe. De plus, l’alcool est perçu comme un moyen de se détendre et de réduire le stress après l’effort physique. « On a l’impression que c’est une récompense normale après une activité physique intense », explique Marie N., la soixantaine, pratiquante d’arts martiaux.
Cependant, ce phénomène (Alcool-Sport), bien que largement accepté, soulève des questions au regard de son impact sur la santé et la performance des sportifs. En effet, la consommation d’alcool après un exercice physique peut nuire à la réhydratation. Car, l’alcool a un effet diurétique. De plus, la consommation régulière d’alcool peut affecter la récupération musculaire et réduire les performances sportives à long terme. Une consommation excessive d’alcool peut entraîner des problèmes de santé tels que des troubles du foie, de l’hypertension et de l’obésité. « Je sais que l’alcool n’est pas bon pour la performance, mais je le consomme de façon modérée pour ne pas affecter ma santé », lâche Paul N. (35 ans), athlète.
Interrogés sur le sujet, les entraîneurs ont des positions diverses. Certains encouragent une consommation modérée, tandis que d’autres interdisent complètement l’alcool à leurs athlètes pour des raisons de performance et de santé. Les entraîneurs jouent un rôle crucial dans l’éducation des sportifs sur les effets de l’alcool, sur la performance et la santé.
Signalons que, selon une étude publiée en 2024 dans la Revue Sciences de la Santé et Maladies et citée par la Coalition des Consommateurs Camerounais (CCC) au cours d’une campagne de sensibilisation tenue au mois d’août 2024, environ 74 000 décès sont enregistrés au Cameroun suite à la consommation abusive d’alcool.
Junior NTEPPE KASSI















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