Outré par le déclin continu de l’innovation au Cameroun, exacerbé par un financement insuffisant, le SYNAC (Syndicat National des Chercheurs du MINRESI) lance un préavis de grève. Après des années d’attente infructueuse, les chercheurs se préparent à des actions fortes dès le 16 mai 2025 pour obtenir des solutions concrètes et un engagement financier durable de la part du gouvernement.
Au Cameroun, le climat social se tend dans le secteur de la recherche scientifique. À travers un communiqué officiel daté du 14 avril 2025, le Syndicat National des Chercheurs du Cameroun (SYNAC) a annoncé un préavis de grève qui prendra effet le 16 mai prochain, si aucune solution n’est apportée aux revendications maintes fois exprimées par les chercheurs du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI). Une démarche qui traduit un profond malaise au sein de cette communauté professionnelle, confrontée depuis plusieurs années à des difficultés persistantes, malgré des engagements répétés des autorités.
Les chercheurs camerounais dénoncent le non-respect des engagements pris par le gouvernement, à l’issue de plusieurs réunions interministérielles tenues entre septembre 2022 et janvier 2023, sous l’impulsion du Premier Ministre. Ces échanges, qui avaient réuni le MINRESI, le Ministère des Finances (MINFI), le Ministère de la Fonction Publique (MINFOPRA) et le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS), portaient sur une plateforme revendicative claire, centrée sur l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des chercheurs. Pourtant, malgré les nombreuses promesses, notamment celles du MINTSS qui avait fixé un délai de douze mois dès novembre 2021 pour résoudre certains points cruciaux, les solutions attendues se font toujours attendre.
Au cœur des préoccupations des chercheurs figure la question de l’allocation financière trimestrielle, une mesure jugée essentielle pour soutenir la recherche appliquée et favoriser l’émergence d’innovations compétitives. Les chercheurs déplorent également l’absence d’une loi d’orientation de la recherche, pourtant indispensable pour encadrer durablement le secteur et lui offrir une vision stratégique à long terme. En dépit des assurances données par le MINRESI lors des discussions de juin 2022, aucune avancée concrète n’a été enregistrée sur ces dossiers.
Au-delà des revendications salariales et statutaires, c’est la capacité d’innovation du pays qui est en jeu. Le SYNAC pointe du doigt la dégradation inquiétante de la place du Cameroun dans l’Indice Mondial de l’Innovation (GII). Le pays a régressé de la 103ème position sur 125 en 2011 à la 123ème sur 133 en 2024. Un constat alarmant, d’autant plus que les chercheurs camerounais disposent des compétences nécessaires pour inverser la tendance, mais se trouvent bridés par un sous-financement chronique et l’absence de politique pérenne. Le syndicat dénonce cette situation qui, selon lui, affaiblit durablement la capacité d’innovation du pays et hypothèque son avenir économique dans un contexte mondial marqué par une forte concurrence technologique.
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Le SYNAC exprime également sa colère face au retard pris dans l’application des mesures portant revalorisation des primes des chercheurs et leur intégration dans le nouveau statut spécial du personnel chercheur, signé il y a près de deux ans. Cette situation de blocage alimente un sentiment d’abandon au sein du corps scientifique, qui estime avoir fait preuve d’une « patience républicaine » sans être entendu.
Face à cette situation, le syndicat annonce une mobilisation progressive en trois étapes. Dès le 16 mai prochain, les chercheurs suspendront toutes les activités d’encadrement scientifique des étudiants. Parallèlement, les activités scientifiques au sein des structures de recherche du MINRESI seront totalement arrêtées à la même date. Enfin, le SYNAC prévoit d’organiser des sit-in pacifiques, dont la date sera communiquée ultérieurement, pour exiger un véritable dialogue social et des réponses concrètes à leurs revendications.
Au-delà de leurs intérêts corporatistes, les chercheurs affirment mener une mobilisation patriotique, motivée par la volonté de voir le Cameroun se doter d’une politique de recherche solide, capable de produire des innovations industrialisables, condition essentielle à la souveraineté économique et industrielle du pays. Le SYNAC appelle le gouvernement à agir de toute urgence pour éviter une paralysie totale du secteur, qui risque d’aggraver encore davantage la place du Cameroun sur la scène scientifique et technologique internationale.
Mireille Siapje














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