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MEDECINE DE SPORT

« Il faut créer un centre de biologie et de médecine du sport au Cameroun »

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Dans un entretien accordé à notre rédaction, le Pr Josué Bissou Mahop, maître de conférence au rang magistral en médecine du sport à la faculté de Médecine et de Sciences biomédicales de l’université de Yaoundé I, parle de l’importance de l’implémentation de la médecine du sport au Cameroun.

 Professeur, au moment où se célèbre la journée internationale du sport au service du développement et de la paix, pouvez-vous nous faire l’état des lieux de la formation et de l’implémentation de la médecine du sport au Cameroun ?

Après mon retour au Cameroun, l’instruction m’a été donné à l’INJS de former des médecins de sport en 2018. C’est comme ça que j’accepte. Ainsi, entre 2018 et 2020, je forme 9 médecins de sport, dont le major, le docteur Tom Bolivar, et le sous-directeur de la médecine de sport au Minsep. Pour la deuxième promotion 2020-2022, je forme 8 médecins de sport. Les médecins de sport, la major, Dr Nyekel, et le médecin de l’équipe nationale féminine.  Et puis 2022-2024, ils sont sortis au nombre de neuf.  

Maintenant, la promotion de 2024-2026 est composée de 11 étudiants. Ils sont 11 et le médecin docteur Nyekel a été remplacé par le docteur Fouda, qui est résidente en médecine de sport. Au total, j’ai déjà formé 26 médecins de sport opérationnels et maintenant que je les ai formés, en 2024, j’ai été sollicité à l’ISTM pour former également la filière de Kinésitheurapie du sport. Donc, ça a été ouvert et j’ai formé 14 kinés à l’ISTM qui ont soutenu. Donc, en ce moment, nous avons 2 kinés à l’ISTM qui vont être capacités qui sont en train de se former.

Nous avons 10 médecins de sport en deuxième année qui vont soutenir, qui sont en train de se former. Nous avons 3 psychologues, la psychologie c’est 2 ans. Nous avons 3 psychologues qui vont se former et qui sont prêts pour sortir en juin. Il y a un traumatologue, qui est un traumatologue de sport, parce qu’à partir de 2020, j’ai ouvert en plus la filière de médecine de sport, j’ai ouvert la filière de traumatologie de sport et j’ai la filière de psychologue de sport. La psychologie de sport, la traumatologie de sport, la médecine de sport. Voilà les 3 filières qui sont ouvertes à la FMSB. Et donc, je suis en pourparlers avec une autre université privée où je vais effectivement ouvrir également les filières parce que le commun a besoin des ressources humaines qualifiées. Si vous parlez de la performance, il faut d’abord avoir les personnes aux ressources qualifiées. On a 52 fédérations, 54 fédérations zsportives actuellement.

Donc si on avait 6 médecins déjà formés et qu’on en ajoute 10, à ce rythme-là, ça va assez lentement Nous aurons été appelés à recevoir d’autres dossiers. L’institut universitaire des grandes écoles européennes, l’institut de technologie médicale Siantou et l’ISTM. Tous ces établissements ont sollicité que je puisse ouvrir les filières dans leur établissement. Donc, je suis en chantier de pouvoir ouvrir également la filière de kinésithérapeute du sport, la filière des urgentistes assistants, la filière de médecine du sport dans ces différentes institutions qui auront sollicité mes services.

Selon vous, quelles sont les lacunes du mouvement sportif Camerounais ?

Nous avons deux grosses lacunes au niveau du mouvement sportif. La première lacune, c’est les ressources humaines qualifiées dans ces filières : médecine du sport, kinésithérapeute du sport et urgentistes assistants. Et nous avons une grosse lacune au niveau de la population, c’est que nous n’avons formé personne en matière de catastrophe et d’urgence de catastrophe. Lorsque vous avez les inondations dans le Grand Nord, quand vous avez les éboulements de terrain à l’Ouest, qui intervient en premier ? Personne. Vous mourez parce que l’on vient, effectivement, on sécurise simplement et pendant que vous êtes en train de sécuriser, vous qui sécurisez, le terrain s’écroule encore sur votre tête.

C’est ce qui s’est passé à l’Ouest la dernière fois. C’est-à-dire qu’il y a eu un éboulement de terrain et puis la population a accouru pour venir voir de quoi il s’agissait et les services de travaux publics sont venus avec un Caterpillar pour pouvoir venir piocher les décombres. Eh bien il y a eu un autre éboulement qui est venu et qui a pris les spectateurs et le technicien qui était là avec son Caterpillar Il a aussi été enseveli. Alors vous voyez donc le cas où l’on a des problèmes réels qu’il faille essayer de résoudre et je pense qu’on n’y a pas pensé.

On a pensé à la santé publique en disant formons des infirmiers et les médecins qui vont travailler dans les centres de santé, qui vont s’installer dans les hôpitaux. Mais vous n’avez pas pensé à former les urgentistes assistants, c’est-à-dire les infirmiers qui se capacitent en deux ans pour avoir le diplôme d’urgentiste assistant ?

Qu’est-ce que vous préconisez de faire pour combler ces lacunes ?

En septembre, je vais ouvrir les filières d’urgentistes assistants. Je suis encore en négociation avec toutes les entités universitaires. La vertu ayant besoin d’un minimum de bien-être, comme on dit au quartier. Celui qui va parler bien. C’est là que je vais aller ouvrir. Que ce soit clair. Celui qui va me donner toutes les garanties de sécurité, les garanties financières, les garanties environnementales et surtout me faciliter leur opérationnalité. Parce que le tout n’est pas simplement ouvrir. Mais après, si je vous dis que je vais les envoyer à tel endroit, il faut que vous participiez pour que je les envoie à tel endroit. Donc c’est toutes ces conditions que j’attends. Il y a certains instituts et d’autres universités privées qui se sont déjà démarqués. D’ici à septembre, d’ici au mois de mai, je vais pouvoir vous dire que ces deux spécialités, à savoir : la kinésithérapie du sport et d’urgentistes assistants, vont être ouvertes dans tel ou tel institut. Le Cameroun a donc cette problématique au niveau sanitaire.

Peut-être serait-il judicieux de songer à la création des pôles de référence en médecine du sport au Cameroun ?

 Je dois dire que comme ça se passe en Europe, il faut ouvrir des pôles de référence. Si vous voulez résoudre la santé de la population en leur prenant des visions de proximité et d’efficacité, il faut ouvrir des pôles de développement et de performance par discipline.

À titre illustratif, vous ne pouvez pas avoir le Centre des handicapés d’Etoug Ebe qui ne soit pas capable de faire tous les bilans biologiques, tous les bilans d’imagerie, tous les bilans morphologiques à cet institut. C’est ce qu’on appelle la référence.

C’est-à-dire que si vous amenez un sujet à mobilité réduite au centre d’Ettoug Ebe, il faut faire l’échographie là-bas, il faut faire le scanner là-bas, il faut faire l’IRM là-bas, il faut faire la scintigraphie là-bas, il faut faire les bilans biologiques là-bas. Et ce qui signifie que vous devez avoir les spécialistes dans chacune de ces disciplines que je viens de vous citer et de ces matières afin que lorsque le sujet rentre là-bas, il vous dise : « J’ai été effectivement pris en charge. » Si vous avez l’hôpital Jambot, cet hôpital doit devenir la référence des pathologies bronchopulmonaires.

C’est-à-dire que quand vous entrez là-bas, on doit vous faire le scanner pulmonaire là-bas, l’IRM pulmonaire là-bas, la scintigraphie pulmonaire là-bas, tous les bilans biologiques là-bas. On doit vous faire également tous les bilans psychologiques là-bas, les tests psychologiques, psychotechniques, on doit les faire là-bas. Si bien que quand vous sortez effectivement de là, vous dites : j’étais à un centre de référence pulmonaire.

Donc, quand vous dites la référence, faisons-le, soyons sérieux. On ne peut pas opérer l’appendicite à l’hôpital de Obala, on opère l’appendicite à l’hôpital d’Efoulan, on opère l’appendicite à l’hôpital central, et vous m’appelez pour me dire que je suis en Blanc, j’essaie d’opérer l’appendicite à l’hôpital général. Où est la référence ? Où est la référence ? Soyons sérieux. Si nous voulons s’arrimer à la mondialisation, on ne parle pas de la mondialisation, parce que vous avez vu, tout le monde courir, toi tu viens prendre le ticket, pour courir, pour y aller, non, c’est pas comme ça.

Parce qu’à cette conférence de la mondialisation, on va vous poser la question, avez-vous des hôpitaux référencés ? Pas compétence, monsieur. Les avez-vous ? Non. Maintenant, nous on donne des crédits ici, à des hôpitaux de références, pas compétence.

Souvent les hommes s’aiment, dans une organisation. L’OMS me dit : « J’ai des crédits à offrir pour développer, mais je les donne, par exemple, à un pôle, des hôpitaux, qui développent la prise en charge des drépanocytaires. » Avez-vous un centre de référence de prise en charge des drépanocytaires ? Ça m’étonnerai.

C’est la même chose en médecine du sport. Vous savez que le sportif, justement, pour vous le dire, a un circuit de prise en charge qui est bien connu.

Là, on ne prend pas le sportif qui a une entorse de la cheville, on le met dans un service de chirurgie, à la CNPS, à côté d’un malade qui vient d’être opéré d’une fracture du fémur. La ronde du chirurgien orthopédiste qui vient trouver une entorse de chéville du sportif dans le service, il ne sait pas qu’il y a ce qu’on appelle une prise en charge fonctionnelle. Il ne sait pas ce qu’on appelle une prise en charge orthopédique. Il ne sait pas ce qu’on appelle une prise en charge mini-invasive. Donc, le sportif, qui est couché là, vous lui perdez le temps.

Donc, il faut créer  ce qu’on appelle un centre d’ecellence de médecine de sport. Dans les autres pays, ça s’appelle le centre de biologie et de médecine de sport. C’est-à-dire que dans les CHU, on fait greffer un centre de biologie de médecine de sport.

C’est-à-dire que quand le sportif entre en CHU, entre dans un hôpital de référence, il a son hôpital à part. Parce qu’à l’intérieur, on va lui faire rapidement des bilans biologiques, rapidement des bilans morphologiques, rapidement des bilans d’imagerie et on va décider assez rapidement si on va le prendre en charge en fonctionnel, c’est-à-dire qu’on va pouvoir l’opérer, ou bien on va l’opérer en mini-invasive, ou bien on va l’opérer en ambulatoire, ou bien on va l’opérer sous arthroscopie. Voilà comment ça se passe.

Mais là, on ne prend pas un malade qui a une lésion de cheville stade trois et on le programme dans un bloc opératoire au même titre que le malade qui a une fracture de fémur accidentée par voie publique à qui on va mettre la plaque. Voilà ce que nous faisons et ce qu’on doit éviter. Donc le Cameroun, s’il veut vraiment rentrer à l’émergence, doit respecter ce canon d’avoir des hôpitaux de référence référencés par discipline de compétence.

Le Cameroun doit avoir un centre de chirurgie digestive aujourd’hui, et 40 ans après, un centre de chirurgie digestive où on sait que quand tu entres là-bas, l’appendicite te prend là-bas, la hernie te prend là-bas, l’APU te prend là-bas, tout ce qui est sale, ça se fait là-bas. Et quand tu as fait l’intérieur, tu dis, quand c’est propre, c’est la hernie, tu pars à gauche. Quand c’est sale, c’est l’appendicite, tu pars à droite.

Le Cameroun doit avoir un centre référencé de médecine du sport. Vous ne pouvez pas avoir cette participation à la Coupe du monde et 5 étoiles de la Coupe d’Afrique et vous soigner les sportifs dans les hôpitaux. Ce n’est pas médical, ça. Vous ne pouvez pas être avec ces grades-là et ne pas avoir les filières de médecine de sport.

Quels sont vos projets à court terme pour contribuer au développement de la médecine du sport au Cameroun ?

Quand je suis rentré d’Europe, dans ma valise, j’avais deux projets. J’ai commencé par le premier projet. Former une ressource humaine. Et ça doit se passer jusqu’à la fin de cette année-ci. À la fin de cette année-ci, j’ai prévu que je sache que j’ai ouvert au moins le maximum de filières et que les médecins s’intéressent, les infirmiers s’intéressent, les kinés s’intéressent.

Parce qu’à partir de 2026, j’ai déjà l’agrément pour le centre de formation professionnelle de médecine de sport et des métiers du sport. J’ai déjà l’agrément. J’ai l’agrément pour la fondation Sports, Santé, Performance.

Donc, j’ai déjà les outils. En 2026 ou 2027, je vais probablement me rapprocher de la présidence de la République pour lui dire que j’ai déjà fini la première étape. Veuillez m’accompagner à ce que je fasse la deuxième étape pour que le cameroun puisse arrêter de tricher.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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